Ibn ʿAṭiyya a dit : Selon la première opinion, il paraît que Dāwūd considéra que la valeur du troupeau équivalait au produit de la récolte qui avait été détruit ; selon la seconde, il estima qu’il équivalait à la fois au champ et à la récolte.
Lorsque les deux plaideurs sortirent devant Sulaymân – lequel avait coutume de s’asseoir à la porte par laquelle les parties sortaient, tandis qu’elles entraient chez Dāwūd par une autre porte –, il leur demanda : « Quel jugement le Prophète d’Allāh, Dāwūd, a-t-il rendu entre vous ? » Ils répondirent : « Il a accordé le troupeau au propriétaire du champ. » Sulaymân dit : « Peut-être le verdict est-il autre ; revenez avec moi. »
Il se rendit auprès de son père et lui dit : « Ô Prophète d’Allāh, tu as statué de telle manière, mais j’aperçois un arrangement plus avantageux pour tous. » Dāwūd demanda : « Lequel ? » Il répondit : « Il convient de remettre le troupeau au maître du champ afin qu’il profite de son lait, de son gras et de sa laine, et de confier le champ au propriétaire des bêtes pour qu’il en prenne soin. Lorsque, l’année suivante, la culture aura retrouvé l’état dans lequel elle se trouvait avant que les brebis ne la ravagent, chacun recouvrera son bien. »
Dāwūd dit alors : « Tu as été inspiré, ô mon fils ; qu’Allāh ne prive pas ton intelligence ! » Il statua donc conformément au jugement de Sulaymân. Tel en ont expliqué le sens Ibn Masʿūd, Mujāhid et d’autres.
Al-Kalbī rapporte que Dāwūd estima la valeur du troupeau et celle de la vigne qu’il avait endommagée ; les deux montants se révélant identiques, il remit le troupeau au propriétaire de la vigne. Al-Naḥḥās dit la même chose : Dāwūd accorda le troupeau au maître du champ parce que son prix en était proche.
Quant au jugement de Sulaymân, on a également avancé que la valeur de ce dont le troupeau profita et celle des dégâts qu’il causa étaient égales.
Cinquièmement – « À chacun Nous avons accordé jugement et science » : certains ont estimé que Dāwūd – sur lui la paix – ne s’est pas trompé dans cette affaire ; c’est bien en elle qu’il a reçu la capacité de juger et la science. Ils interprètent la parole divine « Nous la fîmes comprendre à Sulaymân » comme un mérite ajouté à Sulaymân par-dessus Dāwūd, et cette distinction profite en fin de compte à Dāwūd, car le père se réjouit de la supériorité de son fils.
D’autres ont dit : non, Dāwūd n’a pas atteint la solution recherchée dans ce litige ; Allāh ne l’a loué ici qu’en raison du jugement et de la science qui lui sont reconnus en d’autres questions. Dans ce cas précis, Sulaymân a visé juste tandis que Dāwūd – que la prière et la paix soient sur eux – s’est trompé. Il n’est pas impossible que l’erreur et la méprise touchent les prophètes comme les autres ; toutefois, ils ne sont pas laissés en l’état, tandis que d’autres peuvent l’être.
Lorsque al-Walīd détruisit l’église de Damas, le roi des Byzantins lui écrivit : « Tu as démoli l’église que ton père avait décidé de conserver ; si tu es dans le vrai, ton père a donc fauté ; et si ton père était dans le vrai, alors c’est toi qui as fauté. » Al-Walīd lui répondit par la Parole d’Allāh : « “Et [souviens-toi de] Dāwūd et Sulaymân quand ils jugeaient au sujet du champ, lorsque les brebis du peuple y paissaient la nuit ; Nous étions témoins de leur jugement. Nous la fîmes comprendre à Sulaymân et à chacun Nous accordâmes jugement et science.” »
Certains ont encore affirmé que Dāwūd et Sulaymân – sur eux la paix – étaient deux prophètes qui statuaient selon ce qui leur était révélé ; ainsi Dāwūd jugea par révélation.