J’interrogeai mon père au sujet de la parole du Très-Haut : « Dis : voulons-Nous vous informer des plus grands perdants en œuvres ? » (v. 103). Je lui dis : « S’agit-il des Harûrites ? » Il répondit : « Non, il s’agit des Juifs et des Chrétiens. Quant aux Juifs, ils ont traité de menteur Muḥammad – que la bénédiction et la paix d’Allâh soient sur lui – ; quant aux Chrétiens, ils ont nié l’existence du Paradis, disant qu’il n’y a là ni nourriture ni boisson. Quant aux Harûrites, ce sont ceux qui rompent le pacte d’Allâh après l’avoir confirmé ; Sa‘d les appelait “les dépravés”. Le verset a pour sens la réprobation : “Dis à ces mécréants qui ont adoré autre que Moi : leurs efforts et leurs espoirs seront anéantis demain ; ils sont les plus grands perdants en œuvres, ceux dont les efforts se sont égarés dans la vie d’ici-bas alors qu’ils s’imaginent bien agir” (v. 104), c’est-à-dire dans le culte d’autres que Moi.
Ibn ‘Abbâs a dit : « Il vise les mécréants de La Mecque. » ‘Alî a dit : « Il s’agit des khâridjites, les gens de Ḥarûrâ’. » Murrah a dit : « Ce sont les moines, habitants des cellules monastiques. » Il est rapporté qu’Ibn al-Kawwâ’ l’interrogea sur les “plus grands perdants en œuvres” et qu’il lui répondit : « Toi et tes compagnons. »
Ibn ‘Aṭiyyah dit : « Tout cela est affaibli par la parole du Très-Haut qui suit : “Ce sont eux qui ont mécru aux signes de leur Seigneur et à Sa rencontre, et leurs œuvres sont alors réduites à néant.” Or, aucune de ces catégories ne nie Allâh, ni Sa rencontre, ni la résurrection ; cette description vise plutôt les polythéistes de La Mecque, adorateurs d’idoles. ‘Alî et Sa‘d – qu’Allâh les agrée – ont simplement mentionné des gens auxquels revient une part de la signification du verset. »
Le mot « œuvres » est à l’accusatif en position de spécification (tamyîz). Quant à « ḥabiṭat » (« se sont annulées »), la lecture majoritaire porte une kasra sur le bā’ ; Ibn ‘Abbâs la lisait avec fatḥa.
Deuxième point : la parole du Très-Haut : « Nous ne leur établirons aucun poids au Jour de la Résurrection » (v. 105). La lecture majoritaire est « nuqîmu », avec le nûn de majesté. Mujâhid l’a lue avec yâ’ de l’absent : « (il) n’établira pas », c’est-à-dire qu’Allâh – Exalté soit-Il – n’établira pas. ‘Ubayd b. ‘Umayr a lu : « fa-lâ yaqûmu » (« il ne se lèvera pas ») ; il devait alors lire également « wazn » (« poids »), et Mujâhid a effectivement lu : « fa-lâ yaqûmu lahum yawma-l-qiyâmati wazn ».
‘Ubayd b. ‘Umayr dit : « Au Jour de la Résurrection on fera venir un homme gigantesque, grand, vorace et buveur ; il ne pèsera pas auprès d’Allâh le poids d’une aile de moustique. »
J’ai dit : « Une telle parole ne peut provenir d’une simple opinion personnelle. » Son sens se trouve en effet confirmé par un ḥadîth marfû‘ authentique dans Ṣaḥîḥ Al-Bukhârî et Ṣaḥîḥ Muslim, d’après Abû Hurayrah, selon lequel le Messager d’Allâh – qu’Allâh le bénisse et le salue – a dit : « Il se peut qu’un homme énorme et corpulent vienne, le Jour de la Résurrection, et qu’il ne pèse, auprès d’Allâh, pas plus que l’aile d’un moustique. Lisez si vous voulez : “Nous ne leur établirons aucun poids au Jour de la Résurrection.” »
Le sens est qu’ils n’auront aucune récompense ; leurs œuvres sont compensées par le châtiment, de sorte qu’il ne leur restera aucune bonne action à mettre dans les balances du Jugement. Et celui qui ne possède aucune bonne action est voué au Feu.
Abû Sa‘îd al-Khuḍrî a dit : « On fera venir des œuvres… »