Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Troisièmement – Quant à celui qui délaisse volontairement la prière, la grande majorité des juristes maintient, malgré le caractère pécheur de son acte, l’obligation de la rattraper, à l’exception de Dâwûd. Abû ‘Abd ar-Raḥmân al-Ash‘arî, de l’école shâfi‘ite, adopte la même position, d’après le témoignage d’Ibn al-Qaṣṣâr. La distinction entre l’omission délibérée et l’oubli ou le sommeil tient à la levée de la faute : le délibéré demeure coupable, tandis que l’ensemble de ces cas exige la prière de rattrapage.

La preuve avancée par la majorité est la parole du Très-Haut : « Acquittez la prière » [Al-An‘âm, 6 : 72], verset qui ne différencie pas l’accomplissement dans son temps prescrit ou après celui-ci ; l’ordre implique donc l’obligation. En outre, l’injonction de rattraper la prière a été établie pour le dormeur et l’oubliant, bien qu’ils ne soient pas fautifs ; à plus forte raison s’impose-t-elle à celui qui l’a quittée sciemment.

Il y a encore sa parole ﷺ : « Quiconque s’endort en manquant une prière ou l’oublie… », or l’oubli (nisyân) signifie l’abandon. Allâh – glorifié soit-Il – dit : « Ils ont oublié Allâh, Il les a alors oubliés » [At-Tawbah, 9 : 67] et : « Ils ont oublié Allâh, Il leur a fait oublier leurs propres âmes » [Al-Ḥashr, 59 : 19] ; que l’oubli s’accompagne ou non d’absorption, car Allâh – Exalté soit-Il – ne connaît pas l’oubli ; le sens est donc qu’Il les a délaissés. Il en va de même du verset : « Nous abrogeons un verset ou Nous le faisons oublier » [Al-Baqarah, 2 : 106], c’est-à-dire : Nous le laissons. De même, le rappel (dhikr) peut survenir après un oubli ou sans qu’il y ait eu oubli.

Le Très-Haut dit encore : « Celui qui Me mentionne en lui-même, Je le mentionne en Moi-même » ; or Il n’oublie point, de sorte que Sa mention n’intervient pas après un oubli ; le sens est plutôt : Je le sais. Ainsi, l’expression « lorsqu’il s’en souvient » signifie : lorsqu’il en a connaissance.

Par ailleurs, lorsqu’une créance due aux hommes est liée à un terme et que celui-ci arrive, son règlement ne tombe pas après qu’elle est devenue exigible ; et comme ces dettes peuvent être annulées par la décharge, a fortiori les dettes d’Allâh – pour lesquelles aucune décharge n’est valable – ne sauraient s’éteindre sans Sa permission. Nous sommes également convenus que, si quelqu’un omet intentionnellement un jour de Ramadan sans excuse, il lui est obligatoire de le rattraper ; il en va de même pour la prière.

On objectera que Mâlik aurait rapporté : « Celui qui abandonne volontairement la prière ne la rattrape jamais. » Cela vise à souligner que ce qui est passé ne revient pas, ou bien ce propos relève de l’exagération, à l’instar de ce qui est rapporté d’Ibn Mas‘ûd et ‘Alî : « Celui qui rompt volontairement le jeûne de Ramadan n’est pas absous par le jeûne de toute une vie, même s’il l’observait. » Malgré cela, il reste indispensable d’acquitter la charge légale en substituant le rattrapage à l’accomplissement dans son temps, puis d’y adjoindre le repentir, et Allâh fera ensuite ce qu’Il veut.

Abû l-Muṭawwis a rapporté de son père, d’après Abû Hurayrah, que le Prophète ﷺ a dit : « Quiconque rompt volontairement un jour de Ramadan ne sera pas absous par le jeûne d’une vie entière, même s’il l’observait. » Quand bien même ce ḥadîth serait authentique, il s’agirait d’une formule d’intensification ; or il est faible selon la recension d’Abû Dâwûd. Les expiations afférentes ont été établies par des ḥadîth authentiques, et certains d’entre eux prévoient le rattrapage du jour en question – louange à Allâh, Exalté soit-Il.

Quatrièmement – La parole du Messager d’Allâh ﷺ : « Quiconque s’endort en manquant une prière ou l’oublie… » vient spécifier la portée générale de son autre parole ﷺ : « La plume est levée pour trois [catégories] : pour le dormeur jusqu’à ce qu’il se réveille… »

الثَّالِثَةُ- فَأَمَّا مَنْ تَرَكَ الصَّلَاةَ مُتَعَمِّدًا، فَالْجُمْهُورُ أَيْضًا عَلَى وُجُوبِ الْقَضَاءِ عَلَيْهِ، وَإِنْ كَانَ عَاصِيًا إِلَّا دَاوُدَ. وَوَافَقَهُ أَبُو عَبْدِ الرَّحْمَنِ الْأَشْعَرِيُّ الشَّافِعِيُّ، حَكَاهُ عَنْهُ ابْنُ الْقَصَّارِ. وَالْفَرْقُ بَيْنَ الْمُتَعَمِّدِ وَالنَّاسِي وَالنَّائِمِ، حَطُّ الْمَأْثَمِ، فَالْمُتَعَمِّدُ مَأْثُومٌ وَجَمِيعُهُمْ قَاضُونَ. وَالْحُجَّةُ لِلْجُمْهُورِ قَوْلُهُ تَعَالَى: " أَقِيمُوا الصَّلاةَ" «١» [الانعام: ٧٢] وَلَمْ يُفَرِّقْ بَيْنَ أَنْ يَكُونَ فِي وَقْتِهَا أو بعدها. هو أَمْرٌ يَقْتَضِي الْوُجُوبَ. وَأَيْضًا فَقَدْ ثَبَتَ الْأَمْرُ بِقَضَاءِ النَّائِمِ وَالنَّاسِي، مَعَ أَنَّهُمَا غَيْرُ مَأْثُومَيْنِ، فَالْعَامِدُ أَوْلَى. وَأَيْضًا قَوْلُهُ: (مَنْ نَامَ عَنْ صَلَاةٍ أَوْ نَسِيَهَا) وَالنِّسْيَانُ التَّرْكُ، قَالَ اللَّهُ تعالى: " نَسُوا اللَّهَ فَنَسِيَهُمْ" «٢» [التوبة: ٦٧] و " نَسُوا اللَّهَ فَأَنْساهُمْ أَنْفُسَهُمْ" «٣» [الحشر: ١٩] سَوَاءٌ كَانَ مَعَ ذُهُولٍ أَوْ لَمْ يَكُنْ، لِأَنَّ اللَّهَ تَعَالَى لَا يَنْسَى. وَإِنَّمَا مَعْنَاهُ تَرَكَهُمْ. وَ " مَا نَنْسَخْ مِنْ آيَةٍ أَوْ نُنْسِها ١٠" «٤» [البقرة: ١٠٦] أَيْ نَتْرُكْهَا. وَكَذَلِكَ الذِّكْرُ يَكُونُ بَعْدَ نِسْيَانٍ وَبَعْدَ غَيْرِهِ. قَالَ اللَّهُ تَعَالَى: " مَنْ ذَكَرَنِي فِي نَفْسِهِ ذَكَرْتُهُ فِي نَفْسِي" وَهُوَ تَعَالَى لا ينسى [فيكون ذكره بعد نسيان «٥» ] وَإِنَّمَا مَعْنَاهُ عَلِمْتُ. فَكَذَلِكَ يَكُونُ مَعْنَى قَوْلِهِ: (إِذَا ذَكَرَهَا) أَيْ عَلِمَهَا. وَأَيْضًا فَإِنَّ الدُّيُونَ التي للآدمين إِذَا كَانَتْ مُتَعَلِّقَةً بِوَقْتٍ، ثُمَّ جَاءَ الْوَقْتُ لَمْ يَسْقُطْ قَضَاؤُهَا بَعْدَ وُجُوبِهَا، وَهِيَ مِمَّا يُسْقِطُهَا الْإِبْرَاءُ كَانَ فِي دُيُونِ اللَّهِ تَعَالَى أَلَا يَصِحُّ فِيهَا الْإِبْرَاءُ أَوْلَى أَلَّا يَسْقُطَ قَضَاؤُهَا إِلَّا بِإِذْنٍ مِنْهُ. وَأَيْضًا فَقَدِ اتَّفَقْنَا أَنَّهُ لَوْ تَرَكَ يَوْمًا مِنْ رَمَضَانَ مُتَعَمِّدًا بِغَيْرِ عُذْرٍ لَوَجَبَ قَضَاؤُهُ فَكَذَلِكَ الصَّلَاةُ. فَإِنْ قِيلَ فَقَدْ رُوِيَ عَنْ مَالِكٍ: مَنْ تَرَكَ الصَّلَاةَ مُتَعَمِّدًا لَا يَقْضِي أَبَدًا. فَالْإِشَارَةُ إِلَى أَنَّ مَا مَضَى لَا يَعُودُ، أَوْ يَكُونُ كَلَامًا خَرَجَ عَلَى التَّغْلِيظِ، كَمَا رُوِيَ عَنِ ابْنِ مَسْعُودٍ وَعَلِيٍّ: أَنَّ مَنْ أَفْطَرَ فِي رَمَضَانَ عَامِدًا لَمْ يُكَفِّرْهُ صِيَامُ الدَّهْرِ وَإِنْ صَامَهُ. وَمَعَ هَذَا فَلَا بُدَّ مِنْ تَوْفِيَةِ التكليف حقه بإقامة القضاء مقام الأداء، وإتباعه بِالتَّوْبَةِ، وَيَفْعَلُ اللَّهُ بَعْدَ ذَلِكَ مَا يَشَاءُ. وَقَدْ رَوَى أَبُو الْمُطَوَّسِ عَنْ أَبِيهِ عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ عَنِ النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ أَنَّهُ قَالَ: (مَنْ أَفْطَرَ يَوْمًا مِنْ رَمَضَانَ مُتَعَمِّدًا لَمْ يُجْزِهِ صِيَامُ الدَّهْرِ وَإِنْ صَامَهُ) وَهَذَا يَحْتَمِلُ أَنْ لَوْ صَحَّ كَانَ مَعْنَاهُ التَّغْلِيظَ، وَهُوَ حَدِيثٌ ضَعِيفٌ خَرَّجَهُ أَبُو دَاوُدَ. وَقَدْ جَاءَتِ الْكَفَّارَةُ بِأَحَادِيثَ «٦» صِحَاحٍ، وَفِي بَعْضِهَا قَضَاءُ الْيَوْمِ، وَالْحَمْدُ لِلَّهِ تَعَالَى. الرَّابِعَةُ- قَوْلُهُ عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ: (مَنْ نَامَ عَنْ صَلَاةٍ أَوْ نَسِيَهَا) الْحَدِيثُ يُخَصِّصُ عُمُومَ قَوْلِهِ عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ: (رُفِعَ الْقَلَمُ عَنْ ثَلَاثَةٍ عن النائم حتى يستيقظ)
(١). راجع ج ١ ص ٣٤٤ فما بعد. (٢). راجع ج ٨ ص ١٩٩ فما بعد. [ ..... ] (٣). راجع ج ١٨ ص ٤٣. (٤). راجع ج ٢ ص ٦١. (٥). من ج وك وط وى. (٦). في ب وز وك: بأسانيد.

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