Dans son bâton se manifestaient d’immenses preuves et de grands signes, à tel point que les magiciens récalcitrants crurent grâce à lui. Sulaymân l’adopta pour ses prêches, ses exhortations et la longueur de sa prière.
Ibn Masʿûd – qu’Allâh l’agrée – était le dépositaire du bâton et de la lance du Prophète ﷺ ; il prêchait en tenant un roseau, ce qui suffit à illustrer la noblesse et le mérite du bâton. Les califes et les grands orateurs procédèrent ainsi après lui ; c’était l’usage des Arabes authentiques, au verbe pur et éloquent, de prendre une courte canne ou un bâton et de s’y appuyer lorsqu’ils parlaient, dans les assemblées et les sermons.
Les Shuʿûbiyyah l’ont reproché aux orateurs arabes, condamnant le fait de prendre la canne et de la brandir pour insister sur les idées ; or les Shuʿûbiyyah haïssent les Arabes et préfèrent les non-Arabes.
Mâlik – qu’Allâh lui fasse miséricorde – dit : « ʿAtâʾ ibn as-Sâʾib tenait une courte canne dont il se servait pour s’aider. » Il ajouta : « Quand l’homme vieillit, il n’est plus comme le jeune ; il se fortifie par elle au moment de se lever. »
Je dis, et il en est de même pour sa marche, comme l’a dit l’un d’eux :
« Je marchais jadis sur deux jambes, m’y appuyant ;
Me voici marchant désormais sur une troisième de bois. »
Mâlik – qu’Allâh lui fasse miséricorde, qu’Il soit satisfait de lui – rapporta encore : « Lorsque la pluie survenait, les gens sortaient avec leurs bâtons pour s’y appuyer, au point que même les jeunes retenaient les leurs ; il arrivait que Rabîʿah prît le bâton de quelqu’un assis près de lui jusqu’à ce qu’il se relève. »
Parmi les utilités du bâton, il y a qu’un homme en frappe ses femmes, dans la mesure où cela les corrige, corrige sa propre situation et la leur avec lui. À ce propos, le Messager d’Allâh ﷺ a dit :
« Quant à Abû Jahm, il ne retire pas son bâton de son épaule. »
Il est également rapporté qu’il ﷺ recommanda à un homme : « Ne lève pas ton bâton de ta famille ; fais-leur craindre Allâh. » (Rapporté par ʿUbâdah ibn aṣ-Ṣâmit, authentifié par an-Nasâʾî.)
Dans le même sens, il ﷺ a dit : « Accroche ton fouet à l’endroit où ta famille le voit. » (Déjà cité dans l’exégèse de la sûrah « an-Nisâʾ ».)
Le bâton sert aussi à rappeler le départ de ce bas monde. On demanda à l’un des ascètes : « Pourquoi marches-tu avec un bâton alors que tu n’es ni vieux ni malade ? » Il répondit : « Je sais que je suis un voyageur, que cette demeure est appelée à être quittée, et que le bâton est un outil de voyage. »
Un poète a repris cette idée en disant :
« Si je porte le bâton, ce n’est ni par faiblesse
Ni parce que le dos s’est voûté sous le grand âge ;
Mais je me suis astreint à le porter
Pour rappeler à mon âme que le sédentaire est en voyage. »