Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

en dehors de toute idée de puissance ou de faculté d’agir.

Il a été rapporté d’Abû al-‘Abbâs Aḥmad b. Yaḥyâ Tha‘lab qu’il a dit, au sujet de la Parole du Très-Haut : « فَظَنَّ أَنْ لَنْ نَقْدِرَ عَلَيْهِ – il pensa que Nous ne décréterions pas contre lui » : l’expression relève ici de « al-taqdîr » (la détermination, le décret) et non de « al-qudrah » (la puissance). On dit en ce sens : « qadara-llâhu laka al-khayr, yaqduruhu qadran » – « Allah a décrété pour toi le bien, Il le détermine comme décret », c’est-à-dire : « Allah t’a prédestiné le bien ».

Tha‘lab cite ces vers inspirés :
« Jamais les soirées du “Liwa” ne reviendront pour nous,
tant que verdoieront les saules feuillus ;
ni ne reviendra ce temps révolu…
Béni sois-Tu ! Ce que Tu décrètes s’accomplit, à Toi les louanges. »
Autrement dit : tout ce que Tu arrêtes et juges advient immanquablement. Sur ces deux interprétations se sont accordés les savants.

‘Umar b. ‘Abd al-‘Azîz et az-Zuhrî ont lu : « فَظَنَّ أَنْ لَنْ نُقَدِّرَ عَلَيْهِ » avec dhamma sur le nûn et redoublement du dâl, renvoyant au sens de « taqdîr ». Al-Mâwardî rapporte cette lecture d’après Ibn ‘Abbâs.

‘Ubayd b. ‘Umayr, Qatâdah et al-A‘raj ont lu : « أَنْ لَنْ يُقَدَّرَ عَلَيْهِ » – avec la yâ’ initiale vocalisée en dhamma et le verbe au passif redoublé.

Ya‘qûb, ‘Abdullâh b. Abî Isḥâq, al-Ḥasan et – selon une autre transmission – Ibn ‘Abbâs ont lu : « يُقْدَرُ عَلَيْهِ » – yâ’ avec dhamma et dâl légère, toujours au passif.

Al-Ḥasan rapporte encore la variante : « فَظَنَّ أَنْ لَنْ يَقْدِرَ عَلَيْهِ ».

Tous les autres lecteurs retiennent : « نَقْدِرَ » – nûn fatha, dâl kasra ; toutes ces formes renvoient au sens de « taqdîr » (décret, destin fixé).

Je dis : ces deux explications ont également été avancées par les savants à propos de la parole de l’homme qui n’avait jamais accompli aucune bonne œuvre et qui enjoignit à sa famille, à sa mort, de le brûler en disant : « Par Allah ! si Allah a pouvoir (قَدَرَ) sur moi… » – hadith connu.

– Selon la première interprétation, le sens serait : « Par Allah ! si Allah resserre sur moi le compte, s’emploie à me juger et me rétribue pour mes péchés, cela arrivera bel et bien » ; puis il ordonna qu’on le brûlât tant sa crainte était extrême.

– Selon la seconde interprétation : « Si, dans le décret et le jugement préalables d’Allah, il est arrêté qu’Il châtie chaque criminel pour son crime, Allah me châtiera pour mes forfaits d’un châtiment infligé à nul autre qu’à moi parmi les mondes. » Ce récit est rapporté par les imâms dans le Muwaṭṭa’ et ailleurs ; cet homme était croyant et monothéiste. Dans l’une des versions, on lit : « Il n’avait accompli de bien que l’unicité (at-tawḥîd). » Lorsque le Très-Haut lui demanda : « Pourquoi as-tu agi ainsi ? », il répondit : « Par crainte de Toi, ô Seigneur. » Or la crainte révérencielle (al-khashyah) n’est propre qu’à un croyant sincère, comme l’a dit Allah : « Ne craignent vraiment Allah, parmi Ses serviteurs, que les savants. » [Fâṭir 28]

On a encore dit que le sens de « فَظَنَّ أَنْ لَنْ نَقْدِرَ عَلَيْهِ » est interrogatif ; l’expression équivaudrait à « أَفَظَنَّ » (a-fa-ẓanna), l’alif de l’interrogation ayant été omise par concision : c’est l’avis de Sulaymân Abû al-Mu‘tamir.

Le qâḍî Mundhir b. Sa‘îd rapporte que certains ont même lu : « أَفَظَنَّ » avec l’alif explicite.

دُونَ الْقُدْرَةِ وَالِاسْتِطَاعَةِ. وَرُوِيَ عَنْ أَبِي الْعَبَّاسِ أَحْمَدَ بْنِ يَحْيَى ثَعْلَبٍ، أَنَّهُ قَالَ فِي قَوْلِ اللَّهِ عَزَّ وَجَلَّ: " فَظَنَّ أَنْ لَنْ نَقْدِرَ عَلَيْهِ" هُوَ مِنَ التَّقْدِيرِ لَيْسَ مِنَ الْقُدْرَةِ، يُقَالُ مِنْهُ: قَدَرَ اللَّهُ لَكَ الْخَيْرَ يَقْدِرُهُ قَدْرًا، بِمَعْنَى قَدَرَ اللَّهُ لَكَ الْخَيْرَ. وَأَنْشَدَ ثَعْلَبٌ: فَلَيْسَتْ عَشِيَّاتُ اللِّوَى بِرَوَاجِعَ ... لَنَا أَبَدًا مَا أَوْرَقَ السَّلَمُ النَّضْرُ وَلَا عَائِدٌ ذَاكَ الزَّمَانُ الَّذِي مَضَى ... تَبَارَكْتَ مَا تَقْدِرُ يَقَعْ وَلَكَ الشُّكْرُ يَعْنِي مَا تَقْدِرُهُ وَتَقْضِي بِهِ يَقَعُ. وَعَلَى هَذَيْنَ التَّأْوِيلَيْنِ الْعُلَمَاءُ. وَقَرَأَ عُمَرُ بْنُ عَبْدِ الْعَزِيزِ وَالزُّهْرِيُّ: " فَظَنَّ أَنْ لَنْ نَقْدِرَ عَلَيْهِ" بِضَمِّ النُّونِ وَتَشْدِيدِ الدَّالِ مِنَ التَّقْدِيرِ. وَحَكَى هَذِهِ الْقِرَاءَةَ الْمَاوَرْدِيُّ عَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ. وَقَرَأَ عُبَيْدُ بْنُ عُمَيْرٍ وَقَتَادَةُ وَالْأَعْرَجُ: " أَنْ لَنْ يُقَدَّرَ عَلَيْهِ" بِضَمِّ الْيَاءِ مُشَدَّدًا عَلَى الْفِعْلِ الْمَجْهُولِ. وَقَرَأَ يَعْقُوبُ وَعَبْدُ اللَّهِ بْنُ أَبِي إِسْحَاقَ وَالْحَسَنُ وَابْنُ عَبَّاسٍ أَيْضًا: " يُقْدَرُ عَلَيْهِ" بِيَاءٍ مَضْمُومَةٍ وَفَتْحِ الدَّالِ مُخَفَّفًا عَلَى الْفِعْلِ الْمَجْهُولِ. وَعَنِ الْحَسَنِ أَيْضًا: " فَظَنَّ أَنْ لَنْ يَقْدِرَ عَلَيْهِ" . الْبَاقُونَ " نَقْدِرَ" بِفَتْحِ النُّونِ وَكَسْرِ الدَّالِ وَكُلُّهُ بِمَعْنَى التَّقْدِيرِ. قُلْتُ: وَهَذَانَ التَّأْوِيلَانِ تَأَوَّلَهُمَا الْعُلَمَاءُ فِي قَوْلِ الرَّجُلِ الَّذِي لَمْ يَعْمَلْ خَيْرًا قَطُّ لِأَهْلِهِ إِذَا مَاتَ فَحَرَقُوهُ (فَوَاللَّهِ لَئِنْ قَدَرَ اللَّهُ عَلَيَّ) الْحَدِيثَ فَعَلَى التَّأْوِيلِ الْأَوَّلِ يَكُونُ تَقْدِيرُهُ: وَاللَّهِ لَئِنْ ضَيَّقَ اللَّهُ عَلَيَّ وَبَالَغَ فِي محاسبتي وجزاني عَلَى ذُنُوبِي لَيَكُونَنَّ ذَلِكَ، ثُمَّ أَمَرَ أَنْ يُحْرَقَ بِإِفْرَاطِ خَوْفِهِ. وَعَلَى التَّأْوِيلِ الثَّانِي: أَيْ لَئِنْ كَانَ سَبَقَ فِي قَدَرِ اللَّهِ وَقَضَائِهِ أَنْ يُعَذِّبَ كُلَّ ذِي جُرْمٍ عَلَى جُرْمِهِ لَيُعَذِّبَنِّي اللَّهُ عَلَى إِجْرَامِي وَذُنُوبِي عَذَابًا لَا يُعَذِّبُهُ أَحَدًا مِنَ الْعَالَمِينَ غَيْرِي. وَحَدِيثُهُ خَرَّجَهُ الْأَئِمَّةُ فِي الْمُوَطَّأِ وَغَيْرِهِ. وَالرَّجُلُ كَانَ مُؤْمِنًا مُوَحِّدًا. وَقَدْ جَاءَ فِي بَعْضِ طُرُقِهِ (لَمْ يَعْمَلْ خَيْرًا إِلَّا التَّوْحِيدَ) وَقَدْ قَالَ حِينَ قَالَ اللَّهُ تَعَالَى: لِمَ فَعَلْتَ هَذَا؟ قَالَ: مِنْ خَشْيَتِكَ يَا رَبِّ. وَالْخَشْيَةُ لَا تَكُونُ إِلَّا لِمُؤْمِنٍ مُصَدِّقٍ، قَالَ اللَّهُ تَعَالَى: " إِنَّما يَخْشَى اللَّهَ مِنْ عِبادِهِ الْعُلَماءُ" «١» [فاطر: ٢٨] . وَقَدْ قِيلَ: إِنَّ مَعْنَى " فَظَنَّ أَنْ لَنْ نَقْدِرَ عَلَيْهِ" الِاسْتِفْهَامُ وَتَقْدِيرُهُ: أَفَظَنَّ، فَحَذَفَ أَلِفَ الِاسْتِفْهَامِ إِيجَازًا، وَهُوَ قَوْلُ سُلَيْمَانَ «٢» [أَبُو [الْمُعْتَمِرِ. وَحَكَى الْقَاضِي مُنْذِرُ بْنُ سَعِيدٍ: أَنَّ بَعْضَهُمْ قرأ: " أفظن" بالألف.
(١). راجع ج ١٤ ص (٢). في الأصل (سليمان بن المعتمر) وهو تحريف والتصويب من (تهذيب التهذيب).

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