[Sourate al-Hajj (22), verset 11]
« Parmi les gens, il en est qui adore Allah sur le bord (de l’abîme) : si un bien l’atteint, il s’en rassérène ; mais si une épreuve le frappe, il se renverse sur son visage. Il a perdu la vie présente et l’Au-delà ; telle est, certes, la perte évidente. »
Parole du Très-Haut :
« Parmi les gens, il en est qui adore Allah sur un bord »
Le terme « min » est ici au nominatif pour introduire le sujet, et la phrase est complète à la lecture courante qui s’arrête à « il se renverse sur son visage », selon la récitation majoritaire où l’on lit « khasira » (il a perdu). Ce verset constitue une information au sujet des hypocrites.
Ibn ʿAbbâs dit : il vise Shayba b. Rabîʿa ; celui-ci s’était converti avant que la mission du Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) ne se manifeste, mais dès que la Révélation fut descendue, Shayba b. Rabîʿa apostasia.
Abû Saʿîd al-Khuḍrî rapporte : un homme parmi les Juifs embrassa l’islam, puis perdit la vue et ses biens. Il y vit un mauvais présage et se rendit auprès du Prophète (paix et bénédiction sur lui) en disant : « Délie-moi (de mon engagement) ! » Le Prophète répondit : « On ne renonce pas à l’islam. » L’homme reprit : « Je n’ai tiré aucun bien de cette religion ! J’ai perdu ma vue, mes biens et mes enfants ! » Le Prophète lui dit alors : « Ô Juif, l’islam fond les hommes comme le feu fait disparaître les scories du fer, de l’argent et de l’or. » C’est alors qu’Allah, Exalté soit-Il, fit descendre : « Parmi les gens, il en est qui adore Allah sur un bord … »
Israʾîl rapporte, d’après Abû Ḥuṣayn, d’après Saʿîd b. Jubayr, d’après Ibn ʿAbbâs : « Parmi les gens, il en est qui adore Allah sur un bord » – un homme arrivait à Médine ; si son épouse donnait naissance à un garçon et si ses juments mettaient bas, il disait : « Voilà une bonne religion. » Mais si sa femme n’enfantait pas et si ses juments ne poulinaient pas, il disait : « Voilà une mauvaise religion. »
Les exégètes disent : le verset concerne certains Bédouins qui se présentaient au Prophète (paix et bénédiction sur lui) et embrassaient l’islam ; s’ils connaissaient l’aisance, ils persévéraient, mais si la dureté les atteignait, ils apostasiaient. D’autres ont dit qu’il fut révélé au sujet d’al-Naḍr b. al-Hârith.
Ibn Zayd et d’autres ont affirmé qu’il s’applique aux hypocrites.
Le sens de « sur un bord » est « dans le doute », comme l’ont expliqué Mujâhid et d’autres ; au fond, c’est une faiblesse dans son adoration, comparable à celle de quelqu’un qui se tient sur un rebord instable. Le « ḥarf » d’une chose est son extrémité, son rebord, sa limite ; on parle ainsi du ḥarf de la montagne, c’est-à-dire sa partie haute et aiguë.
On a également dit : « sur un bord » signifie sur une seule face ; il n’adore Allah que dans la prospérité, non dans l’adversité. S’ils adoraient Allah en Le remerciant dans l’aisance et en se montrant patients dans l’épreuve, ils ne L’adoreraient pas « sur un bord ».
D’autres ont encore expliqué : « sur un bord » veut dire « sous condition ». Ainsi Shayba b. Rabîʿa avait dit au Prophète (paix et bénédiction sur lui), avant que sa prédication ne s’impose : « Invoque pour moi ton Seigneur afin qu’Il m’accorde des biens et des chamelles ».