Si une telle chose avait été admissible, il aurait également été admissible que le Prophète ne sache pas qu’il est Prophète et allié d’Allah, sous prétexte qu’il pourrait s’agir d’un stratagème de séduction (istidrâj). Or, puisque cela est impossible – car cela reviendrait à invalider les miracles – il en est de même ici, parce que cela mènerait à l’annulation des prodiges (karâmât).
Quant aux récits rapportant l’apparition de prodiges entre les mains de Balʿam puis son reniement de la religion, conformément à la parole du Très-Haut : « Il s’en détacha » (Al-Aʿrâf : 175), le verset n’indique nullement qu’il était d’abord un saint (walî) puis qu’il aurait perdu cette dignité. De plus, tout ce qui a été transmis sur la survenue de faits assimilables à des prodiges de sa part relève de traditions isolées (akhbâr âhâd) qui n’engendrent pas la certitude. Allah est plus savant.
La différence entre le miracle (muʿjiza) et le prodige (karâma) est la suivante : la karâma doit, par condition, demeurer voilée, tandis que la muʿjiza doit, par condition, être manifeste. Il a aussi été dit : la karâma est ce qui apparaît sans revendication préalable, alors que la muʿjiza se manifeste lorsque les Prophètes revendiquent leur mission et qu’on leur demande une preuve; c’est alors que son effet devient visible. Les conditions de la muʿjiza ont déjà été exposées dans l’introduction de cet ouvrage. Louange à Allah, l’Unique, sans associé.
S’agissant maintenant des hadiths établissant l’authenticité des karâmât, citons, entre autres, celui qu’Al-Bukhârî rapporte d’après Abû Hurayra :
« Le Messager d’Allah – qu’Allah prie sur lui et le salue – dépêcha dix hommes en mission de reconnaissance et désigna à leur tête ʿÂṣim ibn Thâbit al-Anṣârî, aïeul de ʿÂṣim ibn ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb – qu’Allah l’agrée. Ils partirent, et lorsqu’ils atteignirent Al-Hadâ’a, entre ʿUsfân et La Mecque, ils furent signalés à un clan de Hudhayl appelé Banû Liḥyân. Ceux-ci se lancèrent à leur poursuite, près de deux cents fantassins, tous archers. Ils suivirent leurs traces jusqu’à trouver des noyaux de dattes qu’ils avaient emportées de Médine. Ils dirent : “Voilà des dattes de Yathrib !”, puis continuèrent à suivre leurs traces.
Quand ʿÂṣim et ses compagnons les virent, ils se retranchèrent sur une élévation rocheuse que la troupe encercla. On leur dit : “Descendez, remettez-vous entre nos mains ; nous vous donnons garantie et pacte de ne tuer aucun de vous.” ʿÂṣim ibn Thâbit, chef du détachement, répondit : “Par Allah, je ne descendrai pas aujourd’hui sous la protection d’un mécréant. Ô Allah, informe Ton Prophète de notre sort !” Les assaillants décochèrent alors leurs flèches et tuèrent ʿÂṣim ainsi que six autres hommes.
Trois d’entre eux descendirent sur la base du pacte : Khubayb al-Anṣârî, Ibn ad-Dathina et un troisième homme. Une fois pris, leurs ennemis relâchèrent les cordes de leurs arcs et les ligotèrent solidement. Le troisième déclara : “C’est là le premier acte de perfidie ! Par Allah, je ne vous accompagnerai pas ; j’ai, dans le sort de ceux-là (les tués), un exemple à suivre.” Ils le malmenèrent pour le contraindre à les suivre, mais il refusa, et ils le tuèrent.
Ils conduisirent alors Khubayb et Ibn ad-Dathina jusqu’à La Mecque, après la bataille de Badr, et les vendirent. Les fils de Al-Ḥârith ibn ʿÂmir ibn Nawfal ibn ʿAbd Manâf achetèrent Khubayb, lui-même étant celui qui avait tué Al-Ḥârith ibn