Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Parole du Très-Haut :

« Quant au navire, il appartenait à des gens indigents qui œuvraient sur la mer. »

Certains exégètes ont tiré de ce verset la preuve que le terme miskîn (indigent) désigne une situation plus aisée que celle du faqîr (pauvre extrême). Ce point a déjà été traité de façon détaillée dans la sourate « At-Tawbah ».

D’autres ont soutenu qu’il s’agissait en réalité de marchands ; toutefois, dans la mesure où ils voyageaient avec peu de moyens, exposés au tumulte de la haute mer et incapables de se protéger d’un quelconque danger, le texte les a qualifiés de masâkîn, c’est-à-dire de personnes dignes de compassion. Il en va de même lorsque l’on s’adresse à un homme fortuné tombé dans une épreuve ou un malheur : on peut dire de lui : « Quel pauvre (miskîn) ! »

Kaʿb et d’autres rapportent que le navire appartenait à dix frères nécessiteux qui l’avaient hérité de leur père : cinq d’entre eux étaient infirmes et les cinq autres travaillaient en mer.

Selon une autre version, ils étaient au nombre de sept, chacun souffrant d’une infirmité différente. An-Naqqâch a même mentionné leurs noms. Parmi ceux qui travaillaient, l’un était lépreux, le second borgne, le troisième boiteux, le quatrième hydrocèle, le cinquième fiévreux chronique – la fièvre ne le quittait jamais – et il était le plus jeune d’entre eux. Quant aux cinq qui étaient incapables de travailler, il s’agissait d’un aveugle, d’un sourd, d’un muet, d’un paralytique et d’un aliéné. Le bras de mer où ils naviguaient se trouvait entre la Perse et Byzance, ainsi que l’a rapporté Aṯ-Thaʿlabî.

Un groupe de lecteurs a récité : « li-masˈsâkîn », avec redoublement de la lettre sîn. Certains ont alors expliqué qu’il s’agissait là des matelots, le masˈsâk étant celui qui tient (à la corde) le pied du navire ; tous les membres de l’équipage pouvant remplir cette fonction, ils furent appelés masˈsâkîn.

Un autre avis veut que le mot désigne ici les tanneurs de cuirs (musûk, sing. mask).

La lecture la plus évidente demeure toutefois « masâkîn », sans redoublement, pluriel de miskîn ; le sens en serait que le navire appartenait à des gens faibles, dignes de pitié. Allah est plus savant.

Parole du Très-Haut :

« J’ai voulu la rendre défectueuse. »

C’est-à-dire : l’affubler d’un défaut. On dit : « ʿibtu š-šayʾ faʿâba » quand une chose est devenue défectueuse ; on parle alors d’un objet « maʿīb » ou « ʿâʾib ».

Et Sa Parole :

« Et il y avait derrière eux un roi qui s’emparait de tout navire par force. »

ʿAbdullâh ibn ʿAbbâs et Ibn Ǧubayr ont lu : « (kulla safînat-in) ṣaḥîḥatin » (tout navire intact). Ibn ʿAbbâs et ʿUṯmân ibn ʿAffân ont également lu : « ṣâliḥatin » (en bon état).

Le mot « warâʾ » a, à l’origine, le sens de « derrière ». Certains exégètes ont donc estimé que le roi se trouvait réellement à l’arrière et qu’ils devaient, en revenant, passer devant lui. Toutefois, la majorité des commentateurs tiennent ici « warâʾ » pour signifier « devant », ce que vient appuyer la lecture d’Ibn ʿAbbâs et d’Ibn Ǧubayr : « Et il y avait devant eux un roi qui s’emparait de tout navire intact par usurpation. »

Ibn ʿAṭiyya dit : « Pour moi, le terme ‘warâʾahum’ garde son sens premier de ‘derrière’, et cela…»

قَوْلُهُ تَعَالَى: (أَمَّا السَّفِينَةُ فَكانَتْ لِمَساكِينَ يَعْمَلُونَ فِي الْبَحْرِ) اسْتَدَلَّ بِهَذَا مَنْ قَالَ: إِنَّ الْمِسْكِينَ أَحْسَنُ حَالًا مِنَ الْفَقِيرِ، وَقَدْ مَضَى هذا المعنى مستوفي في سورة " براءة" «١» . وقد وقيل: إِنَّهُمْ كَانُوا تُجَّارًا وَلَكِنْ مِنْ حَيْثُ هُمْ مسافرون على قلت «٢» فِي لُجَّةِ بَحْرٍ، وَبِحَالِ ضَعْفٍ عَنْ مُدَافَعَةِ خَطْبٍ عَبَّرَ عَنْهُمْ بِمَسَاكِينَ، إِذْ هُمْ فِي حَالَةٍ يُشْفَقُ عَلَيْهِمْ بِسَبَبِهَا، وَهَذَا كَمَا تَقُولُ لِرَجُلٍ غَنِيٍّ وَقَعَ فِي وَهْلَةٍ أَوْ خَطْبٍ: مِسْكِينٌ. وَقَالَ كَعْبٌ وَغَيْرُهُ: كَانَتْ لِعَشَرَةِ إِخْوَةٍ مِنَ الْمَسَاكِينِ وَرِثُوهَا مِنْ أَبِيهِمْ خَمْسَةٌ زَمْنَى، وَخَمْسَةٌ يَعْمَلُونَ فِي الْبَحْرِ. وَقِيلَ: كَانُوا سَبْعَةً لِكُلِ وَاحِدٍ مِنْهُمْ زَمَانَةٌ لَيْسَتْ بِالْآخَرِ. وَقَدْ ذَكَرَ النَّقَّاشُ أَسْمَاءَهُمْ، فَأَمَّا الْعُمَّالُ مِنْهُمْ فَأَحَدُهُمْ كَانَ مَجْذُومًا، وَالثَّانِي أَعْوَرَ، وَالثَّالِثُ أَعْرَجَ، وَالرَّابِعُ آدَرَ، وَالْخَامِسُ مَحْمُومًا لَا تَنْقَطِعُ عَنْهُ الْحُمَّى الدَّهْرَ كُلَّهُ وَهُوَ أَصْغَرُهُمْ، وَالْخَمْسَةُ الَّذِينَ لَا يُطِيقُونَ الْعَمَلَ: أَعْمَى وَأَصَمُّ وَأَخْرَسُ وَمُقْعَدٌ وَمَجْنُونٌ، وَكَانَ الْبَحْرُ الَّذِي يَعْمَلُونَ فِيهِ مَا بَيْنَ فَارِسَ وَالرُّومِ، ذَكَرَهُ الثَّعْلَبِيُّ. وَقَرَأَتْ فِرْقَةٌ: " لِمَسَّاكِينَ" بِتَشْدِيدِ السِّينِ، وَاخْتُلِفَ فِي ذَلِكَ فَقِيلَ: هُمْ مَلَّاحُو السَّفِينَةِ، وَذَلِكَ أَنَّ الْمَسَّاكَ هُوَ الَّذِي يَمْسِكُ رِجْلَ السَّفِينَةِ، وَكُلُّ الْخَدَمَةِ تَصْلُحُ لِإِمْسَاكِهِ فَسُمِّيَ الْجَمِيعُ مَسَّاكِينَ. وَقَالَتْ فِرْقَةٌ: أَرَادَ بِالْمَسَّاكِينِ دَبَغَةَ الْمُسُوكِ وَهِيَ الْجُلُودُ وَاحِدُهَا مَسْكٌ. وَالْأَظْهَرُ قِرَاءَةُ: " مَسَاكِينَ" بِالتَّخْفِيفِ جَمْعُ مِسْكِينٍ، وَأَنَّ مَعْنَاهَا: إِنَّ السَّفِينَةَ لِقَوْمٍ ضُعَفَاءَ يَنْبَغِي أَنْ يُشْفَقَ عَلَيْهِمْ. وَاللَّهُ أَعْلَمُ. قَوْلُهُ تَعَالَى: (فَأَرَدْتُ أَنْ أَعِيبَها) أَيْ أَجْعَلَهَا ذَاتَ عَيْبٍ، يُقَالُ: عِبْتُ الشَّيْءَ فَعَابَ إِذَا صَارَ ذَا عَيْبٍ، فَهُوَ مَعِيبٌ وَعَائِبٌ. وَقَوْلُهُ: (وَكَانَ وَرَاءَهُمْ مَلِكٌ يَأْخُذُ كُلَّ سَفِينَةٍ غَصْبًا) قَرَأَ ابْنُ عَبَّاسٍ وَابْنُ جُبَيْرٍ: (صَحِيحَةٍ) وَقَرَأَ أَيْضًا ابْنُ عَبَّاسٍ وَعُثْمَانُ بْنُ عَفَّانَ (صَالِحَةٍ) . وَ (وَرَاءَ) أَصْلُهَا بِمَعْنَى خَلْفَ، فَقَالَ بَعْضُ الْمُفَسِّرِينَ: إِنَّهُ كَانَ خَلْفَهُ وَكَانَ رُجُوعُهُمْ عَلَيْهِ. وَالْأَكْثَرُ عَلَى أَنَّ مَعْنَى (وَرَاءَ) هُنَا أَمَامَ، يُعَضِّدُهُ قِرَاءَةُ ابْنِ عَبَّاسٍ وَابْنِ جُبَيْرٍ " وَكَانَ أَمَامَهُمْ مَلِكٌ يَأْخُذُ كُلَّ سَفِينَةٍ صَحِيحَةٍ غَصْبًا" . قَالَ ابْنُ عَطِيَّةَ: " وَرَاءَهُمْ" هو عندي على بابه، وذلك
(١). راجع ج ٨ ص ١٦٨ فما بعد. (٢). من ج وك وى: أي على شرف هلاك أو خوف. في ط الاولى قلة وليست بصواب.

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