Ils divergèrent dans leurs positions.
Un premier groupe soutint : « La vérité, auprès d’Allah, se trouve d’un seul côté. Il a, pour l’établir, érigé des preuves et chargé les mujtahid de les rechercher et de les examiner. Celui qui, dans une question, atteint la réalité visée est, absolument, dans le vrai ; il obtient deux récompenses : une pour son effort d’ijtihâd et une pour avoir atteint la vérité. Quant à celui qui ne l’atteint pas, il est juste dans son effort mais se trompe en ce qu’il n’a pas atteint la réalité ; il n’a donc qu’une seule récompense et n’est pas excusé. Or, Sulaymân – sur lui la paix – a bel et bien atteint la réalité recherchée, celle qu’il a comprise. Ce même groupe estime, toutefois, qu’un savant qui se trompe n’encourt aucun péché pour son erreur, bien qu’il ne soit pas excusable.
Un second groupe affirma : « La vérité est d’un seul côté, mais Allah – Très-Haut – n’en a pas désigné les preuves[1][2] ; Il a renvoyé l’affaire à l’examen des mujtahid. Celui qui atteint la vérité est dans le vrai, et celui qui se trompe est excusé et récompensé ; nous n’avons pas reçu l’obligation d’atteindre exactement la réalité, mais seulement celle de déployer l’effort d’ijtihâd. »
La majorité des gens de la Sunna – et c’est l’avis transmis de manière fiable d’Imâm Mâlik et de ses compagnons, qu’Allah les agrée – dit : « Dans les questions de jurisprudence dérivée, la vérité se trouve des deux côtés ; chaque mujtahid est dans le vrai. Ce qui est requis, c’est d’atteindre ce qui lui paraît préférable, et chaque mujtahid, par son examen, est parvenu à ce qu’il tient pour préférable. La preuve de cette opinion est que les Compagnons puis leurs successeurs ont entériné les divergences entre eux sans que personne ne juge nécessaire de s’en remettre exclusivement à son propre avis au détriment de celui de son contradicteur. De cela relève le refus de Mâlik – qu’Allah lui fasse miséricorde – opposé au calife al-Manṣûr Abû Ja‘far lorsqu’il voulut contraindre les gens à suivre « al-Muwaṭṭaʾ ». Ainsi, lorsqu’un savant déclare qu’une chose est licite, c’est là la vérité, pour ce savant et pour quiconque suit son avis, auprès d’Allah – Très-Haut, et il en va de même à l’inverse.
Ils ajoutent : « Même si Sulaymân – sur lui la paix – a saisi la solution la plus parfaite et la plus forte, le premier jugement n’en est pas pour autant erroné. » C’est dans ce sens qu’ils interprètent la parole du Prophète – sur lui la bénédiction et la paix : « Lorsque le savant exerce l’ijtihâd et se trompe », c’est-à-dire qu’il a manqué ce qui est préférable.
Huitièmement – Muslim et d’autres ont rapporté d’après ‘Amr ibn al-‘Âṣ qu’il entendit le Messager d’Allah – paix et bénédiction sur lui – dire : « Lorsqu’un juge statue, qu’il exerce l’ijtihâd puis atteint la vérité, il aura deux récompenses ; et s’il juge, exerce l’ijtihâd puis se trompe, il aura une récompense. » Tel est le libellé du ḥadith dans le Ṣaḥîḥ de Muslim : « Si un juge statue, puis exerce l’ijtihâd… », mettant le jugement avant l’effort, alors que, en réalité, l’ordre est l’inverse ; l’ijtihâd précède le jugement, et il est unanimement interdit de juger avant d’avoir exercé l’ijtihâd. Le sens du ḥadith est donc : « lorsqu’il s’apprête à juger… », tout comme dans la Parole divine : « Lorsque tu lis le Coran, cherche refuge… » (an-Naḥl, 98).