— Qu’est-ce qui t’en empêche ?
Il dit : « Qu’est-ce qui t’empêche d’écrire, alors que le Très-Subtil, le Parfaitement Connaisseur t’a informé qu’Il écrit, lorsqu’Il a dit :
“Sa science est auprès de mon Seigneur, consignées dans un Livre ; mon Seigneur ne s’égare ni n’oublie.” (20 : 52)
Dans le Ṣaḥīḥ de Muslim, il est rapporté d’après Abû Hurayra — qu’Allah l’agrée — que le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — a dit :
« Lorsque Allah eut décrété la création, Il écrivit dans un Livre qu’Il s’est prescrit, et qui est déposé auprès de Lui : “Ma miséricorde l’emporte sur Ma colère.” »
Al-Khaṭîb Abû Bakr rapporte, avec sa chaîne, d’après Abû Hurayra :
Un homme des Anṣār s’asseyait auprès du Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui —, écoutait ses propos, qu’il appréciait, mais ne parvenait pas à les retenir. Il s’en plaignit donc au Messager d’Allah : « Ô Messager d’Allah, j’entends de toi des récits qui me plaisent, mais je n’arrive pas à les mémoriser. » Le Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — lui répondit : « Fais-toi aider de ta main droite », en lui indiquant l’écriture. Ceci constitue un texte explicite.
La majorité des Compagnons et des Successeurs tiennent donc pour licite la consignation et la mise par écrit du savoir. Le Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — ordonna de rédiger le sermon qu’il prononça au pèlerinage pour Abû Shâh — un homme du Yémen — lorsqu’il le lui demanda ; ce hadith est rapporté par Muslim.
ʿAmr ibn Shuʿayb rapporte, par son père et son grand-père, que le Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — a dit :
« Fixez le savoir par l’écriture. »
Muʿâwiya ibn Qurra dit : « Celui qui n’écrit pas la science, sa science cesse d’être une science. »
Cependant, certains ont opté pour l’interdiction d’écrire. Abû Naḍra rapporte qu’on demanda à Abû Saʿîd : « Pouvons-nous écrire vos hadiths ? » Il répondit : « Voulez-vous en faire un Coran ? Conservez-les plutôt comme nous les avons conservés. »
Parmi ceux qui ne consignaient pas les hadiths figuraient al-Shaʿbî, Yûnus ibn ʿUbayd et Khâlid al-Ḥadhdhâ’. Khâlid disait : « Je n’ai jamais rien écrit hormis un seul hadith ; lorsque je l’eus mémorisé, je l’effaçai. » Il en allait de même pour Ibn ʿAwn et al-Zuhrî. D’aucuns écrivaient puis, après mémorisation, effaçaient, tels Muḥammad ibn Sîrîn et ʿÂṣim ibn Ḍamra.
Hishâm ibn Ḥassân déclara : « Je n’ai jamais écrit de hadith, si ce n’est celui des Aʿmâq ; une fois mémorisé, je l’effaçai. »
Nous avons déjà rapporté des propos similaires de Khâlid al-Ḥadhdhâ’.
Le hadith des Aʿmâq est rapporté par Muslim, à la fin de son ouvrage : « L’Heure n’adviendra pas avant que les Byzantins ne descendent aux Aʿmâq — ou à Dâbiq. » Il le cite dans le Livre des Épreuves.
D’autres, tels al-Aʿmash, ʿAbd-Allah ibn Idrîs, Hushaym et d’autres encore, mémorisaient puis consignaient par précaution. De façon générale, la consignation reste préférable ; les versets et les hadiths l’attestent, et elle est rapportée de ʿUmar, ʿAlî, Jâbir, Anas — qu’Allah les agrée — et des grands Successeurs après eux, tel al-Ḥasan.