Il est ici à la place de l’accusatif, régi par le verbe « j’ai craint » (خِفْتُ). Le terme « al-mawālī » renvoie ici aux proches parents, c’est-à-dire les fils de l’oncle paternel et plus largement les agnats qui le suivent dans la lignée. Les Arabes appellent en effet les fils de l’oncle paternel « mawālī ».
Le poète a dit :
« Doucement, ô fils de notre oncle, doucement, ô nos mawālī ;
ne déterrez pas entre nous ce qui était enfoui. »
Ibn ‘Abbās, Mujāhid et Qatādah ont déclaré : il craignait qu’ils n’héritent de ses biens et que l’héritage ne revienne aux collatéraux (al-kalālah) ; il redoutait donc qu’un autre que ses propres enfants ne le recueille.
D’autres ont soutenu que ses mawālī négligeaient la religion ; il redouta qu’à sa mort la religion fût compromise, si bien qu’il demanda un « walī » qui la ferait vivre après lui. Cette opinion est rapportée par az-Zajjāj ; selon elle, il ne s’agit donc pas de la succession à ses biens, car les Prophètes ne laissent pas d’héritage pécuniaire.
Parmi les deux avis, c’est le second qui est correct dans l’interprétation du verset : qu’il voulut l’héritage du savoir et de la prophétie, non celui des biens, conformément à la parole attestée du Prophète ﷺ :
« Nous, communauté des Prophètes, ne sommes pas hérités ; ce que nous laissons est aumône. »
Et, dans le recueil d’Abû Dâwûd :
« Les savants sont les héritiers des Prophètes ; or les Prophètes n’ont légué ni dinar ni dirham ; ils ont légué la science. »
Un complément d’explication viendra à l’endroit où Il dit : « il m’héritera ».
Deuxièmement, ce hadith relève de l’exégèse à chaîne de transmission, eu égard à la parole divine : « Salomôn hérita de Dāwūd », et à l’invocation de Zakariyya : « Accorde-moi, de Ta part, un proche qui m’hérite et hérite de la famille de Ya‘qûb ». Il s’agit d’une restriction du sens général : Salomôn n’a pas hérité des biens que Dāwūd aurait laissés, mais sa sagesse et son savoir ; de même, Yahyā hérita de la famille de Ya‘qûb. C’est là l’avis des savants de l’exégèse, à l’exception des Râfidites.
On rapporte toutefois de al-Ḥasan qu’il a dit : « Il m’héritera mes biens, et de la famille de Ya‘qûb la prophétie et la sagesse. » Or, toute parole contredisant celle du Prophète ﷺ est rejetée, dit Abû ‘Umar.
Ibn ‘Aṭiyyah rapporte que la majorité des exégètes estiment que Zakariyya visait l’héritage des biens ; on peut néanmoins comprendre la parole du Prophète ﷺ « Nous, communauté des Prophètes, ne sommes pas hérités » comme n’étant pas absolue, mais décrivant la situation la plus courante ; à méditer. Toutefois, ce qui paraît le plus approprié pour Zakariyya — sur lui la paix — est qu’il ait cherché l’héritage du savoir et de la religion ; l’emploi du mot « héritage » y serait alors métaphorique. Ne vois-tu pas que, lorsqu’il demanda un « walī » sans spécifier un fils, Allah — qu’Il soit exalté — combla son espoir de la manière la plus parfaite ?
Abû Ṣāliḥ et d’autres ont dit : par « de la famille de Ya‘qûb », il entend le savoir et la prophétie.