Parole du Très-Haut :
« Elle se retira avec lui en un lieu lointain ».
C’est-à-dire que, portant son enfant, elle se mit à l’écart dans un endroit éloigné. Ibn ʿAbbâs dit : elle se dirigea vers l’extrémité de la vallée, la vallée de Bayt Laḥm, qui se trouve à quatre milles d’Îlîyâ’ (Jérusalem). Elle s’éloigna afin d’échapper aux reproches de son peuple qui l’accuserait d’avoir enfanté sans époux.
Ibn ʿAbbâs rapporte encore : à peine conçut-elle qu’elle mit aussitôt l’enfant au monde ; tel est le sens apparent du texte, car Allâh – Exalté soit-Il – mentionne son retrait immédiatement après la conception. D’aucuns ont émis d’autres avis, comme on le verra plus loin.
Parole du Très-Haut :
« Les douleurs de l’enfantement la poussèrent jusqu’au tronc d’un palmier. »
« La poussèrent » (aǧâ’ahâ) : c’est-à-dire la contraignirent, le verbe jaʾa ayant ici été transitivisé par la hamza, comme on dit : jaʾa bihi (il l’a fait venir) et aǧâʾahu ilâ… (il l’a contraint à se rendre à…). Shubayl – et on le rapporte aussi de ʿÂṣim – a lu : « fa-aǧâ’ahâ » – dérivé de mufâǧaʾa (« surprise »). Dans le muṣḥaf d’Ubayy on lit : « lorsque les douleurs de l’enfantement la surprirent ».
Zuhayr a dit :
« Un voisin s’avança vers nous, s’en remettant à nous ;
La crainte et l’espoir l’y avaient poussé. »
La majorité lit « al-maḫâḍ » avec ouvertures de la mîm ; Ibn Kathîr, selon le récit qu’on tient de lui, la lit avec sa kasra : c’est le travail, la violence de l’accouchement et ses douleurs. On dit : maḫiḍat al-marʾa tamḫaḍu maḫâḍan wa miḫâḍan ; et « nāqatun māḫiḍ » : une chamelle dont la mise bas est proche.
« … jusqu’au tronc du palmier » : c’est qu’elle cherchait un appui, quelque chose à quoi se cramponner, comme le fait la femme en travail tant la douleur est forte. Le « tronc » désigne la tige desséchée d’un palmier, plantée dans le désert, dépourvue de spadices et de rameaux ; d’où l’absence de l’article « au palmier ».
Elle dit alors : « Ah ! Que je fusse morte avant ceci… »
Marie – que la paix soit sur elle – aspira à la mort dans une perspective religieuse pour deux raisons : d’une part, elle redoutait que l’on ne soupçonnât sa chasteté, qu’on ne la déshonorât, ce qui l’eût éprouvée dans sa foi ; d’autre part, afin que son peuple ne tombât pas, à cause d’elle, dans la calomnie et l’attribution du péché d’adultère, ce qui les aurait perdus. Dans ces limites, souhaiter la mort est permis ; ce point a déjà été expliqué en détail dans la sourate « Yûsuf », qu’Allâh soit loué.
Je dis : J’ai entendu que Marie – sur elle la paix – entendit une voix déclarer : « Sors, toi qu’on adore en dehors d’Allâh ! » ; elle en fut affligée et dit : « Ah ! Que je fusse morte avant cela et fusse totalement oubliée ! »
Dans la langue des Arabes, « nisy » désigne une chose insignifiante, dont la perte passe inaperçue et ne provoque aucune peine, comme un piquet ou une corde pour le voyageur et ce qui y ressemble.