«Sois plein de ménagement envers les alliés d’Allah !» Gabriel (Jibrîl) lui répondit : «De maintenant jusqu’à la prière d’al-ʿAṣr, ils sont auprès de toi ; et, après la prière d’al-ʿAṣr, ils seront au Paradis.»
Lorsque Gabriel lui eut tenu ces propos, Moïse ressentit au fond de lui-même une appréhension ; il se dit : «Comment puis-je savoir quel est le jugement qu’Allah porte sur ma personne ? Peut-être suis-je présentement dans un état alors que la science qu’Allah a de moi est à son encontre, tout comme cela vient d’être le cas pour ces gens-là.»
Allah, sachant ce qui se trouvait dans son cœur, lui révéla : «Ne crains rien ; c’est toi qui auras le dessus.» (Tâ-Hâ, 20 : 68) – c’est-à-dire : tu seras victorieux sur eux ici-bas, et tu occuperas, dans l’au-delà, les degrés les plus élevés du Paradis, grâce à la prophétie et à l’élection dont Allah t’a gratifié.
Le mot «khîfatan» (crainte) vient originellement de «khawfatan» ; la wau s’est changée en yâ’ à cause de la kasra qui précède.
Puis, Allah – Très-Haut – dit : «Lance ce qui est dans ta main droite : il engloutira ce qu’ils ont fabriqué.» (Tâ-Hâ, 20 : 69)
Il n’a pas dit : «Jette ton bâton», ce qui peut s’expliquer de deux manières :
- Par diminution : ne t’inquiète pas de la multitude de leurs cordes et de leurs baguettes ; jette ce frêle bout de bois unique qui se trouve dans ta main droite : par la puissance d’Allah, il les happera toutes, qu’elles soient nombreuses ou rares, menues ou volumineuses.
- Par magnification : ne prête aucune attention à ces corps nombreux et imposants, car ce que tu tiens dans ta main droite est plus grand que tout cela ; face à lui, tout ce qu’ils ont est infime et dérisoire. Lance-le donc ; il les happera, par permission d’Allah, et les anéantira.
Le verbe «talqaf» (engloutis) est juxtaposé à l’impératif comme réponse ; c’est comme si la phrase signifiait : «Si tu le lances, il happera» – autrement dit, il saisira et avalera.
As-Sulamî et Ḥafṣ lisent «talqaf» avec la lâm muette, issu de la racine laqifa – yalqafu, laqfan. Ibn Dhakwân, Abû Ḥaywah (le Syrien) et Yaḥyâ b. al-Ḥarṯ lisent «yalqaf» par suppression du tâ’ et avec la fâ’ voyellée, c’est-à-dire : «car elle happera». Le pronom est alors, selon les uns, adressé à Moïse, selon d’autres, au bâton.
Le terme laqf désigne le fait de prendre avec rapidité. On dit : «laqiftu (avec kasra) la chose, je la saisis promptement», «talaqqaftuhâ» également, c’est-à-dire : je l’ai saisie vivement. D’après Yaʿqûb, on dit d’un homme qu’il est laqif, thaqif : agile et habile. Al-laqaf (avec voyellation) signifie l’écroulement d’un mur. L’on dit également : «Le bassin s’est laqafa», c’est-à-dire qu’il s’est effondré par le bas et élargi. Les verbes talaqqafa, talqama et talhama sont voisins de sens. Tout cela a déjà été mentionné dans la sourate al-Aʿrâf. On dit encore : «laqimtu (avec kasra) la bouchée, laqman», et «talaqqamtuhâ» lorsque je l’avale promptement ; de même «lahimtuh» (avec kasra) si je l’ai englouti.
L’expression «mâ ṣanaʿû» signifie : ce qu’ils ont fabriqué. De même : «innahmâ ṣanaʿû» – «ce qu’ils ont fabriqué n’est qu’un stratagème de magie», avec «kaidu» au nominatif et «siḥr» au génitif (sîn kasrée, ḥâ muette) selon la lecture des Koufiens, sauf ʿĀṣim.
Deux analyses sont alors possibles : la première veut que le mot «kaid» (stratagème) soit relié à «siḥr» (magie)