Il s’agit bien d’une Balance ; en réalité, elle n’est rien d’autre que l’expression de la justice. Or les traditions authentiques, ainsi que l’immense majorité de la communauté, retiennent le premier avis. Nous avons déjà expliqué cette question en détail dans notre commentaire de la sourate « Al-Aʿrâf » [1], puis dans celui de « Al-Kahf » [2], et nous l’avons traitée de façon exhaustive dans notre ouvrage « At-Tadhkira » — louange à Allah.
Le terme « al-qisṭ » signifie l’équité : il n’y aura dans cette pesée ni manque ni injustice, contrairement aux pesées de ce bas-monde. « Al-qisṭ » qualifie ici les balances et demeure au singulier parce qu’il s’agit d’un nom verbal ; on dit : « mîzânu qisṭin », « deux balances : mîzânâni qisṭun », « des balances : mawâzînu qisṭin », tout comme l’on dit : « rijâlun ʿadl » ou « riḍan ». Un groupe a lu « al-qiṣṭ » avec la lettre Ṣâd.
« Pour le Jour de la Résurrection » : c’est-à-dire en faveur des gens de ce Jour ; d’autres ont dit : le sens est « au Jour de la Résurrection ».
« Aucune âme ne sera lésée en quoi que ce soit » : il ne sera retranché rien des bonnes œuvres du bienfaiteur, ni ajouté quoi que ce soit à la mauvaise action du pécheur.
« Quand bien même il s’agirait du poids d’un grain de moutarde… » : Nâfiʿ, Shayba et Abû Jaʿfar lisent, ici et dans la sourate « Luqmân » [3], « mithqâlu ḥabbatin » au nominatif, sur le sens : « si cela se trouve ou advient », le verbe « kâna » étant alors accompli et n’ayant pas besoin d’attribut ; les autres lisent « mithqâla » au régime, c’est-à-dire : « même si l’acte — ou la chose — pesait… ». Le « mithqâl » d’une chose est son équivalent en poids.
« Nous l’apporterons » — avec alif brève, selon la récitation unanime — signifie : Nous la ferons venir et Nous la présenterons pour qu’elle serve à la rétribution, pour ou contre son auteur ; on la fera venir — c’est-à-dire la graine. S’Il avait dit : « avec lui », c’est-à-dire avec le « mithqâl », cela aurait aussi été correct.
On a également dit : le « poids du grain » n’est rien d’autre que le grain lui-même ; d’où l’expression : « Nous l’apporterons ».
Mujâhid et ʿIkrima lisent : « Âtaynâ » — en allongeant — au sens de : « Nous rétribuerons pour elle » ; on dit : « ātâ yuʾâtî muʾâtatan ».
« Et Il Nous suffit d’être les calculateurs » : c’est-à-dire les Rétributeurs, pour ce qu’ils ont avancé de bien comme de mal. Certains ont dit : nul n’est plus prompt que Nous à dresser le compte. Le « ḥisâb » est le dénombrement.
At-Tirmidhî rapporte d’après ʿÂʾisha — qu’Allah l’agrée — qu’un homme vint s’asseoir devant le Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — et dit :
« Ô Messager d’Allah ! J’ai des serviteurs : ils me mentent, me trahissent, me désobéissent ; et, de mon côté, je les insulte et les frappe. Comment serais-je jugé à leur égard ? » Le Prophète répondit :
« On tiendra compte des trahisons, désobéissances et mensonges dont ils se seront rendus coupables, ainsi que du châtiment que tu leur auras infligé. Si ton châtiment est proportionné à leurs fautes, ce sera quitte : ni en ta faveur ni contre toi. Si ton châtiment est inférieur à leurs fautes, ce sera un surplus en ta faveur. Mais si ton châtiment dépasse leurs fautes, ils prendront sur toi en guise de compensation. »
L’homme se retira alors, se mit à pleurer et à sangloter. Le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — dit : « Ne lis-tu donc pas le Livre d’Allah, le Très-Haut : “Nous placerons les balances équitables pour le Jour de la Résurrection ; nulle âme ne sera lésée en rien…” (21 : 47) ? »
L’homme déclara : « Par Allah, ô Messager d’Allah, je ne vois rien de meilleur pour moi et pour eux que de m’en séparer ; je te prends à témoin qu’ils sont tous affranchis. » Hadith gharîb.