bien qu’il manque à ce récit une chaîne de transmission authentique, laquelle demeure introuvable.
Huitièmement : on rapporte que des vers dévoraient son corps, et il patienta jusqu’à ce qu’un ver atteigne son cœur et un autre sa langue. Il s’écria alors : « Le mal m’a touché », parce que cela l’empêchait de se rappeler Allah. Ibn al-ʿArabî dit : « Combien ce propos serait beau s’il possédait un sanad établi et ne se réduisait pas à une simple prétention ».
Neuvièmement : il lui était resté obscur de connaître le motif de l’épreuve : s’agissait-il d’une discipline, d’un châtiment, d’une distinction, d’une purification, d’une réserve de récompense ou d’une absolution ? Il dit donc : « Le mal m’a touché », c’est-à-dire le mal de l’incertitude quant à la raison de l’épreuve. Ibn al-ʿArabî commente : « C’est là une exagération dont on peut se passer ».
Dixièmement : on l’exhorta à demander à Allah l’affermissement dans la santé. Il répondit : « J’ai vécu dans la félicité soixante-dix ans ; que je demeure donc dans l’épreuve sept ans, puis je L’invoquerai ». Il dit alors : « Le mal m’a touché ». Ibn al-ʿArabî : « C’est concevable, mais aucun hadith authentique n’atteste la durée de son séjour ni cette version du récit ».
Onzièmement : l’atteinte en question fut la parole d’Iblîs adressée à son épouse : « Prosterne-toi devant moi ». Il craignit alors que la foi ne lui fût ravie, qu’elle ne pérît et qu’il ne restât sans personne pour le prendre en charge.
Douzièmement : lorsque son mal fut manifeste, son peuple dit : « Sa présence et son état répugnant nous importunent ; qu’il s’éloigne de nous ». Son épouse le transporta hors de la cité. Quand les gens sortaient et l’apercevaient, ils se déclaraient de mauvais augure et se montraient pessimistes à sa vue ; ils dirent : « Qu’on le relègue plus loin afin que nous ne le voyions plus ». Il se rendit donc à une contrée éloignée du village, et son épouse demeurait à son service, lui apportant sa subsistance. Ils dirent alors : « Elle le touche puis se mêle à nous ; son mal finirait par nous atteindre ». Ils voulurent la couper de lui ; il dit alors : « Le mal m’a touché ».
Treizièmement : ʿAbd-Allâh b. ʿUbayd b. ʿUmayr relate : Ayyûb avait deux frères. Ils vinrent à lui et, à cause de la puanteur, se tinrent à distance, incapables de s’approcher. L’un d’eux dit : « Si Allah avait vu un quelconque bien chez Ayyûb, Il ne l’aurait pas éprouvé par cette calamité ». Ayyûb n’entendit jamais parole plus pénible. Il dit alors : « Le mal m’a touché », puis ajouta : « Ô Allah, Tu sais que jamais je ne me suis couché rassasié tandis que je connaissais l’existence d’un affamé ; manifeste donc la véracité de mon propos ». Un héraut céleste proclama : « Mon serviteur a dit vrai », et les deux frères, qui l’entendirent, se jetèrent prosternés.
Quatorzièmement : le sens de « Le mal m’a touché » tient à la réjouissance des ennemis. On demanda à Ayyûb : « Qu’est-ce qui fut le plus dur durant ton épreuve ? » Il répondit : « La jubilation de mes adversaires ». Ibn al-ʿArabî : « Ceci est envisageable, car le Kalîm (Mûsâ) demanda à son frère la sauvegarde de cette même chose en disant : “Ces gens m’ont traité avec mépris et ont failli me tuer ; ne laisse donc pas les ennemis se réjouir de mon sort” (al-Aʿrâf, 150). »
Quinzièmement : son épouse possédait de longues tresses et, lorsqu’elle se vit empêchée de travailler pour autrui à cause de lui