On ne tient pas compte de l’expulsion d’une ‘alaqa (caillot sanguin) ; ce qui est pris en considération, c’est l’apparition de la forme et des contours. Si les contours ne sont pas apparents et qu’il ne s’agit que de chair, deux opinions sont rapportées – par transmission directe et par déduction ; l’avis textuel stipule que la période d’attente (ʿidda) prend fin dans ce cas-là, sans que l’esclave ne devienne « Umm walad ». On dit : la ʿidda prend fin avec l’écoulement du sang, à plus forte raison avec tout ce qui en tient lieu.
Sixième point – Parole du Très-Haut : « mukhallaqatin wa ghayri mukhallaqah » (« formé[e]s et non formé[e]s »).
– Al-Farrâ’ : « mukhallaqah » signifie « parfaitement formé », et « ghayru mukhallaqah » désigne l’avorton.
– Ibn al-Aʿrâbî : « mukhallaqah » : dont la création a déjà commencé ; « ghayru mukhallaqah » : qui n’a pas encore été façonné.
– Ibn Zayd : la « mukhallaqah » est celle qu’Allâh a dotée d’une tête, de mains et de pieds, tandis que « ghayru mukhallaqah » est celle où rien de cela n’a encore été créé.
Ibn al-ʿArabî dit : si l’on revient à l’étymologie, la goutte (nutfah), le caillot (ʿalaqah) et le morceau de chair (mudghah) sont toutes « mukhallaqah », car tout est création d’Allâh ; mais si l’on se réfère au façonnage final qui marque l’achèvement de la création, selon la parole divine : « Puis Nous en faisons une autre création » (al-Mu’minûn, 14), c’est alors l’avis d’Ibn Zayd qui est visé.
Je dis : le terme takhlîq dérive de khalq et sous-entend l’idée de multiplicité : ce qui a connu des phases successives a été créé « création après création ». Dès qu’il est une nutfah, il est déjà « créé » ; d’où la parole d’Allâh : « Puis Nous en faisons une autre création » (al-Mu’minûn, 14). Et Allâh est plus savant.
On a encore dit que l’expression « mukhallaqatin wa ghayri mukhallaqah » renvoie à l’enfant lui-même et non à l’avorton : certains voient leur mudghah menée à terme par le Seigneur – exalté soit-Il – qui y crée tous les membres, tandis que d’autres naissent prématurés, incomplets.
D’autres ont dit : est « mukhallaqah » la naissance arrivée au terme normal de la grossesse.
Ibn ʿAbbâs : est « mukhallaqah » ce qui vient au monde vivant, et « ghayru mukhallaqah » l’avorton.
On a dit dans un vers :
« Pleure-t-on pour ce qui n’est pas formé ?
Où donc sont la résolution – malheur à toi – et la pudeur ? »
Septième point – Les savants sont unanimes à considérer qu’une esclave devient « Umm walad » par le fœtus parfaitement formé qu’elle avorte. Pour Mâlik, al-Awzâʿî et d’autres, il suffit d’une mudghah, qu’elle soit formée ou non, à condition – dit Mâlik – que l’on sache qu’il s’agit bien d’une mudghah.
Ash-Shâfiʿî et Abû Ḥanîfah disent : s’il apparaît ne serait-ce qu’un membre humain – doigt, œil ou autre – elle est « Umm walad ».
Ils ont également tous convenu que si le nouveau-né pousse un cri à la naissance, on accomplit sur lui la prière funéraire ; s’il ne pousse pas de cri, on ne prie pas sur lui selon Mâlik, Abû Ḥanîfah, Ash-Shâfiʿî et d’autres. D’après Ibn ʿUmar, toutefois, on prie sur lui, de même qu’Ibn al-Musayyab, Ibn Sîrîn et d’autres. Et il est rapporté de al-Mughîrah b. Shuʿbah que