J’ai donc déclaré : « Il ne s’agit nullement ici d’une plainte, mais bien d’une invocation ; la preuve en est la parole divine : ﴾Nous l’exauçâmes﴿. Or l’exaucement suit la supplication et non la simple récrimination. » Ils trouvèrent l’explication pertinente et l’agréèrent.
On interrogea al-Junayd au sujet de ce verset ; il répondit : « Allah lui a fait éprouver le besoin de demander afin de le combler ensuite de la munificence de Ses largesses. »
Parole du Très-Haut : ﴾Nous levâmes le mal qui l’atteignait et Nous lui rendîmes sa famille, ainsi qu’un nombre égal à celle-ci avec eux﴿.
Mujâhid et ‘Ikrima rapportent qu’il fut dit au Prophète Ayyûb – paix sur lui – : « Nous t’avons rendu ta famille au Paradis ; si tu le souhaites, Nous les y laissons pour toi, et si tu préfères, Nous te les rendons dès ici-bas. »
Mujâhid ajoute : « Il choisit que Dieu – Puissant et Majestueux – les laissât pour lui au Paradis et qu’Il lui en accordât l’équivalent en ce monde. »
An-Naḥḥâs affirme : « La chaîne de transmission de ce récit, attribuée à Mujâhid et ‘Ikrima, est authentique. »
J’ai moi-même relevé que al-Mahdawî l’a également rapporté d’Ibn ‘Abbâs.
Ad-Ḍaḥḥâk relate, d’après ‘Abd Allâh ibn Mas‘ûd : « La famille d’Ayyûb était morte, à l’exception de son épouse ; Allah – Exalté soit-Il – les fit revivre en un clin d’œil et lui en accorda d’autres semblables avec eux. »
D’après une autre version d’Ibn ‘Abbâs, ses fils étaient morts ; ils furent ressuscités pour lui et il lui naquit, en plus, d’autres enfants semblables. C’est aussi l’avis de Qatâda, Ka‘b al-Aḥbâr, al-Kalbî et d’autres.
Ibn Mas‘ûd rapporte encore : « Ses enfants – sept garçons et sept filles – étaient décédés. Lorsque sa guérison survint, ils furent rendus à la vie pour lui, et son épouse mit au monde sept garçons et sept filles. » Al-Tha‘labî conclut : « Cette version concorde le mieux avec le sens apparent du verset. »
J’ajoute : ils étaient morts, à titre d’épreuve, avant l’échéance fixée à leurs vies, tout comme il en a été expliqué dans la sourate al-Baqarah, à propos de ceux qui quittèrent leurs demeures alors qu’ils étaient des milliers par crainte de la mort (2 : 243), ainsi que dans l’histoire des soixante-dix hommes foudroyés puis ressuscités ; ils étaient donc morts avant terme, et il en est de même ici – Allah sait mieux.
Selon l’avis de Mujâhid et ‘Ikrima, on comprend alors le verset ainsi : « Nous lui avons accordé sa famille (dans l’au-delà) et leur équivalent avec eux (dans ce monde). »
Le hadith rapporte encore qu’Allah envoya l’ange Jibrîl – paix sur lui – à Ayyûb ; celui-ci frappa le sol du pied et une source d’eau chaude jaillit. L’ange le prit par la main, le secoua vigoureusement ; les vers qui rongeaient son corps tombèrent, puis il s’immergea dans l’eau ; sa chair repoussa et il regagna sa demeure. Allah lui rendit alors sa famille et leur équivalent avec eux. Un nuage apparut, couvrant la superficie de sa maison, et il pleuvait sur lui, trois jours et trois nuits, une nuée de sauterelles en or.
Jibrîl lui dit : « Es-tu maintenant rassasié ? » Il répondit : « Et qui pourrait jamais être rassasié des faveurs d’Allah ?…»