On rapporte également la variante : « muzâyilâ ».
Abd Allâh ibn ‘Umru dit : « Yâ ḥabîbî » dans la langue de la tribu de ʽAkk – ainsi que l’a mentionné al-Ghaznawî. Qutrub, pour sa part, déclare que c’est dans l’idiome de Ṭayy. Il récita ces vers de Yazîd ibn al-Muhallil :
« La sottise, Ṭâ Hâ, est l’un de vos traits ;
Qu’Allâh ne bénisse point ce peuple de maudits ! »
Al-Ḥasan a tenu le même propos : le sens de « Ṭâ Hâ » est « Ô homme ». Ikrima l’a également affirmé, ajoutant que tel est le sens en syriaque, comme l’ont rapporté al-Mahdawî et al-Mâwardî d’après Ibn ʽAbbâs et Mujâhid.
At-Ṭabarî rapporte encore que, dans la langue nabatéenne, l’expression signifie « Ô homme » ; c’est aussi l’avis d’as-Suddî, de Saʽîd ibn Jubayr et d’Ibn ʽAbbâs, lequel a récité cette variante du précédent vers :
« La sottise, Ṭâ Hâ, est dans vos caractères ;
Qu’Allâh ne sanctifie point les âmes des maudits ! »
Ikrima a dit encore : c’est l’équivalent de « Ô homme » dans la langue des Abyssiniens, ainsi que l’a rapporté ath-Thaʽlabî. L’opinion la plus correcte reste toutefois qu’en dépit de sa présence dans d’autres langues, l’expression appartient bien à l’arabe ; elle relève du parler yéménite des tribus ʽAkk, Ṭayy et ʽUkl.
D’autres ont avancé que « Ṭâ Hâ » est l’un des Noms sublimes d’Allâh – un serment par lequel Il jure ; c’est aussi rapporté d’Ibn ʽAbbâs. D’autres encore ont dit qu’il s’agit d’un nom du Prophète – qu’Allâh le bénisse et le salue – comme Allâh l’a nommé Muḥammad. Il est rapporté du Prophète – paix et bénédictions sur lui – qu’il a dit : « J’ai auprès de mon Seigneur dix noms », dans lesquels il conta « Ṭâ Hâ » et « Yâ Sîn ».
Certains y voient le nom de la sourate elle-même, la clef qui l’ouvre ; d’autres un abrégé de paroles divines dont Allâh a réservé la connaissance à Son Envoyé. D’autres enfin estiment qu’il s’agit de lettres disjointes, chacune renvoyant à une signification. Ainsi, selon une opinion : le ṭâʾ désigne l’arbre de Ṭûbâ et le hâʾ le Feu de l’abîme ; or les Arabes peuvent désigner un tout par l’une de ses parties, comme s’Il avait juré par le Paradis et par l’Enfer.
Saʽîd ibn Jubayr soutient que le ṭâʾ est l’initiale de Ses noms Ṭâhir (Pur) et Ṭayyib (Bon), tandis que le hâʾ est l’initiale de Son nom Hâdî (Guide). On a dit encore : « ṭâʾ » : « Ô toi qui convoites l’intercession pour la communauté » ; « hâʾ » : « Ô guide des créatures vers Allâh ».
Autre explication : le ṭâʾ renvoie à la ṭahâra (pureté) et le hâʾ à la hidâya (guidée), comme s’Il disait à Son Prophète – paix et salut sur lui : « Ô toi pur de toute faute, ô guide des créatures vers l’Omniscient des secrets. »
On a dit encore : le ṭâʾ figure les tambours des combattants et le hâʾ la frayeur qu’ils inspirent aux cœurs des mécréants, conformément aux paroles divines : « Nous jetterons l’effroi dans le cœur de ceux qui ont mécru » et « Il a jeté la terreur dans leurs cœurs ».
D’autres ont avancé : le ṭâʾ symbolise l’allégresse des gens du Paradis dans le Paradis, et le hâʾ le gémissement des gens du Feu dans le Feu.
Sixième opinion : « Ṭâ Hâ » signifie : « Félicité à celui qui se laisse guider », selon Mujâhid et Muḥammad ibn al-Ḥanafiyya.