On rapporte diverses paroles à ce sujet. J’ai entendu ʿAlī b. Sulaymān relater d’après Muḥammad b. Yazīd qu’il a dit :
« Ayyuhum » se rattache à « shiʿatin » ; il est donc placé au nominatif au titre de mubtadaʾ. Le sens est : « Puis Nous arracherons d’entre ceux qui se sont mutuellement épaulés — c’est-à-dire de ceux qui se sont entraidés — et Nous regarderons lequel d’entre eux s’est montré le plus arrogant envers le Tout-Miséricordieux. » Cette interprétation est satisfaisante. Al-Kisāʾī rapporte en effet que « at-tashāyuʿ » signifie l’entraide. Quant au terme « ʿitiyyan », il est à l’accusatif en tant qu’explicatif (tamyīz).
Parole du Très-Haut :
« Ensuite, c’est Nous qui savons le mieux lesquels méritent le plus d’y être précipités (ṣiliyyan). » (v. 70)
C’est-à-dire : lesquels sont les plus dignes d’entrer en Enfer. On dit : ṣalā, yaṣlā, ṣuliyyan, sur le même modèle que maḍā, yamḍī, muḍiyyan (« aller », « s’en aller ») ou hawā, yahwī, huwiyyan (« chuter »).
Al-Jawharī dit : « L’on dit ṣallaytu ar-rajula nāran lorsque tu fais entrer un homme dans le feu et le fais brûler ; si tu le précipites dans le feu comme pour le consumer, tu dis aṣlaytuhu — avec alif — ou ṣallaytuhu taṣliyatan. » On lit aussi : « wa-yaṣlā saʿīran ».
Celui qui allège la forme renvoie au verbe : ṣaliya fulānun bi-n-nāri — avec kasra — yaṣlā ṣiliyyan : il a été consumé. Le Très-Haut dit : « Ils sont les plus dignes d’y être consumés » (v. 70). Al-ʿAjjāj a dit :
« Par Allah ! n’était la fournaise où nous serions consumés… »
On dit aussi : ṣaliya bi-l-amri lorsqu’on endure la chaleur et la rudesse d’une affaire. Aṭ-Ṭuhawī a dit :
« Jamais leur vaillance ne s’émousse, même lorsqu’ils sont longuement consumés par la guerre, reprise après reprise. »
De même : iṣṭalaytu bi-n-nāri, taṣallaytu bihā (« je me suis chauffé au feu »).
Abū Zubayd a dit :
« Je me suis déjà réchauffé à l’ardeur de leurs combats, comme se réchauffe l’engourdi du froid mordant. »
Et l’on dit : « Un tel, nul ne se chauffe à son feu » lorsque c’est un héros qu’on ne peut affronter.
Parole du Très-Haut :
« Il n’y a aucun d’entre vous qui ne doive passer par elle ; c’est, auprès de ton Seigneur, une décision irrévocable. » (v. 71)
Cette āya comporte cinq questions juridiques. Premièrement : l’expression « wa-in minkum » constitue un serment ; la waw en porte la fonction. Elle est expliquée par le ḥadīth du Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — : « Nul parmi les musulmans n’a trois enfants qui meurent sans que le Feu ne le touche, si ce n’est pour s’acquitter du serment… »