Et si Qufayra avait mis au monde un simple chiot de chien, c’est par ce chiot que l’on aurait voué les chiens à la malédiction. Il voulait dire : la malédiction se serait abattue sur les chiens à travers ce chiot. Il a laissé la yâ’ atone, conformément à la langue de ceux qui, dans « baqiya » et « raḍiya », ne mettent pas la yâ’ en mouvement.
Al-Ḥasan a lu : « …et laissez ce qui reste de l’usure » (al-Baqarah, 278) en immobilisant la yâ’, par répugnance à la mouvoir alors qu’elle est précédée d’une kasrah.
On a cité ces vers :
« La blancheur de l’âge a voilé ma chevelure d’un rouge sombre,
et le chameau m’a poussé jusqu’aux tombes ;
Ah ! si je savais, lorsque se lèvera la Résurrection
et que l’on sera convoqué au Jugement : quel sera l’asile ! »
Il a laissé la yâ’ immobile dans « duʿiya », par crainte de devoir la vocaliser alors qu’elle est précédée d’une kasrah. Le sujet de « ḥadâ » est le vieillissement : c’est lui qui a poussé la monture vers les tombes. « Ah ! si je savais quel est, et où se trouve, l’issue ! » Telle est l’explication qu’en ont donnée al-Farrâ’, Abû ʿUbayd et Thaʿlab pour justifier cette lecture.
Abû Ḥâtim et az-Zajjâj l’ont tenue pour fautive, disant qu’elle met à l’accusatif le nom dont l’agent n’est pas mentionné ; on devrait dire : « nujjiya l-mu’minûna » (les croyants furent sauvés), de même que l’on dit : « kurrima ṣ-ṣâliḥûna » (les vertueux furent honorés). Il n’est pas admissible de dire : « ḍu riba Zaydan » pour « ḍaraba ḍ-ḍarbu Zaydan », car le mot « ḍarb » signifie déjà l’acte de frapper, ce qui ôterait tout intérêt à la phrase. On ne peut donc invoquer un vers semblable à l’appui du Livre d’Allâh – exalté soit-Il.
Abû ʿUbayd – et al-Qutaybî le suivit – avança une autre opinion : la nûn aurait été assimilée à la jîm. An-Naḥḥâs objecta que cette thèse est irrecevable pour tous les grammairiens, tant les points d’articulation de la nûn et de la jîm sont éloignés ; l’assimilation y est donc impossible, pas plus qu’il ne serait permis de lire « maggâ’a bi-l-ḥasanati » à la place de « man jâ’a bi-l-ḥasanati ».
An-Naḥḥâs conclut : « Je n’ai rien entendu de plus satisfaisant que ce que j’ai reçu d’ʿAlî b. Sulaymân : la forme originelle est “nunajjî” ; l’une des deux nûn a été retranchée en raison de leur rencontre, tout comme on retranche l’une des deux tâ’ dans “wa lâ tafarraqû” (Âl ʿImrân, 103), dont la forme primitive est “tatfarraqû”. »
Muḥammad b. as-Samayqaʿ et Abû l-ʿĀliyah ont lu : « wa ka-dhālika najjâ l-mu’minîna », c’est-à-dire : « Ainsi Allâh sauva les croyants » ; lecture recevable.
Versets 89-90 de la sourate al-Anbiyâ’ :
« Et rappelle-toi Zacharie, lorsqu’il invoqua son Seigneur : “Seigneur ! Ne me laisse pas seul, sans descendance, alors que Tu es le Meilleur des héritiers.” (89)
Nous exauçâmes son appel, lui accordâmes (un fils) Yahyâ, et rendîmes sa femme féconde. Tous rivalisaient dans les bonnes œuvres, Nous invoquaient avec désir et crainte, et se montraient humblement soumis envers Nous. » (90)