Je dis : Cette opinion mérite examen, car si tel avait été le cas, Pharaon n’aurait pas dit : « …et il s’exprime à peine clairement » lorsque Moïse s’adressa à lui d’une langue affûtée et éloquente. Allah est plus savant.
On a également avancé que ce nœud apparut sur sa langue lors de sa confidentielle conversation avec son Seigneur, de sorte qu’il ne parlât à personne d’autre sans Sa permission.
« …afin qu’ils comprennent mes paroles » (20 : 28), c’est-à-dire qu’ils mettent à exécution ce que je leur dis et qu’ils le saisissent. Dans la langue des Arabes, al-fiqh signifie la compréhension. Un Bédouin dit à ‘Îsâ ibn ‘Umar : « Je témoigne en ta faveur de la fiqh. » On dit : faqiha ar-rajulu (au kasra) ; untel « la yafqahu wa lâ yanqah » ; et « afqahtuka al-shay’a » : je t’ai fait comprendre la chose. Par la suite, le terme fut réservé à la science de la Sharî‘a, et le savant en la matière est appelé faqîh. On dit encore : faquh(a) (au ḍamma) faqâhatan, faqqahahu-Llah, et tafaq-qaha lorsqu’on s’y emploie ; de même, fâqahtuhu lorsque je débattais avec lui de science, selon al-Jawharî.
Le wazîr (ministre) est celui qui apporte son assistance, à l’instar de l’akîl qui partage le repas, parce qu’il porte à la place du sultan son wizr, c’est-à-dire son fardeau.
Dans le recueil d’an-Nasa’î, d’après al-Qâsim ibn Muhammad : « J’ai entendu ma tante dire que le Messager d’Allah – qu’Allah prie sur lui et le salue – a dit : “Quiconque parmi vous se voit confier une fonction, et qu’Allah veut pour lui le bien, Il lui adjoint un ministre vertueux : s’il oublie, il le lui rappelle, et s’il se souvient, il l’assiste.” »
Du même sens est cette parole du Prophète – paix et bénédictions sur lui : « Il n’est pas de Prophète qu’Allah ait envoyé ni de calife qu’Il ait établi sans qu’il ne dispose de deux entourages : un entourage qui lui ordonne le bien et l’y encourage, et un entourage qui lui ordonne le mal et l’y incite ; est préservé celui qu’Allah préserve. » Rapporté par al-Bukhârî.
Moïse – sur lui la paix – demanda donc à Allah, exalté soit-Il, de lui accorder un wazîr ; toutefois il ne souhaitait pas que celui-ci se limite à la simple assistance sans être associé à lui dans la prophétie. Sans cette intention, il lui aurait été permis de le prendre pour ministre sans même formuler de requête. Il précisa donc en disant : « Hârûn », mis à l’accusatif en tant que badal de « wazîran », ou régi par « – fais-en » dans une inversion, le sens étant : « Fais de mon frère Hârûn mon ministre. » Hârûn était plus âgé que Moïse d’une année – selon d’autres, de trois.
« Affermis par lui mon dos » : c’est-à-dire mon soutien. Al-azr désigne le dos au niveau des hanches ; le sens est : que mon âme se fortifie par lui. Al-azr signifie également la force ; « âzarahu » : il l’a renforcé, comme dans la parole d’Allah : « Il l’a soutenu et il s’est fortifié » (al-Fath, 29). Abû Tâlib a dit :
« Notre père Hâshim n’a-t-il pas raffermi son azr
et recommandé à ses fils le combat et le choc des lances ? »
On a dit aussi que al-azr signifie le secours : qu’il soit donc une aide grâce à laquelle mon affaire se consolide.
Ainsi le poète déclama :
« J’ai raffermi mon azr par lui et j’ai acquis la certitude
qu’il est le frère de la pauvreté lorsque les voies se resserrent pour lui. »