Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Il est rapporté des anciens Arabes que, lorsqu’ils s’apprêtaient à quitter un lieu, ils disaient : « Veillez à ne pas oublier vos ansâ’ ». Le terme « al-ansâ’ » est le pluriel de « nisy », qui désigne une chose de peu de valeur, laissée à l’abandon au point d’être oubliée.

De là ce vers du poète al-Kumayt – qu’Allah, exalté soit-Il, agrée :
« Ferez-vous de nous un pont pour Kalb, la tribu de Quḍâʿa ?…
Je ne suis point un nisy parmi les fils de Maʿadd, ni un être vil. »

Al-Farrâʾ déclare : le nisy est le bout de tissu que la femme jette au temps de son indisposition.

Ainsi, lorsque Marie (ʿalayhā l-salām) dit : « … nasyan mansiyyan » (un objet oublié, gisant dans l’oubli), elle veut dire : « comme un linge menstruel jeté. »

On lit également « nasyan » avec ouverture de la nûn ; les deux formes relèvent d’un double usage, à l’instar de ḥijr / ḥajar ou witr / watr.

Muḥammad b. Kaʿb al-Quraẓī a récité en intercalant une hamza : « nasī-an » (avec kasra de la nûn). Nauf al-Bakâlî a lu « nasya » (fatha sur la nûn) en le rattachant au verbe nas­a-a – « Allah a différé son terme », c’est-à-dire l’a retardé ; Abû l-Fatḥ et ad-Dânî rapportent la même variante de Muḥammad b. Kaʿb. Bakr b. Ḥabīb a récité « nassan » (nûn ouverte, sîn géminée, sans hamza).

Aṭ-Ṭabarî rapporte encore, dans les récits relatifs à Marie, que lorsque celle-ci conçut Jésus (ʿalayhi s-salām), sa sœur conçut également Jean. Sa sœur vint la visiter et dit :
– « Marie, sais-tu que je suis enceinte ? »
Elle répondit :
– « Et moi, je sens ce qui est dans mon ventre se prosterner devant ce qui est dans le tien. »
On rapporte en effet qu’elle sentit son fœtus incliner la tête vers le flanc de Marie.
As-Suddî commente : tel est le sens de la parole divine : « … attestant la véracité d’une Parole venue d’Allah, noble, chaste et prophète d’entre les vertueux. » (Âl ʿImrân, 3 : 39).

On raconte encore qu’elle s’enfuit en compagnie d’un homme des Banû Isrâʾîl nommé Yûsuf le charpentier, lequel était, avec elle, au service du Temple ; les versions sur ce point sont nombreuses et longues.

Al-Kalbî rapporte qu’on dit alors à Yûsuf – puisqu’on lui avait insinué qu’elle portait un enfant issu de fornication – : « À présent, le roi va la mettre à mort. » Il s’enfuit donc avec elle et, en chemin, songea à la tuer. L’ange Gabriel (ʿalayhi s-salām) lui apparut et lui dit : « Cet enfant procède de l’Esprit de sainteté. »

Ibn ʿAṭiyya juge toutefois toute cette narration faible. Ce récit supposerait que Marie porta l’enfant selon la durée ordinaire de grossesse et les traditions rapportent qu’elle l’aurait mis au monde après huit mois ; tel est l’avis de ʿIkrima, d’où l’on a tiré le dicton : « Le fils de huit mois ne survit pas », exception faite de Jésus. D’autres disent qu’elle l’enfanta après neuf mois, d’autres après six. Néanmoins, ce que nous avons transmis d’Ibn ʿAbbâs est plus sûr et plus manifeste – Allah est plus savant.

Parole du Très-Haut :
« Il l’appela d’au-dessous d’elle… » (fa-nâdâ-hâ min taḥti-hâ)
La préposition min a été lue avec ouverture ou fermeture de la mîm.

Ibn ʿAbbâs explique que celui qui l’appela fut Gabriel ; Jésus ne parla pas avant que Marie ne l’eût présenté à son peuple. C’est aussi l’opinion de ʿAlqama, ad-Ḍaḥḥâk et Qatâda. Il y avait là, pour elle, un signe et une preuve que l’affaire relevait des événements extraordinaires par lesquels Allah – exalté soit-Il – poursuit un dessein éminent.

Et Sa parole :

وَحُكِيَ عَنِ الْعَرَبِ أَنَّهُمْ إِذَا أَرَادُوا الرَّحِيلَ عَنْ مَنْزِلٍ قَالُوا: احْفَظُوا أَنْسَاءَكُمْ، الْأَنْسَاءُ جَمْعُ نِسْيٍ وَهُوَ الشَّيْءُ الْحَقِيرُ يُغْفَلُ فَيُنْسَى. وَمِنْهُ قَوْلُ الْكُمَيْتِ رَضِيَ اللَّهُ تَعَالَى عَنْهُ: أَتَجْعَلُنَا جِسْرًا لِكَلْبِ قُضَاعَةَ ... وَلَسْتُ بِنِسْيٍ فِي مَعَدٍّ وَلَا دَخَلْ وَقَالَ الْفَرَّاءُ: النِّسْيُ مَا تُلْقِيهِ الْمَرْأَةُ مِنْ خِرَقِ اعْتِلَالِهَا، فَقَوْلُ مَرْيَمَ: " نَسْياً مَنْسِيًّا" أي حيضة ملقاة. وقرى " نَسْيًا" بِفَتْحِ النُّونِ وَهُمَا لُغَتَانِ مِثْلَ الْحِجْرِ وَالْحَجَرِ وَالْوِتْرِ وَالْوَتْرِ. وَقَرَأَ مُحَمَّدُ بْنُ كَعْبٍ القرظي بالهمز: " نسيا" بكسر النون. وقرا نوف البكالي: " نسيا" بِفَتْحِ النُّونِ مِنْ نَسَأَ اللَّهُ تَعَالَى فِي أَجَلِهِ أَيْ أَخَّرَهُ. وَحَكَاهَا أَبُو الْفَتْحِ وَالدَّانِيُّ عَنْ مُحَمَّدِ بْنِ كَعْبٍ. وَقَرَأَ بَكْرُ بْنُ حَبِيبٍ: " نَسًّا" بِتَشْدِيدِ السِّينِ وَفَتْحِ النُّونِ دُونَ هَمْزٍ. وَقَدْ حَكَى الطَّبَرِيُّ فِي قَصَصِهَا أَنَّهَا لَمَّا حَمَلَتْ بِعِيسَى عَلَيْهِ السَّلَامُ حَمَلَتْ أَيْضًا أختها بيحيى، فجاءتها أختها زائرة فقالت: مَرْيَمُ أَشَعَرْتِ أَنْتِ أَنِّي حَمَلْتُ؟ فَقَالَتْ لَهَا: وَإِنِّي أَجِدُ مَا فِي بَطْنِي يَسْجُدُ لِمَا فِي بَطْنِكِ، وذلك أَنَّهُ رُوِيَ أَنَّهَا أَحَسَّتْ بِجَنِينِهَا يَخِرُّ بِرَأْسِهِ إِلَى نَاحِيَةِ بَطْنِ مَرْيَمَ، قَالَ السُّدِّيُّ فَذَلِكَ قَوْلُهُ: " مُصَدِّقاً بِكَلِمَةٍ مِنَ اللَّهِ وَسَيِّداً وَحَصُوراً وَنَبِيًّا مِنَ الصَّالِحِينَ" «١» [آل عمران: ٣٩] . وَذُكِرَ أَيْضًا مِنْ قَصَصِهَا أَنَّهَا خَرَجَتْ فَارَّةً مَعَ رَجُلٍ مِنْ بَنِي إِسْرَائِيلَ يُقَالُ لَهُ يُوسُفُ النَّجَّارُ، كَانَ يَخْدُمُ مَعَهَا فِي الْمَسْجِدِ وَطَوَّلَ فِي ذَلِكَ. قَالَ الْكَلْبِيُّ: قِيلَ لِيُوسُفَ- وكانت سميت له أنها حملت من الزنى- فَالْآنَ يَقْتُلُهَا الْمَلِكُ، فَهَرَبَ بِهَا، فَهَمَّ فِي الطَّرِيقِ بِقَتْلِهَا، فَأَتَاهُ جِبْرِيلُ عَلَيْهِ السَّلَامُ وَقَالَ لَهُ: إِنَّهُ مِنْ رُوحِ الْقُدُسِ، قَالَ ابْنُ عَطِيَّةَ: وَهَذَا كُلُّهُ ضَعِيفٌ. وَهَذِهِ الْقِصَّةُ تَقْتَضِي أَنَّهَا حَمَلَتْ، وَاسْتَمَرَّتْ حَامِلًا عَلَى عُرْفِ النِّسَاءِ «٢» ، وَتَظَاهَرَتِ الرِّوَايَاتُ بِأَنَّهَا وَلَدَتْهُ لِثَمَانِيَةِ أَشْهُرٍ. قَالَهُ عِكْرِمَةُ، وَلِذَلِكَ قِيلَ: لَا يَعِيشُ ابْنُ ثَمَانِيَةِ أَشْهُرٍ حِفْظًا لِخَاصَّةِ عِيسَى. وَقِيلَ: وَلَدَتْهُ لِتِسْعَةٍ. وَقِيلَ: لِسِتَّةٍ. وَمَا ذَكَرْنَاهُ عَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ أَصَحُّ وَأَظْهَرُ. وَاللَّهُ أَعْلَمُ. قَوْلُهُ تَعَالَى: (فَناداها مِنْ تَحْتِها) قُرِئَ بِفَتْحِ الْمِيمِ وَكَسْرِهَا. قَالَ ابْنُ عَبَّاسٍ: الْمُرَادُ ب "- مِنْ" جِبْرِيلُ، وَلَمْ يَتَكَلَّمْ عِيسَى حَتَّى أَتَتْ بِهِ قَوْمَهَا، وَقَالَهُ عَلْقَمَةُ وَالضَّحَّاكُ وَقَتَادَةُ، فَفِي هَذَا لَهَا آيَةٌ وَأَمَارَةٌ أَنَّ هَذَا مِنَ الْأُمُورِ الْخَارِقَةِ لِلْعَادَةِ التي لله [تعالى «٣» ] فيها مراد عظيم. وقوله:
(١). راجع ج ٤ ص ٧٤. (٢). في ج وك: عرف البشر. (٣). من ك.

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