Abou Nahîk lit l’expression : « Kallâ sayakfurûna » avec tanwîn, et l’on rapporte également de lui qu’il prononçait la lettre kâf tantôt avec ḍamma, tantôt avec fatḥa.
Al-Mahdawî explique : « Kallâ » est une formule de réprobation, de dissuasion et d’avertissement ; elle sert à réfuter une parole précédente. Elle peut aussi venir pour affirmer ce qui suit et y attirer l’attention, comme dans Sa parole : « Kallâ, inna al-insâna la-yatghâ » (S. Al-ʿAlaq : 6). Dans ce dernier cas, on ne s’arrête pas dessus ; dans le premier, on peut s’y arrêter. Lorsque les deux sens sont possibles, il est permis de s’y arrêter et de reprendre la lecture à partir de ce mot.
Celui qui met le tanwîn sur « Kallâ » dans la locution : « Kallâ sayakfurûna biʿibâdatihim », tout en ouvrant la kâf, le considère comme un maṣdar du verbe kalla ; il est à l’accusatif, régi par un verbe implicite dont le sens est : « Rejetez entièrement cette opinion et cette croyance », à savoir le fait qu’ils se soient choisis des divinités « afin qu’elles leur assurent puissance ». Dans cette lecture, on peut faire la pause sur « ʿizzan » puis sur « kallâ ». Il en va de même pour la lecture adoptée par la majorité, car le terme convient à la fois pour réfuter ce qui précède et pour affirmer ce qui suit.
Celui qui transmet la prononciation avec ḍamma de la kâf, toujours avec tanwîn, place pareillement le mot à l’accusatif, régi par un verbe implicite, comme s’il disait : « Ils renieront : kallâ sayakfurûna biʿibâdatihim », c’est-à-dire : ces mêmes divinités.
Je dis : il apparaît que « kallâ » possède quatre valeurs : 1) l’affirmation, avec le sens de « vraiment » ; 2) la négation ; 3) l’avertissement ; 4) la fonction de relais dans un serment. On ne peut faire halte dessus que lorsqu’il prend la première valeur.
Al-Kisâʾî a dit : « lâ » ne fait que nier, tandis que « kallâ » nie une chose et en confirme une autre. Ainsi, si l’on dit : « J’ai mangé des dattes », on rétorque : « Kallâ, j’ai mangé du miel, non des dattes ». Ce seul mot nie donc ce qui précède et confirme ce qui suit. Le terme « ḍidd » (opposé) peut être singulier ou pluriel, comme « ʿaduw » (ennemi) et « rasûl » (messager). Certains estiment que « ḍidd » occupe ici la place d’un maṣdar : « ils seront pour eux un secours » ; raison pour laquelle il n’a pas été mis au pluriel. Cela répond à l’expression « liyakûnû lahum ʿizzan », où « ʿizz » est également un maṣdar, et l’un répond ainsi à l’autre.
On a dit ensuite que le verset concerne les adorateurs d’idoles ; les idoles y sont donc traitées comme des êtres doués de raison, suivant l’illusion des mécréants. D’autres ont dit qu’il vise ceux qui ont adoré le Messie, les anges, les djinns ou les démons ; Allah – Très-Haut – sait mieux.
Sourate Maryam (19), versets 83 à 87 :
83 – N’as-tu pas vu que Nous avons dépêché les démons contre les mécréants, pour les exciter sans relâche ?
84 – Ne te hâte donc pas à leur sujet ; Nous ne faisons que leur compter (les jours).
85 – Le jour où Nous rassemblerons les pieux auprès du Tout-Miséricordieux, en délégations d’honneur,
86 – et où Nous mènerons les criminels vers l’Enfer comme un troupeau assoiffé,
87 – ils ne disposeront d’aucune intercession, sauf celui qui aura contracté un engagement auprès du Tout-Miséricordieux.