Paroles du Très-Haut :
« إنْ هذانِ لَساحِرانِ » (20 : 63).
Abou ʿAmr a récité : « إنَّ هذَيْنِ لَساحِرانِ ». Cette lecture est rapportée d’ʿUthmân et de ʿÂʾicha – qu’Allah les agrée –, ainsi que d’autres Compagnons. Elle a également été lue par al-Ḥasan, Saʿîd b. Jubayr, Ibrâhîm an-Nakhaʿî et divers Tâbiʿîn ; parmi les lecteurs, ʿÎsâ b. ʿUmar et ʿÂṣim al-Jaḥdarî, selon ce qu’a mentionné an-Naḥḥâs. Cette récitation est conforme aux règles grammaticales mais s’avère contraire à l’orthographe du muṣḥaf.
Az-Zuhrî, al-Khalîl b. Aḥmad, al-Mufaḍḍal, Abân, Ibn Muḥayṣin, Ibn Kathîr et ʿĀṣim – dans la transmission de Ḥafṣ – ont récité : « إنْ هذانِ » en allégeant « إنْ », suivi de « لَساحِرانِ » ; Ibn Kathîr renforce toutefois la nūn de « هذانِ ». Cette lecture ne contrevient ni au muṣḥaf ni à la grammaire ; son sens est : « Ces deux-là ne sont rien d’autre que deux magiciens. »
Les Médinois et les Koufiens ont récité : « إنَّ هذانِ لَساحِرانِ » en durcissant « إنَّ ». Ils conforment ainsi leur lecture au muṣḥaf mais s’écartent de l’analyse grammaticale.
An-Naḥḥâs déclare : « Ces trois lectures sont authentiquement transmises par la communauté des lecteurs d’après les imâms. » On rapporte, en outre, que ʿAbdullâh b. Masʿûd a récité : « إنْ هذانِ إلّا ساحِرانِ » ; al-Kisâʾî commente cette variante de ʿAbdullâh en lisant : « إنْ هذانِ ساحِرانِ » sans la lâm, tandis qu’al-Farrâʾ rapporte, dans la version d’Ubayy, : « إنْ ذانِ إلّا ساحِرانِ ». Ces trois dernières variantes relèvent de l’exégèse ; il n’est pas permis de les adopter en récitation du fait qu’elles s’opposent au muṣḥaf.
Je dis : les savants ont énoncé six explications au sujet de la lecture des Médinois et des Koufiens. Ibn al-Anbârî les a citées à la fin de son ouvrage « Ar-Radd », an-Naḥḥâs dans son « Iʿrâb », al-Mahdawî dans son Tafsîr, tandis que d’autres ont mêlé les propos des uns et des autres.
Certains ont jugé cette lecture fautive ; ainsi Abou ʿAmr déclara : « J’aurais honte devant Allah, Exalté soit-Il, de réciter : “إنْ هذانِ”. » ʿUrwa rapporte qu’on interrogea ʿÂʾicha – qu’Allah l’agrée – au sujet des versets : « لكنِ الراسخون في العلم … والمقيمين », puis dans al-Mâʾidah : « إنَّ الذين آمنوا والذين هادوا والصابئون », ainsi que « إنْ هذانِ لَساحِرانِ ». Elle répondit : « Ô fils de ma sœur ! C’est une erreur du scribe. »
ʿUthmân b. ʿAffân – qu’Allah l’agrée – dit : « Il y a dans le muṣḥaf une forme de “lahn” (écart linguistique) que les Arabes rectifieront par leurs langues. » Abân b. ʿUthmân rapporte : « J’ai récité ce verset devant mon père ʿUthmân b. ʿAffân. Il dit : “C’est une faute de langue.” Quelqu’un lui demanda : “Ne le corrigeriez-vous pas ?” Il répondit : “Laissez-le, car il ne rendra illicite aucun licite ni licite aucun illicite.” »
Premier des six avis : il s’agit de la langue des Banû al-Ḥârith b. Kaʿb, de Zubaid, de Khatʿam et de Kinâna b. Zayd, peuples qui marquent le nominatif, l’accusatif et le génitif du duel par l’alif.