Il s’agissait du fils de Dhî Yazan, le Himyarite, descendant de Wâʾil b. Ḥimyar – la parole d’Ibn Isḥâq à ce sujet a déjà été citée.
Wahb b. Munabbih affirme, quant à lui, qu’il était d’origine romaine. Al-Ṭabarî a rapporté un ḥadîth du Prophète – que la prière et la paix d’Allah soient sur lui – selon lequel Dhû l-Qarnayn aurait été un jeune homme issu des Byzantins ; Ibn ʿAṭiyya a néanmoins qualifié la chaîne de transmission de ce récit de faible.
Al-Suhaylî dit : «Il ressort des traditions qu’il y eut en réalité deux personnages portant ce surnom. L’un d’eux vécut à l’époque d’Ibrâhîm – sur lui la paix –; on rapporte même qu’il trancha en faveur d’Ibrâhîm lorsque les gens vinrent se disputer devant lui au sujet du puits de Sabʿ, au Shâm. L’autre aurait vécu peu de temps après ʿÎsâ – sur lui la paix.»
D’aucuns avancent qu’il s’agirait d’Afrîdûn, celui qui tua Bayûrâsaf b. Arwandâsaf, le roi tyrannique, à l’époque d’Ibrâhîm – sur lui la paix – ou peu avant.
Les avis divergent également quant à la raison de son surnom :
– Certains prétendent qu’il portait deux longues tresses de cheveux ; c’est, disent-ils, l’explication rapportée par Al-Thaʿlabî et d’autres. Les tresses (ḍafâʾir) sont en effet appelées «cornes» (qurûn) de la tête. Le poète a dit :
«Je baisai sa bouche tout en saisissant ses tresses,
Tel l’homme à l’hémorragie goûtant la fraîcheur de l’eau limpide de la Ḥashraj.»
– D’autres rapportent qu’au commencement de son règne il vit en songe qu’il tenait les deux cornes du soleil ; il exposa cette vision et on l’interpréta en disant qu’il dominerait tout ce sur quoi le soleil se lève, d’où son surnom de Dhû l-Qarnayn.
– Une opinion veut qu’il ait été nommé ainsi parce qu’il parvint jusqu’à l’Occident et jusqu’à l’Orient, comme s’il avait conquis les deux «cornes» du monde.
– Une autre école soutient que, lorsqu’il atteignit le lieu où le soleil se lève, il en distingua de ses propres yeux les «cornes»; on l’appela donc Dhû l-Qarnayn, ou encore à cause des deux cornes du démon qu’on y associe.
– Wahb b. Munabbih ajoute : «Il avait effectivement deux protubérances sous son turban.»
Ibn al-Kawwâʾ interrogea ʿAlî – qu’Allah l’agrée – au sujet de Dhû l-Qarnayn : «Était-il prophète ou roi ?» Il répondit : «Ni l’un ni l’autre ; c’était un serviteur vertueux qui appela son peuple à Allah Très-Haut ; ils lui fendirent alors une corne du crâne. Il les appela de nouveau et ils lui fendirent l’autre corne ; c’est pour cela qu’on le surnomma Dhû l-Qarnayn.»
On se divise encore quant à l’époque à laquelle il vécut ; certains disent qu’il vint après Mûsâ, d’autres qu’il appartint à la période intermédiaire qui suivit ʿÎsâ, et l’on a également soutenu qu’il vécut du temps d’Ibrâhîm et d’Ismâʿîl. Al-Khaḍir – sur lui la paix – portait sa grande bannière, ainsi que nous l’avons mentionné dans la sourate «Al-Baqarah».
En résumé, Allah – Exalté soit-Il – lui accorda puissance et royauté, et les rois se soumirent à lui; il a même été rapporté que l’ensemble des souverains de la terre