Parole du Très-Haut :
« Kâ-Hâ-Yâ-ʿAyn-Ṣâd »
La question des lettres détachées placées en tête de certaines sourates a déjà été traitée.
Ibn ʿAbbâs a dit, à propos de « Kâ-Hâ-Yâ-ʿAyn-Ṣâd » : le Kâf provient de « Kāfin » (Celui qui suffit), le Hâ de « Hâdin » (le Guide), le Yâ de « Ḥakîmin » (le Sage), le ʿAyn de « ʿAlîmin » (l’Omniscient) et le Ṣâd de « Ṣâdiqin » (le Véridique). Ce propos a été rapporté par Ibn ʿAzîz.
Al-Qushayrî rapporte également d’après Ibn ʿAbbâs que le sens en est : « Suffisant pour Ses créatures, Guide de Ses serviteurs, Sa Main est au-dessus de leurs mains, Omniscient à leur sujet, Véridique dans Sa promesse ». Al-Thaʿlabî l’a transmis d’après al-Kalbî, as-Suddi, Mujâhid et ad-Ḍaḥḥâk.
Al-Kalbî a encore dit : le Kâf renvoie à « Karîm » (Généreux), « Kabîr » (Immense) et « Kāfin » (Celui qui suffit) ; le Hâ à « Hâdin » ; le Yâ à « Raḥîm » (Miséricordieux) ; le ʿAyn à « ʿAlîm » (Omniscient) et « ʿAẓîm » (Magnifique) ; le Ṣâd à « Ṣâdiq » (Véridique) ; le sens reste donc le même.
D’Ibn ʿAbbâs encore : il s’agit d’un des Noms d’Allah, exalté soit-Il.
De ʿAlî – qu’Allah l’agrée – : c’est le Nom d’Allah, le Très-Glorieux, et il avait coutume de dire : « Ô Kâ-Hâ-Yâ-ʿAyn-Ṣâd, pardonne-moi ». Ceci est rapporté par al-Ghaznawî.
As-Suddi a affirmé que c’est le Nom suprême d’Allah ; quiconque Le supplie par ce Nom reçoit, et quiconque L’invoque par Lui est exaucé.
Qatâdah dit : c’est l’un des Noms du Coran, propos rapporté par ʿAbd ar-Razzâq d’après Maʿmar.
Il a encore été dit qu’il s’agit du nom même de la sourate ; c’est l’opinion retenue par al-Qushayrî concernant les lettres initiales. Selon cet avis, la parole s’arrête à « Kâ-Hâ-Yâ-ʿAyn-Ṣâd », comme s’il s’agissait d’indiquer le titre de la sourate, de la même manière que l’on dirait : « le livre intitulé… » ou « le chapitre intitulé… », avant d’entamer le sujet.
Abû Jaʿfar a récité ces lettres séparément, tandis que les autres lecteurs les ont lues d’un seul tenant.
Abû ʿAmr a prononcé le Hâ en penchant la voyelle (imâlah) et a ouvert la voyelle du Yâ ; Ibn ʿÂmir et Ḥamzah ont fait l’inverse ; al-Kisâʾî, Abû Bakr et Khalaf ont pratiqué l’imâlah sur les deux lettres ; les Médinois, tels Nâfiʿ, ont adopté une prononciation intermédiaire ; les autres lecteurs les ont toutes deux ouvertes.
Selon Khârijah, al-Ḥasan mettait la damma (u) sur la lettre Kâf ; d’autres ont rapporté qu’il la plaçait sur le Hâ, et Ismâʿîl ibn Isḥâq qu’il la mettait sur le Yâ.
Abû Ḥâtim a déclaré qu’il n’est pas permis de mettre la damma ni sur le Kâf, ni sur le Hâ, ni sur le Yâ. An-Naḥḥâs ajouta : « telle est la lecture des habitants de Médine… »