La divergence concernant le « passage » (al-wurûd) a déjà été exposée, et nous avons présenté les avis des savants à ce sujet.
Au sens apparent, le wurûd signifie l’entrée, conformément à la parole du Prophète – que la prière et la paix d’Allah soient sur lui : « … alors le Feu le touchera ». En effet, dans la langue, le verbe massa désigne le contact réel ; cependant, pour les croyants, ce contact sera fraîcheur et salut, et ils en sortiront indemnes.
Khalid ibn Maʿdân a dit : « Lorsque les gens du Paradis entreront au Paradis, ils diront : “Notre Seigneur n’a-t-Il pas affirmé : ‘Nous passerons certes par le Feu’ ?” Il leur sera répondu : “Vous y êtes bien passés et l’avez réduite en cendres.” »
Je (l’auteur) dis : cette parole réunit les divers avis ; car quiconque y parvient sans être blessé par ses flammes ni sa chaleur en a été tenu éloigné et en a été sauvé. Qu’Allah, exalté soit-Il, nous en préserve par Sa grâce et Sa munificence, qu’Il fasse de nous ceux qui y entreront sains et saufs et en ressortiront victorieux.
Si l’on demande : « Les prophètes entreront-ils dans le Feu ? » – nous répondons : nous ne l’affirmons pas de façon absolue ; mais nous disons que toutes les créatures y passeront, comme l’indique le ḥadith de Jâbir cité en début de chapitre : les désobéissants y entreront pour leurs crimes, tandis que les alliés d’Allah, les bienheureux, y passeront au titre de leur intercession ; or il existe une différence entre ces deux entrées.
Ibn al-Anbârî, défendant le muṣḥaf d’‘Uthmân et la récitation adoptée par la majorité, a dit : « Il est permis, dans la langue, de passer du pronom de la troisième personne à la forme de l’adresse directe, comme dans la parole divine : ﴾Et leur Seigneur les abreuvera d’une boisson pure. – Ceci est, pour vous, une récompense, et votre effort a été reconnu.﴿ Ainsi, la kâf (de “pour vous”) remplace la hâ’ (de la troisième personne). Ce principe a déjà été évoqué dans la sourate Yûnus. »
Troisièmement : l’exception contenue dans sa parole – paix et salut sur lui – : « sauf pour l’acquittement du serment » peut être comprise comme une exception disjointe : « mais pour l’acquittement du serment… », usage courant dans la langue arabe. Le sens est alors : que le Feu ne le touchera absolument pas ; l’énoncé s’arrête là, puis commence : « mais l’acquittement du serment est inéluctable », conformément à la parole du Très-Haut : ﴾Il n’y en a pas un parmi vous qui n’y passe.﴿ Il s’agit soit du franchissement du pont (aṣ-ṣirât), soit de la simple vision, soit d’une entrée, mais une entrée de salut.
De ce fait, il n’y aura aucune atteinte (du feu), comme l’indique la parole – paix et salut sur lui : « Aucun de vous ne perd trois enfants en les comptant [auprès d’Allah] sans qu’ils ne soient pour lui un rempart contre le Feu. » Le junnah est une protection et un voile ; quiconque est ainsi prémuni du Feu et en est voilé, celui-ci ne le touchera aucunement ; s’il le touchait, il ne serait pas protégé.
Quatrièmement : ce ḥadith explicite le premier, car il comporte la mention de la ḥisbah (l’attente de la récompense), raison pour laquelle Mâlik l’a placé, avec sa chaîne, comme son exégèse. Et ce second ḥadith est également précisé par celui que rapporte al-Bukhârî d’après Abû Hurayra, du Prophète – paix et salut sur lui – : « Quiconque perd trois enfants n’ayant pas atteint l’âge de la responsabilité aura en eux un voile protecteur contre le Feu… »