La paix, selon Sa parole :
« Il se manifesta à elle (فتَمَثَّلَ لها) » : c’est-à-dire que l’ange se présenta devant elle ; « sous la forme d’un être humain (بَشَرًا) » – explication ou circonstance – « bien proportionné (سَوِيًّا) », c’est-à-dire de constitution parfaite, car elle n’aurait pu supporter ni contempler Jibrîl dans sa véritable apparence. Lorsqu’elle vit un homme, d’allure agréable, sous l’aspect d’un mortel, qui avait franchi le voile la protégeant, elle pensa qu’il lui voulait du mal et dit :
« Je cherche protection auprès du Tout-Miséricordieux contre toi, si toutefois tu es pieux. »
C’est-à-dire : si tu fais partie de ceux qui craignent Allah. Al-Bikâlî rapporte : Jibrîl recula, effrayé par l’évocation du Tout-Miséricordieux – exalté soit-Il. Al-Tha‛labî dit : il s’agissait d’un homme vertueux et elle chercha refuge auprès de lui, par étonnement. D’autres expliquent que « taqiyy » (pieux) est au sens passif : « si tu es de ceux dont on se garde ». Dans le Ṣaḥîḥ d’al-Bukhârî, Abû Wâ’il dit : Maryam savait que l’homme pieux est doté de retenue lorsqu’elle déclara : « si tu es pieux ». On a encore avancé – propos de Wahb b. Munabbih, rapporté par Makkî et d’autres d’Ibn ‛Atiyyah – que « Taqî » aurait été le nom d’un libertin fameux de l’époque ; avis faible, proche de la conjecture.
Alors Jibrîl – sur lui la paix – lui dit :
« Je ne suis que le Messager de ton Seigneur pour te faire don d’un garçon pur. »
Il s’est attribué le don parce que l’annonce provenait de lui. Warsh, d’après Nâfi‛, lit : « pour qu’Il te fasse don », c’est-à-dire : « Allah m’a envoyé afin qu’Il te fasse don ». Certains comprennent la forme « li-’ahaba » (avec hamza) comme portée par le sens : « Je l’ai envoyé pour que Je te fasse don ». Quant à « liyahaba » sans hamza, il peut avoir la même signification, la hamza ayant ensuite été allégée.
Lorsque Maryam entendit ces paroles, elle questionna sur la manière :
« Comment aurais-je un garçon, alors qu’aucun homme ne m’a touchée » – c’est-à-dire par mariage – « et je ne suis point une prostituée ». Elle ajouta cette précision pour insister, car sa phrase « aucun homme ne m’a touchée » englobe le licite et l’illicite.
On a dit encore : elle ne douta nullement de la puissance d’Allah ; elle voulut seulement savoir comment l’enfant serait : d’un époux futur ou bien créé ex nihilo par Allah ? Il est rapporté qu’à ce moment Jibrîl souffla dans l’ouverture de sa tunique et dans sa manche (Ibn Jurayj). Selon Ibn ‛Abbâs, Jibrîl saisit l’ourlet de son vêtement de son doigt, y souffla et, sur-le-champ, elle conçut ‘Îsâ.
Al-Ṭabarî rapporte que les chrétiens prétendent que Maryam conçut ‘Îsâ à l’âge de treize ans ; qu’il vécut jusqu’à son élévation trente-deux ans et quelques jours ; que Maryam survécut six ans après son élévation, son âge total dépassant cinquante ans.
Sa parole :
« afin que Nous fassions de lui (وَلِنَجْعَلَهُ) » se rattache à un verbe sous-entendu : « et Nous le créons afin que Nous fassions de lui » « un signe (آيَةً) » – preuve étonnante de Notre puissance – « et une miséricorde (وَرَحْمَةً) » pour qui croira en lui. « Et c’était une affaire décrétée (وَكانَ أَمْرًا مَقْضِيًّا) », prédestinée, inscrite dans la Table préservée.