Je dis : « C’est là la meilleure interprétation qui ait été avancée, comme cela sera exposé dans le commentaire de « wa-ṣ-Ṣaffāt » – s’il plaît à Allâh, Très-Haut.
On a également dit : il était d’usage, chez son peuple, de mettre à mort quiconque avait été convaincu de mensonge. Il craignit donc d’être tué, se mit en colère et s’enfuit, errant çà et là, jusqu’à ce qu’il monta sur un navire. Celui-ci s’immobilisa et refusa d’avancer. Les gens du bord dirent : « Y a-t-il parmi vous un esclave fugitif ? » Il répondit : « C’est moi. » On connaît la suite de son histoire ; il fut éprouvé par le ventre du poisson afin d’être purifié d’une faute mineure, tout comme il a été dit au sujet des gens d’Uḥud : « … jusqu’à ce que, défaillants… » (Âl ‘Imrân, 152), jusqu’à la parole : « … et afin qu’Allâh purifie ceux qui ont cru » (Âl ‘Imrân, 141). Les manquements des prophètes sont certes pardonnés, mais il peut leur survenir une épreuve de purification, laquelle comporte en outre un avertissement à ne pas y revenir.
Quatrième opinion : il ne se serait mis en colère ni contre son Seigneur, ni contre son peuple, ni contre le roi ; on a en effet l’habitude, dans leur langue, de dire « il s’est fâché » pour « il s’est offensé ». Or la forme verbale « faʿala » avec redoublement peut parfois se rapporter à une seule personne. Le sens serait donc que, lorsqu’il promit le châtiment à son peuple et s’éloigna d’eux, ceux-ci se repentirent et le châtiment fut levé ; quand il revint et apprit qu’ils n’avaient pas péri, il en conçut de l’offense et repartit en fugitif. À l’appui, on cite ce vers : « Je m’irrite qu’on insulte les Tamîmites chez les Dârimites », c’est-à-dire « je m’en offense ». Cette explication toutefois prête à discussion : on pourrait rétorquer à son auteur que, même si cette « mugâḍaba » relève de l’offense, celle-ci s’accompagne nécessairement d’une part, même ténue, de colère – envers qui que ce soit. Et vous affirmez qu’il ne se mit en colère ni contre son Seigneur ni contre son peuple !
Quant à la parole du Très-Haut : « Il pensa que Nous n’allions pas disposer de puissance sur lui, et il fit appel dans les ténèbres… » – on a dit que le Diable l’avait alors fait trébucher, de sorte qu’il lui vint à l’esprit qu’Allâh pourrait ne pas être capable de le punir. Voilà une opinion rejetée, qu’il convient d’écarter, car elle implique la mécréance. Elle est rapportée de Sa‘îd ibn Jubayr, selon al-Mahdawî, et par ath-Tha‘labî d’après al-Ḥasan.
Ath-Tha‘labî rapporte encore qu’après ‘Aṭâ’, Sa‘îd ibn Jubayr et maints savants ont expliqué le verset ainsi : « Il pensa que Nous ne lui serrerions pas la poigne (ne restreindrions pas son sort). » Al-Ḥasan a dit : c’est comme dans la parole du Très-Haut : « Allâh étend la subsistance à qui Il veut et la restreint (yaqdir) » (ar-Ra‘d, 26) – c’est-à-dire Il la resserre –, et dans : « Quant à celui dont la subsistance a été mesurée (qudira ‘alayhi) » (aṭ-Ṭalâq, 7).
J’ajoute : c’est là l’explication la plus conforme à l’avis de Sa‘îd et d’al-Ḥasan. Les termes qadara, qudira, qatar et qutira ont le même sens : restreindre. C’est l’opinion d’Ibn ‘Abbâs rapportée par al-Mâwardî et al-Mahdawî.
D’autres ont dit : l’expression relève du « qadar » entendu comme décret et jugement ; c’est-à-dire : « Il pensa que Nous ne décréterions pas de châtiment contre lui. » Telle est l’explication de Qatâda, Mujâhid et al-Farrâ’, dérivée du mot qadar, qui signifie jugement.