Au sein de la communauté de Muḥammad – que la prière et la paix d’Allâh soient sur lui – certains sauteront les uns sur les autres dans les ruelles, s’adonnant à la fornication. Nous avons déjà commenté l’expression « khalfun » (80) dans la sourate « Al-Aʿrâf » (1); il n’y a donc pas lieu d’y revenir.
Deuxième point – La parole du Très-Haut : « (Ils ont négligé la prière). » Ibn ʿAbdullâh et Al-Ḥasan l’ont lue au pluriel : « (Ils ont négligé les prières). » Il s’agit là d’un blâme explicite démontrant que délaisser la prière fait partie des grands péchés qui mènent leur auteur à la perdition, question sur laquelle il n’existe aucune divergence. ʿUmar a dit : « Quiconque la néglige sera d’autant plus négligent à l’égard du reste. »
Les exégètes ont divergé quant aux personnes visées par ce verset. Mujâhid a dit : « Les Nazaréens sont venus après les Juifs. » Muḥammad b. Kaʿb al-Quraẓî, Mujâhid (encore) et ʿAṭâ’ ont affirmé : « Il s’agit de gens de la communauté de Muḥammad – paix et salut sur lui – à la fin des temps » : autrement dit, on trouvera dans cette communauté des individus présentant ces caractéristiques, sans que le verset leur soit exclusivement destiné.
Ils ont également divergé sur la nature même de cette négligence. Al-Quraẓî a considéré qu’il s’agit d’une négligence relevant de la mécréance et du rejet de la prière. Al-Qâsim b. Mukhaymira et ʿAbdullâh b. Masʿûd ont dit qu’il s’agit du fait de manquer les horaires fixés et de ne pas en accomplir les conditions; tel est l’avis correct. En effet, lorsque la prière est faite à la hâte, sans en respecter les prescriptions, elle est invalide et non suffisante, conformément à la parole du Prophète – paix et bénédiction d’Allâh sur lui – à l’homme qui avait prié puis l’avait salué : « Retourne prier, car tu n’as pas prié », qu’il répéta trois fois (rapporté par Muslim).
Hudhayfa, voyant un homme prier en escamotant ses gestes (2), lui dit : « Depuis quand accomplis-tu cette prière ? » Il répondit : « Depuis quarante ans. » Hudhayfa répliqua : « Tu n’as pas prié; si tu mourais en accomplissant cette prière, tu mourrais hors de la nature originelle de Muḥammad – paix et salut sur lui. » Puis il ajouta : « L’homme peut certes alléger la prière tout en l’accomplissant correctement et de belle manière. » (Rapporté par al-Bukhârî, le libellé étant celui d’An-Nasâ’î.)
Dans le recueil de at-Tirmidhî, Abû Masʿûd al-Anṣârî rapporte que le Messager d’Allâh – paix et salut sur lui – a dit : « N’est pas valable la prière dans laquelle l’homme n’établit pas son dos droit », c’est-à-dire durant l’inclinaison et la prosternation. At-Tirmidhî juge le ḥadith « bon et authentique ». Les gens de science, parmi les Compagnons puis leurs successeurs, ont adopté cette position : ils estiment que l’homme doit redresser son dos dans l’inclinaison et la prosternation.
Ash-Shâfiʿî, Aḥmad et Isḥâq déclarent : « Celui qui ne redresse pas son dos dans l’inclinaison et la prosternation, sa prière est invalide. » Le Prophète – paix et salut sur lui – a dit : « Telle est la prière de l’hypocrite : il reste assis à guetter le soleil; lorsque celui-ci se trouve entre les deux cornes du diable, il se lève et l’expédie en quatre mouvements, en n’évoquant Allâh que très peu. » Ce ḥadith constitue un blâme pour quiconque agit ainsi.
Furwah b. Khâlid b. Sinân dit : « Il a tardé… » (le texte se poursuit).