Quatrièmement – Quant à celui qui commet des fautes et à qui le pardon n’est pas accordé, les savants sont unanimes : il ne lui est pas permis d’invoquer le même argument qu’Adam, en disant : « Pourquoi me blâmez-vous d’avoir tué, forniqué ou volé, alors qu’Allah l’avait décrété pour moi ? » La communauté est également unanime à reconnaître qu’il est légitime de louer l’homme bienfaisant pour sa bienfaisance, de blâmer le malfaiteur pour sa méchanceté et d’énumérer ses péchés contre lui.
Cinquièmement – Au sujet de la Parole du Très-Haut : « فَغَوى » (20 : 121), c’est-à-dire : « sa vie se corrompit », ainsi l’a rapporté an-Naqqâch, et c’est l’opinion retenue par al-Qushayrî. J’ai entendu notre maître, le cheikh, le lecteur Abû Jaʿfar al-Qurṭubî, dire : « فَغَوى » signifie : sa vie se dégrada lorsqu’il descendit en ce bas-monde, car al-ghayy désigne la corruption. C’est là une interprétation judicieuse, préférable à celle de ceux qui disent que « فَغَوى » veut dire « il s’égara », le ghayy étant l’opposé de la rectitude (ar-rushd).
On a également avancé : cela signifie qu’il ignora où se trouvait sa bonne direction, c’est-à-dire qu’il ne sut pas que cet arbre était précisément celui dont il avait été interdit ; al-ghayy peut, en effet, évoquer l’ignorance. D’aucuns ont encore expliqué : « فَغَوى », c’est-à-dire : « il fut rassasié au point d’en être incommodé par l’abondance de nourriture ». Az-Zamakhsharî commente : bien que cette explication puisse convenir dans le dialecte de ceux qui transforment le yâ’ précédé d’une kasra en alif — disant, dans فَنِيَ et بَقِيَ : فَنَى et بَقَى, à l’instar des Banû Ṭayy — elle demeure une interprétation blâmable.
Sixièmement – Al-Qushayrî Abû Naṣr rapporte qu’un groupe a dit : « Il est juste de dire : ‘Adam a désobéi et s’est fourvoyé’, mais on ne le qualifie pas de ‘désobéissant’ ni d’‘égaré’, tout comme celui qui coud une seule fois est qualifié de khâṭ (il a cousu) sans qu’on l’appelle khayyâṭ (tailleur) tant que la couture ne s’est pas répétée. » On a également affirmé : « Il est permis au maître d’employer à propos de son esclave, lors de sa désobéissance, des termes qu’il n’est pas permis à autrui d’employer. » Ceci relève toutefois d’une affectation de langage. Les expressions attribuées aux prophètes renvoient soit à de menues fautes, soit à l’abandon de ce qui est préférable, soit encore à des actes antérieurs à la prophétie.
Je dis : cela est pertinent.
L’imâm Abû Bakr Ibn Fawrak – qu’Allah lui fasse miséricorde – a dit : « Tout cela de la part d’Adam est survenu avant la prophétie ; la preuve en est la Parole du Très-Haut :
« ثُمَّ اجْتَباهُ رَبُّهُ فَتابَ عَلَيْهِ وَهَدى » (20 : 122), où le choix divin et la guidée sont mentionnés après la désobéissance. Si cela eut lieu avant la mission prophétique, il est donc concevable, sous un certain aspect, que les prophètes commettent des fautes, car avant leur envoi, aucune prescription ne nous obligeait à les suivre. Lorsque Dieu les dépêche auprès des créatures, qu’ils sont dignes de confiance dans la transmission et préservés (maʿṣûmûn), les péchés antérieurs ne leur portent plus préjudice. – C’est là une remarque précieuse, et Allah est plus savant. »
[Traduction des versets 123 à 127, sourate Ṭâ-Hâ]
123. Il déclara : « Descendez-en tous les deux ; vous serez ennemis les uns des autres. Lorsqu’une guidance vous viendra de Moi, celui qui suivra Ma guidance ne s’égarera point et ne sera point malheureux. »
124. « Mais quiconque se détournera de Mon rappel aura une vie étroite, et Nous le ressusciterons, au Jour de la Résurrection, aveugle. »
125. Il dira : « Ô mon Seigneur, pourquoi m’as-Tu ressuscité aveugle, alors qu’auparavant je voyais ? »
126. [Allah] dira : « Ainsi en est-il : Nos signes t’étaient parvenus, mais tu les as oubliés ; de même, aujourd’hui, tu seras oublié. »
127. C’est ainsi que Nous rétribuons quiconque aura outrancièrement transgressé et n’aura pas cru aux signes de son Seigneur ; et, certes, le châtiment de l’Au-delà est plus dur et plus durable.