An-Nahhâs dit :
« Cet avis est louable, mais il présente néanmoins une difficulté ; en effet on ne dit, dans la langue, que : “Na‘am, Zaydun khârijun – Oui, Zayd est dehors”, et la particule emphatique “lâm” ne se place guère à cet endroit. Certes, les grammairiens ont traité la question et ont affirmé que la lâm est simplement sous-entendue comme ayant été avancée, ainsi qu’on le voit dans le vers :
Khâlî la-anta, wa-man Jarîrun khâluhû …
Yanalu-l-‘alâ’a wa yukrimu-l-akhwâlâ
et dans un autre :
Ummu-l-Ḥulaysi la-‘ajûzun shahrabah …
Tarḍhâ mina-sh-shâti bi-‘aẓmi-r-raqabah
c’est-à-dire : “La-khâlî” et “La-ummu-l-Ḥulays”. »
Az-Zajjâj dit : « Le sens du verset est : “En vérité, quant à ces deux-là, ils sont bel et bien deux magiciens”. Le sujet (humâ) a ensuite été omis. »
Al-Mahdawî rapporte qu’Abû ‘Alî et Abû-l-Fatḥ Ibn Jinnî ont rejeté cette explication. Abû-l-Fatḥ dit : « Le pronom “humâ” supprimé ne l’a été qu’après avoir été identifié ; or, lorsqu’il est connu, on n’a plus besoin de le renforcer par la lâm ; il est donc répréhensible de retrancher ce qui doit être renforcé et de laisser subsister l’outil de renforcement. »
Troisième opinion (également rapportée d’Al-Farrâ’) : il dit : « J’ai considéré que l’alif constituait un support et non la lâm du verbe ; j’y ai donc ajouté une nûn sans rien changer, comme dans “alladhî”, auquel j’ajoute une nûn pour dire : jâ’anî alladhîna ‘indaka, ra’aytu alladhîna ‘indaka, marartu bi-lladhîna ‘indaka. »
Quatrième opinion : certains grammairiens kûfiens disent que l’alif de “hâdhâni” est comparable à celle de “yaf‘alâni”, d’où l’absence de changement.
Cinquième opinion : Abû Isḥâq rapporte que les anciens grammairiens soutiennent que le hâ’ (ه) est ici sous-entendu ; le sens devient alors : “Innahu hâdhâni la-sâḥirâni – En vérité, ce sont ces deux qui sont deux magiciens”.
Ibn Al-Anbârî précise : « Le hâ’ – qui est l’objet de “inna” – a été élidé ; “hâdhâni” (20 : 63) est alors le prédicat de “inna”, et “sâḥirâni” est mis au nominatif par le pronom implicite “humâ”. L’estimation est : innahu hâdhâni lahumâ sâḥirâni. Selon les tenants de cette réponse, il est toutefois plus plausible que le hâ’ soit le nom de “inna”, que “hâdhâni” soit au nominatif par mise en position initiale, et que ce qui suit en soit le prédicat. »
Sixième opinion :
Abû Ja‘far An-Nahhâs raconte : « J’interrogeai Abû-l-Ḥasan Ibn Kaysân à propos de ce verset. Il me dit : “Si tu veux, je te répondrai selon les grammairiens ; si tu préfères, selon mon propre avis.” – “Selon ton avis”, répondis-je. Il dit alors : “Ismâ‘îl Ibn Isḥâq m’a posé la même question et je lui ai dit : À mon sens, puisque le démonstratif ‘hâdhâ’ s’emploie, au nominatif, à l’accusatif et au génitif, sous une forme unique, il convient, pour le duel, de ne pas le modifier davantage que le singulier ; j’ai donc traité le duel à l’égal du singulier.”
Ismâ‘îl me répliqua : “Quelle belle analyse ! Si seulement quelqu’un t’avait précédé avec cette opinion, on l’eût adoptée plus aisément.”
Ibn Kaysân conclut : “Je lui dis alors : Eh bien, que le cadi la proclame pour qu’on s’y familiarise !” et il sourit. »