Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

ʿAtâʾ, Ṭâwûs, ʿUrwa b. az-Zubayr et ceux qui leur ont succédé parmi les gens de science se sont appuyés sur la parole du Très-Haut :
« Nous avons inscrit pour lui, sur les Tables, de toute chose… » (al-Aʿrâf, 145).
Il dit encore :
« Nous avons certes inscrit dans le Zabûr, après le Rappel, que la terre sera héritée par Mes serviteurs vertueux. » (al-Anbiyâʾ, 105).
Et Il dit :
« Inscris pour nous, en cette vie d’ici-bas, une bonne part… » (al-Aʿrâf, 156).
De même :
« Tout ce qu’ils ont fait est consigné dans les feuillets ; tout petit ou grand est consigné en détail. » (al-Qamar, 52-53).
Et Sa parole :
« Sa science se trouve auprès de mon Seigneur, consignée dans un Livre. » (Tâ-Hâ, 52) – ainsi que bien d’autres versets.

Par ailleurs, la science ne se préserve que par l’écrit, puis par la confrontation des copies, l’étude, la révision régulière, la mémorisation, les séances de rappel, l’interrogation, la vérification des transmetteurs et la confiance accordée à ce qu’ils transmettent. Si certains des premières générations ont réprouvé l’écriture, c’était en raison de la proximité temporelle (avec la Révélation) et du raccourcissement des chaînes de transmission : ils craignaient que l’étudiant ne se contente de ce qu’il a noté et néglige ensuite de l’apprendre par cœur ou de le mettre en pratique. Mais lorsque le temps s’est allongé, que les chaînes se sont éloignées, que les voies de transmission se sont multipliées, que les rapporteurs sont devenus nombreux et de valeur inégale, que le fléau de l’oubli s’est fait pressant et que l’erreur n’est jamais à l’abri, consigner la science par écrit est devenu préférable, plus sûr, et la preuve de son caractère nécessaire plus forte.

Si quelqu’un invoque le hadith d’Abû Saʿîd – rapporté du Prophète ﷺ : « Ne consignez rien de moi ; quiconque écrit autre chose que le Coran, qu’il l’efface » (Muslim) –, nous répondons que cette interdiction fut antérieure et qu’elle a été abrogée par l’ordre qu’il donna ensuite d’écrire, et par l’autorisation qu’il accorda à Abû Shâh et à d’autres. L’interdiction visait aussi à empêcher que l’on mêle au Coran ce qui n’en fait pas partie. Quant au récit attribué à Abû Saʿîd – « Nous avons insisté pour que le Prophète ﷺ nous permette d’écrire, mais il refusa » –, s’il est authentique, il se situe avant l’Hégire, à une époque où l’on redoutait que l’écriture n’occupe les Compagnons au point de les détourner du Coran.

Troisièmement, Abû Bakr al-Khaṭîb dit : Il convient de consigner le hadith à l’encre noire, avec le ḥibr (l’encre noire épaisse) exclusivement, non avec le midâd (toute encre fluide), car le noir est la couleur la plus marquante et le ḥibr la plus durable au fil des siècles ; il est l’instrument des savants et l’équipement des gens de connaissance.
ʿAbd Allâh b. Aḥmad b. Ḥanbal rapporte : « Mon père m’a raconté : al-Shâfiʿî me vit un jour dans son assemblée ; il remarqua une tache d’encre sur ma tunique que je cherchais à dissimuler. Il me dit : “Pourquoi la caches-tu ? L’encre sur le vêtement fait partie de la prestance ; dans les yeux des gens c’est noir, mais dans le for intérieur c’est blancheur.” »
Khâlid b. Zayd déclara : « L’encre sur le vêtement du traditionniste est comparable au parfum (khulûq) sur la robe de la mariée. »
Abû ʿAbd Allâh al-Balawî a repris cette idée dans ces vers :
« L’encre des plumes est le parfum des hommes,
et le parfum des femmes est le safran ;
Celui-ci sied aux habits de ceux-là,
celui-là convient à la robe de l’épousée. »

وَعَطَاءٍ وَطَاوُسٍ وَعُرْوَةَ بْنِ الزُّبَيْرِ، وَمَنْ بَعْدَهُمْ مِنْ أَهْلِ الْعِلْمِ، قَالَ اللَّهُ تَعَالَى " وَكَتَبْنا لَهُ فِي الْأَلْواحِ مِنْ كُلِّ شَيْءٍ" «١» [الأعراف: ١٤٥] . وَقَالَ تَعَالَى: " وَلَقَدْ كَتَبْنا فِي الزَّبُورِ مِنْ بَعْدِ الذِّكْرِ أَنَّ الْأَرْضَ يَرِثُها عِبادِيَ الصَّالِحُونَ ١٠" «٢» [الأنبياء: ١٠٥] . وَقَالَ تَعَالَى: " وَاكْتُبْ لَنا فِي هذِهِ الدُّنْيا حَسَنَةً" «٣» [الأعراف: ١٥٦] الْآيَةَ. وَقَالَ تَعَالَى: " وَكُلُّ شَيْءٍ فَعَلُوهُ فِي الزُّبُرِ. وَكُلُّ صَغِيرٍ وَكَبِيرٍ مُسْتَطَرٌ" «٤» [القمر: ٥٣ - ٥٢] . وقال: " عِلْمُها عِنْدَ رَبِّي فِي كِتابٍ ٢٠: ٥٢" إِلَى غَيْرِ هَذَا مِنَ الْآيِ. وَأَيْضًا فَإِنَّ الْعِلْمَ لَا يُضْبَطُ إِلَّا بِالْكِتَابِ، ثُمَّ بِالْمُقَابَلَةِ وَالْمُدَارَسَةِ وَالتَّعَهُّدِ وَالتَّحَفُّظِ وَالْمُذَاكَرَةِ وَالسُّؤَالِ وَالْفَحْصِ عَنِ النَّاقِلِينَ وَالثِّقَةِ بِمَا نَقَلُوا، وَإِنَّمَا كَرِهَ الْكَتْبَ مَنْ كَرِهَ مِنَ الصَّدْرِ الْأَوَّلِ لِقُرْبِ الْعَهْدِ، وَتَقَارُبِ الْإِسْنَادِ لِئَلَّا يَعْتَمِدَهُ الْكَاتِبُ فَيُهْمِلَهُ، أَوْ يَرْغَبَ عَنْ حِفْظِهِ «٥» وَالْعَمَلِ بِهِ، فَأَمَّا وَالْوَقْتُ مُتَبَاعِدٌ، وَالْإِسْنَادُ غَيْرُ مُتَقَارِبٍ، وَالطُّرُقُ مُخْتَلِفَةٌ، وَالنَّقَلَةُ مُتَشَابِهُونَ، وَآفَةُ النِّسْيَانِ مُعْتَرِضَةٌ، وَالْوَهْمُ غَيْرُ مَأْمُونٍ، فَإِنَّ تَقْيِيدَ الْعِلْمِ بِالْكِتَابِ أَوْلَى وَأَشْفَى، وَالدَّلِيلُ عَلَى وُجُوبِهِ أَقْوَى، فَإِنِ احْتَجَّ مُحْتَجٌّ بِحَدِيثِ أَبِي سَعِيدٍ عَنِ النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ أَنَّهُ قَالَ: (لَا تَكْتُبُوا عَنِّي وَمَنْ كَتَبَ غَيْرَ الْقُرْآنِ فَلْيَمْحُهُ) خَرَّجَهُ مُسْلِمٌ، فَالْجَوَابُ أَنَّ ذَلِكَ كان متقدما، فهو منسوخ بأمره بالكتابة، وَإِبَاحَتِهَا لِأَبِي شَاهٍ وَغَيْرِهِ. وَأَيْضًا كَانَ ذَلِكَ لِئَلَّا يُخْلَطَ بِالْقُرْآنِ مَا لَيْسَ مِنْهُ. وَكَذَا مَا رُوِيَ عَنْ أَبِي سَعِيدٍ أَيْضًا- حَرَصْنَا أَنْ يَأْذَنَ لَنَا النَّبِيُّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ فِي الْكِتَابَةِ فَأَبَى- إِنْ كَانَ مَحْفُوظًا فَهُوَ قَبْلَ الْهِجْرَةِ، وَحِينَ كَانَ لَا يُؤْمَنُ الِاشْتِغَالُ بِهِ عَنِ الْقُرْآنِ الثَّالِثَةُ- قَالَ أَبُو بَكْرٍ الْخَطِيبُ: يَنْبَغِي أَنْ يُكْتَبَ الْحَدِيثُ بِالسَّوَادِ، ثُمَّ الْحِبْرُ خَاصَّةً دُونَ الْمِدَادِ «٦» لِأَنَّ السَّوَادَ أَصْبَغُ الْأَلْوَانِ، وَالْحِبْرَ أَبْقَاهَا عَلَى مَرِّ الدُّهُورِ. وَهُوَ آلَةُ ذَوِي الْعِلْمِ، وَعُدَّةُ أَهْلِ الْمَعْرِفَةِ. ذَكَرَ عَبْدُ اللَّهِ بْنُ أَحْمَدَ بْنِ حَنْبَلٍ حَدَّثَنِي أَبِي قَالَ: رَآنِي الشَّافِعِيُّ وَأَنَا فِي مَجْلِسِهِ وَعَلَى قَمِيصِي حِبْرٌ وَأَنَا أُخْفِيهِ، فَقَالَ: لِمَ تُخْفِيهِ وَتَسْتُرُهُ؟ إِنَّ الْحِبْرَ عَلَى الثَّوْبِ مِنَ الْمُرُوءَةِ لِأَنَّ صُورَتَهُ فِي الْأَبْصَارِ سَوَادٌ، وَفِي الْبَصَائِرِ بَيَاضٌ. وَقَالَ خَالِدُ بْنُ زَيْدٍ: الْحِبْرُ فِي ثَوْبِ صَاحِبِ الْحَدِيثِ مِثْلُ الْخَلُوقِ «٧» فِي ثَوْبِ الْعَرُوسِ. وَأَخَذَ هَذَا الْمَعْنَى أَبُو عَبْدِ اللَّهِ الْبَلَوِيُّ فَقَالَ: مِدَادُ الْمَحَابِرِ طِيبُ الرِّجَالِ ... وَطِيبُ النِّسَاءِ مِنَ الزَّعْفَرَانْ فَهَذَا يَلِيقُ بأثواب ذا ... وهذا يليق بثوب الحصان
(١). راجع ج ٧ ص ٢٨٠ فما بعد. (٢). راجع ص ٣٤٩ من هذا الجزء. (٣). راجع ج ٧ ص ٢٩٦. (٤). راجع ج ١٧ ص ١٤٩. (٥). في ب وج وز وط ك وى: تحفظه. (٦). لا فرق في اللغة بين المداد والحبر ولعل المراد الكتابة بالحبر الأسود خاصة فالتفرقة بحسب اللون على ما يبدو. (٧). الخلوق: طيب معروف يتخذ من الزعفران وغيره.

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