Selon an-Naḥḥās, l’explication la plus pertinente est la suivante : il quitta son peuple courroucé pour la cause de son Seigneur, c’est-à-dire qu’il se mit en colère contre eux en raison de leur mécréance envers leur Seigneur.
On a également dit qu’il se mit en colère contre son peuple lorsque leur obstination se prolongea ; il prit alors la fuite pour sauver sa personne, ne supportant plus leurs offenses, alors que Dieu lui avait ordonné de demeurer parmi eux et de persévérer dans l’appel. Son manquement consista donc à les abandonner sans autorisation divine. C’est le sens rapporté d’Ibn ʿAbbâs et ad-Ḍaḥḥâk : Yûnus était encore jeune et ne supportait pas encore le lourd fardeau de la prophétie.
C’est pour cela qu’il fut dit au Prophète – paix et salut sur lui – : « Ne sois pas comme le Compagnon du Poisson » (Coran, 68 : 48).
Ad-Ḍaḥḥâk rapporte aussi qu’il quitta son peuple courroucé, car ceux-ci, refusant son message alors qu’il était envoyé par Dieu, étaient tombés dans la mécréance ; il lui incombait donc légitimement de se mettre en colère contre eux. De même, il appartient à tout croyant de s’irriter contre celui qui désobéit à Dieu, exalté soit-Il.
Un autre groupe, avec al-Akhfash, estime qu’il ne s’irrita pas contre son peuple mais contre le roi qui régnait sur eux.
Ibn ʿAbbâs rapporte que le prophète Chaʿyâ et le roi de son époque, nommé Ḥizqiyâ, voulurent envoyer Yûnus auprès du roi de Ninive ; celui-ci avait envahi les fils d’Israël et en avait fait un grand nombre de captifs. Ils souhaitaient que Yûnus lui parle afin qu’il renvoie ces captifs. À cette époque, la révélation parvenait aux prophètes, tandis que l’administration et la gouvernance relevaient d’un roi choisi, qui agissait d’après l’inspiration du prophète.
Dieu révéla à Chaʿyâ : « Dis au roi Ḥizqiyâ de choisir, parmi les enfants d’Israël, un prophète fort et digne de confiance et de l’envoyer aux habitants de Ninive pour leur ordonner de libérer les fils d’Israël, car Je jetterai dans le cœur de leurs rois et de leurs tyrans la résolution de les laisser partir. »
Yûnus dit alors à Chaʿyâ : « Dieu t’a-t-Il ordonné de m’envoyer ? » – « Non, répondit-il. » – « T’a-t-Il cité mon nom ? » – « Non. » – « Il y a pourtant ici d’autres prophètes fiables et forts. » Comme on insista auprès de lui, il partit courroucé contre le prophète, le roi et son peuple. Il se rendit alors vers la mer Méditerranée et l’on connaît la suite de son histoire : il fut éprouvé dans le ventre du poisson pour avoir délaissé l’ordre de Chaʿyâ.
C’est à ce propos que Dieu – Très-Haut – dit : « Le poisson l’engloutit alors qu’il avait agi blâmablement » (Coran, 37 : 142). Al-Mulîm désigne celui qui accomplit un acte digne de reproche ; ce qu’il fit relevait soit d’un péché mineur, soit de l’abandon d’une option meilleure.
D’autres ont dit qu’il était alors simple envoyé, non prophète ; un des rois d’Israël l’avait chargé de se rendre à Ninive, sur l’ordre de Chaʿyâ, pour appeler ses habitants. Il trouva indigne d’aller vers eux sur ordre d’un autre que Dieu, et sortit donc courroucé contre le roi. Après avoir été sauvé du ventre du poisson, Dieu l’envoya à son peuple ; il les appela, et ils crurent en lui.
Al-Qushayrî conclut : « L’opinion la plus plausible est que cette colère survint après que Dieu l’eut envoyé et après que le châtiment, qui avait déjà plané sur le peuple, eut été levé ; il désapprouva en effet que le châtiment fût écarté d’eux. »