Ibn ʿAbd al-Barr rapporte dans son ouvrage « at-Tamhīd » d’après ʿAlī – qu’Allah l’agrée – qu’au moment où le Prophète – paix et bénédictions d’Allah sur lui – rendit l’âme et qu’on l’eut couvert d’un linceul, une voix se fit entendre d’un côté de la demeure ; on en percevait le son sans en voir la personne :
« Que la paix, la miséricorde et les bénédictions d’Allah soient sur vous ! Que la paix soit sur vous, gens de la Maison ! “Toute âme goûtera la mort” (sourate Âl-ʿImrân, 3 : 185). En Allah se trouve un successeur pour tout disparu, un dédommagement pour toute perte et une consolation pour toute épreuve. Placez donc votre confiance en Allah et mettez en Lui seul votre espoir, car réellement éprouvé est celui à qui la récompense est refusée. »
Les Compagnons du Prophète – paix et salut sur lui – comprirent qu’il s’agissait là d’al-Khaḍir – sur lui la paix.
L’article défini « al- » dans l’expression « sur la terre » (ʿalâ l-arḍ) renvoie, non pas à l’ensemble de la terre, mais à une terre bien déterminée : la terre des Arabes, comme l’indique le fait que ses déplacements eurent principalement lieu en son sein, à l’exclusion de la contrée de Gog et Magog ou des îles reculées de l’Inde et du Sindh dont les noms demeurent inconnus et dont nul ne possède la science. Il n’existe en outre aucune réponse établie concernant le Faux-Messie (ad-Dajjâl).
As-Suhaïlî dit : les avis divergent largement quant au nom d’al-Khaḍir.
D’après Wahb ibn Munabbih, son nom serait « Ilyâ fils de Malkân fils de Fâligh fils de Shâlikh fils d’Arfakhshadh fils de Sâm fils de Noé ».
D’autres avancent qu’il se nommait « fils de ʿÂmîl fils de Samâqḥîn fils d’Arriyâ fils de ʿAlqamâ fils de ʿÎsû fils d’Isḥâq » ; son père aurait été roi, sa mère – d’origine persane – se nommait Almá. Elle l’aurait enfanté dans une caverne où on le trouva allaité chaque jour par une brebis appartenant à un villageois. Celui-ci le recueillit et l’éleva. Quand il devint adulte, le roi – qui n’était autre que son père – rechercha un secrétaire et convia les gens de science et de distinction afin qu’ils recopient les feuillets révélés à Abraham et à Shîth. Parmi les scribes se présenta son fils, al-Khaḍir, que le roi ne reconnut point de prime abord. Admirant son écriture et sa science, il enquêta sur son identité et découvrit qu’il était bel et bien son fils ; il le prit alors à ses côtés et le mit à la tête des affaires du peuple. Par la suite, al-Khaḍir s’enfuit du royaume pour des raisons trop longues à exposer, jusqu’à ce qu’il trouvât la « Source de Vie », dont il but ; depuis, il demeure vivant jusqu’à la sortie du Faux-Messie. Il serait, ajoute-t-on, l’homme que le Dajjâl tuera, découpera puis qu’Allah ressuscitera.
Il a encore été dit qu’il ne vécut pas à l’époque du Prophète – paix et salut sur lui –, assertion non fondée.
Al-Bukhârî ainsi qu’un groupe de spécialistes du ḥadîth – parmi lesquels notre maître Abû Bakr ibn al-ʿArabî, qu’Allah lui fasse miséricorde – soutiennent qu’al-Khaḍir mourut avant l’expiration du siècle, en se fondant sur la parole du Prophète – paix et bénédictions d’Allah sur lui :
« Au terme de cent ans, il ne restera plus sur cette terre aucun de ceux qui y sont aujourd’hui. »
Autrement dit, nul parmi les personnes alors vivantes lorsqu’il prononça cette déclaration ne subsistera passé ce délai.