Un savant de Koufa a dit : « C’est parce qu’il s’agit ici de la marche (as-sayr). » Il rapporte, ainsi que l’imâm al-Aṣmaʿī, qu’on emploie « tabiʿahu » et « ittabaʿahu » lorsqu’on le suit sans l’atteindre, et « atbaʿahu » lorsqu’on le rattrape.
Abû ʿUbayd ajoute : « Il en va de même dans la parole du Très-Haut : ﴾Ils les poursuivirent au levant﴿ [Les Poètes 26 : 60]. »
Al-Naḥḥâs commente : « C’est là une nuance (de sens) — même si al-Aṣmaʿī l’a rapportée — qui ne saurait être acceptée sans raison décisive ni preuve. Quant au verset : ﴾Ils les poursuivirent au levant﴿, rien, dans le récit, n’indique qu’ils les aient rejoints ; il s’agit plutôt de l’épisode où, après que Moïse — paix sur lui — et ses compagnons eurent traversé la mer, Pharaon et les siens s’y engouffrèrent et qu’elle se referma sur eux. La réalité est que « tabiʿa », « ittabaʿa » et « atbaʿa » sont trois formes dialectales exprimant un même sens, celui de la poursuite ; il se peut qu’il y ait rattrapage comme il se peut qu’il n’y en ait pas.
﴾Jusqu’à ce que, parvenu au couchant, il vit le soleil se coucher dans une source boueuse﴿. Ibn ʿÂṣim, Ibn ʿÂmir, Ḥamza et al-Kisâʾî lisent « ḥâmiyah » (brûlante) ; les autres lisent « ḥamiʾah » (abondante en vase noire). On dit : « ḥamaʾtu la biʾra ḥamʾan » (avec sukûn) quand j’en ai retiré la vase ; et : « ḥamiyat(i)-l-biʾru ḥamaʾan » (avec raḥka) lorsque sa vase s’est accrue. Il est également possible que « ḥâmiyah » dérive de « ḥamʾah » : l’hamza a été allégée et changée en yâʾ. On peut donc concilier les deux lectures en disant : elle était à la fois ardente et vaseuse.
ʿAbd Allâh ibn ʿAmr rapporte : Le Prophète — que les bénédictions et la paix d’Allâh soient sur lui — contempla le soleil au moment où il se couchait et dit : « Voici le feu ardent d’Allâh ; n’eût été ce qui le retient par ordre d’Allâh, il aurait brûlé tout ce qui est sur la terre. »
Ibn ʿAbbâs dit : « Ubayy me l’a fait réciter tel que le Messager d’Allâh — que les bénédictions et la paix d’Allâh soient sur lui — la lui avait fait réciter : ﴾dans une source boueuse﴿. » Muʿâwiyah, quant à lui, récitait « ḥâmiyah ». ʿAbd Allâh ibn ʿAmr ibn al-ʿÂṣ déclara alors : « Je suis avec l’Émir des Croyants (Muʿâwiyah). » Ils prirent Kaʿb pour arbitre et lui dirent : « Ô Kaʿb, que trouves-tu dans la Torah ? » Il répondit : « Je la trouve se coucher dans une source noire. » Ainsi donna-t-il raison à Ibn ʿAbbâs.
Le poète, Tubbaʿ al-Yamânî, a chanté :
« Avant moi, Dhu l-Qarnayn était déjà soumis (à Dieu),
un roi devant qui s’inclinaient les souverains.
Il atteignit les confins de l’Occident et de l’Orient,
recherchant les causes auprès d’un Sage qui le guidait.
Il vit le coucher du soleil, lorsqu’il disparaissait,
dans une source de boue noire et d’argile sombre. »
Al-khulub désigne la boue, ath-thaʾṭ la vase, et al-ḥarmad le noir.
Al-Qaffâl rapporte qu’un groupe de savants a dit : « Il ne faut pas comprendre qu’il (Dhu l-Qarnayn) atteignit l’astre solaire, à l’Occident ou à l’Orient, au point de toucher son globe ; la lune décrit son orbite autour de la terre sans jamais la heurter, alors qu’elle est d’une dimension incommensurablement supérieure à l’un quelconque des cratères terrestres. L’intention est plutôt qu’il parvint à l’extrémité du monde habité, à l’Occident comme à l’Orient, de sorte qu’il le vit — à l’œil nu — se coucher dans une source vaseuse, exactement comme nous le voyons, depuis une terre plane, disparaître à l’horizon, comme s’il pénétrait dans le sol… »