« Oui, il aurait été un sujet de réjouissance pour mes yeux et les tiens, et Pharaon eût alors cru et attesté la vérité. »
Elle dit aussitôt : « Accorde-le-moi et ne le mets pas à mort. » Pharaon le lui concéda.
Quant à la parole divine : « …afin que tu sois façonné sous Mon œil » (20 : 39), c’est-à-dire : élevé et nourri sous Ma surveillance, selon Qatâda.
An-Naḥḥâs précise : l’expression est connue en arabe ; on dit « ṣanaʿtu l-farasa wa-aṣnaʿtu » lorsque l’on soigne particulièrement un cheval. Le sens du verset « …afin que tu sois façonné sous Mon œil » (20 : 39) est donc : « J’ai agi ainsi pour cela. »
D’autres ont dit que la lâm se rattache à ce qui suit : « lorsque ta sœur allait sur ses pas… », par antéposition et post-position, le mot « idh » servant alors de complément circonstanciel à « li-tuṣnaʿ ».
On a également affirmé que la conjonction « wa » dans « wa-li-tuṣnaʿ » est pléonastique. Ibn al-Qaʿqâʿ a lu « wa-li-tuṣnaʿْ » en maintenant la lâm au soukoun, à l’impératif – l’interpellé est alors absent. Abû Nahîk a, lui, récité « wa-li-taṣnaʿ » avec l’ouverture du tâ’. Le sens global est : « que tous tes mouvements et tes actes se fassent selon Ma volonté et sous Mon regard », comme l’a mentionné al-Mahdawî.
« Lorsque ta sœur allait » – le régissant de l’expression « idh tamshî » (20 : 40) est soit « alqaytu » (Je t’ai jeté), soit « tuṣnaʿ ». Il peut aussi s’agir d’un remplacement de « idh awḥaynâ ». Sa sœur se nommait Maryam.
« Et elle dit : “Vous indiquerai-je quelqu’un qui se chargera de lui ?” » En effet, elle était sortie pour s’enquérir de son sort. Après que Pharaon eut offert l’enfant à son épouse, ils lui cherchèrent des nourrices ; mais Moïse refusait le sein de chacune d’elles jusqu’à ce que sa sœur survînt, le prit, l’assit sur ses genoux et lui présenta sa poitrine : il la téta aussitôt, et on en fut réjoui.
On lui dit : « Veux-tu rester parmi nous ? » Elle répondit : « Je n’ai pas de lait, mais je puis vous indiquer quelqu’un qui se chargera de lui et lui voudra du bien. »
— « Et qui donc ? » demandèrent-ils.
— « Ma mère », dit-elle.
— « A-t-elle du lait ? »
— « Oui, le lait de mon frère Hârûn. » – Hârûn était plus âgé que Moïse d’une année, dit-on ; d’autres parlent de trois ans, voire de quatre. Ibn ʿAbbâs rapporte que Pharaon eut compassion des enfants d’Israël et suspendit les massacres durant quatre années ; Hârûn naquit pendant cette trêve. La mère vint donc et l’enfant accepta aussitôt son sein.
C’est à cela que renvoie la parole du Très-Haut : « Nous te rendîmes à ta mère… » (20 : 40). Dans le muṣḥaf d’Ubayy, on lit : « fa-radadnâka » (Nous te ramenâmes).
« …afin que son œil se réjouisse et qu’elle ne s’attriste point. » ʿAbd al-Ḥamîd rapporte, d’après Ibn ʿÂmir, la lecture « kay taqirra ʿaynu-hâ » avec kasra sur le qâf.
Al-Jawharî dit : « J’ai réjoui son œil » ; on dit aussi « qarartu bihi qurratan wa qurûran ». Un homme est « qarîr al-ʿayn » (dont l’œil est apaisé) ; inverse de « sakhinat ». « Allâh a réjoui son œil » signifie : Il lui a donné jusqu’à ce qu’elle se contente sans convoiter ce qui est au-dessus ; on dit également : jusqu’à ce que son œil se refroidisse et ne s’échauffe plus. La larme de joie est froide, celle de peine brûlante. Ce sens a déjà été évoqué dans la sourate Maryam.
« …et qu’elle ne s’attriste pas » : c’est-à-dire à cause de ta perte.
« Et tu as tué un homme. » (20 : 40) Ibn ʿAbbâs dit : « Il tua un Copte mécréant. »
Kaʿb rapporte : « À cette époque, Moïse n’avait alors que douze ans… »