[Sourate Ṭâ-Hâ (20), versets 128 à 130]
128 – Ne leur a-t-il donc pas été montré combien de générations Nous avons anéanties avant eux, générations dont ils foulent aujourd’hui les demeures ? Il y a certes en cela des signes pour les doués d’intelligence.
129 – Et, n’eût été une parole préalable de ton Seigneur et un terme déjà fixé, (le châtiment) aurait été inéluctable.
130 – Endure donc ce qu’ils disent ; et célèbre la gloire de ton Seigneur en Le louant avant le lever du soleil et avant son coucher ; glorifie-Le encore pendant les heures de la nuit, ainsi qu’aux extrémités du jour, afin que tu atteignes la satisfaction.
Commentaire
« Ne leur a-t-il donc pas été montré… » (20 : 128)
Il s’agit ici des habitants de La Mecque. Autrement dit : ne leur est-il donc pas devenu évident le sort de ceux que Nous avons détruits avant eux parmi les anciennes générations ? Ils passent dans leurs demeures lorsqu’ils voyagent pour leurs commerces et la recherche de subsistance ; ils voient ainsi les contrées des peuples disparus, ces anciennes générations dont les cités sont désormais vides. Ne craignent-ils donc pas que ne s’abatte sur eux ce qui s’est abattu sur les mécréants d’antan ?
Ibn ʿAbbâs, As-Sulamî et d’autres ont lu : « nahdi lahum » – « Nous leur montrons », à la première personne du pluriel, lecture plus explicite. La lecture « yahdi » – « il montre », à la troisième personne, soulève la question du sujet grammatical. Les grammairiens de Koufa ont voulu faire de « kam » le sujet, ce que an-Naḥḥâs réfute, « kam » étant un terme interrogatif qui ne peut être précédé d’un verbe agissant sur lui. Az-Zajjâj explique le verset ainsi : « L’affaire ne leur a-t-elle donc pas servi de guide, quand Nous avons détruit ceux que Nous avons détruits… » ? Le véritable sujet du verbe « yahdi » est, selon lui, la « guidée » elle-même ; le sens implicite serait alors : « Ne les a-t-elle donc pas guidés, cette guidée ? » Quant à « kam », il est à l’accusatif, dépendant du verbe « ahlaknā » – « Nous avons anéanti ».
« Et, n’eût été une parole préalable de ton Seigneur… » (20 : 129)
Le verset comporte, selon Qatâda, un déplacement rhétorique : il faut comprendre : « N’eût été la parole qui a précédé de la part de ton Seigneur, ainsi qu’un terme fixé, le châtiment leur aurait été inévitable. » Le mot « lizâm » signifie « inséparable », c’est-à-dire que le châtiment leur aurait été implacablement attaché. Le sujet du verbe « kâna » est sous-entendu.
Az-Zajjâj précise que l’expression « un terme fixé » est coordonnée à « une parole ». Qatâda, rejoint par al-Qutaybî, entend par là le Jour de la Résurrection. D’aucuns ont dit qu’il s’agit du sursis accordé jusqu’au jour de Badr.
« Endure donc ce qu’ils disent… » (20 : 130)
Allâh – exalté soit-Il – ordonne à Son Prophète de supporter leurs propos : « C’est un sorcier », « c’est un devin », « c’est un menteur », et autres insultes similaires. Le sens est : ne t’en préoccupe pas, car leur châtiment a un moment fixé qui ne sera ni avancé ni retardé.
On a dit que ce commandement de patience a été abrogé par le verset du combat. D’autres rétorquent qu’il n’est pas abrogé, puisque les mécréants n’ont pas été entièrement exterminés après la révélation du verset du combat ; la plupart d’entre eux subsistent encore.