Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Parole du Très-Haut :

« Moïse lui dit : Puis-je te suivre afin que tu m’enseignes de ce qu’il t’a été enseigné — une direction droite ? »

[Ce passage comporte deux questions ]

  1. Dans la parole du Très-Haut : « Moïse lui dit : Puis-je te suivre ? », il s’agit là d’une demande formulée avec douceur, adressée dans le but d’obtenir l’agrément de l’interlocuteur, et exprimée avec le plus grand raffinement dans la bienséance. Le sens est : « Cela te serait-il possible et ne te serait-il pas trop lourd ? » Il en est de même, dans le hadith, de la question : « Pourrais-tu me montrer comment l’Envoyé d’Allah — paix et bénédictions sur lui — faisait ses ablutions ? » Suivant certains commentaires, on trouve la même tournure dans la parole du Très-Haut : « Ton Seigneur peut-il faire descendre sur nous une table servie du ciel ? » (al-Mâʾidah, 112), comme cela a été expliqué dans la sourate al-Mâʾidah.

  2. Ce verset prouve que l’apprenant se place sous l’autorité du savant, quand bien même leurs degrés respectifs diffèrent. Il ne faut pas imaginer que le fait pour Moïse d’apprendre auprès d’al-Khadr implique que celui-ci lui fût supérieur ; il arrive qu’une connaissance échappe au meilleur et soit détenue par celui qui lui est inférieur. Le mérite appartient à qui Allah l’accorde. Si al-Khadr était un wali (serviteur pieux), Moïse lui demeure supérieur, car il est prophète ; et le prophète est plus éminent que le wali. Et s’il était prophète, Moïse le surpasse par le rang de la mission prophétique. Allah est plus savant. Quant au terme « rushdan » (une direction droite), il est le second complément d’objet du verbe « tuʿallimanī » (que tu m’enseignes).

Al-Khadr dit : « Tu ne pourras certes pas patienter en ma compagnie. » C’est-à-dire : Ô Moïse, tu ne seras pas capable de supporter ce que tu verras de ma science, car les apparences — qui constituent ton domaine de connaissance — ne t’y prédisposent pas. Comment pourrais-tu patienter devant ce qui te semblera être une erreur alors que l’on ne t’aura pas exposé la sagesse qui s’y cache ni la voie correcte ? Tel est le sens de Sa parole : « Et comment pourrais-tu patienter sur ce dont tu n’as pas une connaissance exhaustive ? » Les prophètes ne peuvent tolérer une chose réprouvée ; il ne leur est pas permis de s’en rendre complices par leur silence. Autrement dit, il ne t’est pas possible de rester muet, conformément à ta nature et à ta fonction. Le terme « khabran » (connaissance) est ici à l’accusatif en tant que tamyîz (complément explicatif) transféré du sujet.

D’autres disent qu’il s’agit d’un mafʿûl muṭlaq (complément absolu) correspondant au sens, car l’expression « lam tuḥiṭ » signifie « tu n’en as pas eu connaissance » ; c’est comme s’il disait : « Tu n’en as pas eu connaissance, une connaissance véritable. » C’est en ce sens que Mujâhid l’a compris. Le khabîr, quant à lui, est celui qui connaît les réalités cachées des choses et ce qui peut en être éprouvé.

Parole du Très-Haut : « [Moïse] dit : “Tu me trouveras, si Allah le veut, patient, et je n’irai jamais à l’encontre de ton ordre.” » Autrement dit : j’endurerai par la volonté d’Allah. « Et je ne te désobéirai en rien » signifie : je me suis astreint à t’obéir. Les exégètes ont divergé pour savoir si l’expression d’exception « in shâʾ-Allâh » s’étend également à « et je ne te désobéirai en rien », ou non. Certains estiment qu’elle s’y applique, à l’instar du verset : « les hommes et les femmes qui invoquent beaucoup Allah » (al-Aḥzâb, 35). D’autres soutiennent qu’il ne fit l’exception que pour la patience ; il patienta donc, mais n’ayant pas introduit l’exception dans « et je ne te désobéirai en rien », il en vint à formuler des objections.

قَوْلُهُ تَعَالَى: (قالَ لَهُ مُوسى هَلْ أَتَّبِعُكَ عَلى أَنْ تُعَلِّمَنِ مِمَّا عُلِّمْتَ رُشْداً) [فِيهِ مسألتان] : الاولى قَوْلُهُ تَعَالَى: " قالَ لَهُ مُوسى هَلْ أَتَّبِعُكَ" هَذَا سُؤَالُ الْمُلَاطِفِ، وَالْمُخَاطِبِ الْمُسْتَنْزِلِ «١» الْمُبَالِغِ فِي حُسْنِ الْأَدَبِ، الْمَعْنَى: هَلْ يَتَّفِقُ لَكَ وَيَخِفُّ عَلَيْكَ؟ وَهَذَا كَمَا فِي الْحَدِيثِ: هَلْ تَسْتَطِيعُ أَنْ تُرِيَنِي كَيْفَ كَانَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ يَتَوَضَّأُ؟ وَعَلَى بَعْضِ التَّأْوِيلَاتِ يجئ كَذَلِكَ قَوْلُهُ تَعَالَى: " هَلْ يَسْتَطِيعُ رَبُّكَ أَنْ يُنَزِّلَ عَلَيْنا مائِدَةً مِنَ السَّماءِ" [المائدة: ١١٢] حَسْبَ مَا تَقَدَّمَ بَيَانُهُ فِي " الْمَائِدَةِ" «٢» . الثَّانِيَةُ- فِي هَذِهِ الْآيَةِ دَلِيلٌ عَلَى أَنَّ الْمُتَعَلِّمَ تَبَعٌ لِلْعَالِمِ وَإِنْ تَفَاوَتَتِ الْمَرَاتِبُ، وَلَا يُظَنُّ أَنَّ فِي تَعَلُّمِ مُوسَى مِنَ الْخَضِرِ مَا يَدُلُّ عَلَى أَنَّ الْخَضِرَ كَانَ أَفْضَلَ مِنْهُ، فَقَدْ يَشِذُّ عَنِ الْفَاضِلِ مَا يَعْلَمُهُ الْمَفْضُولُ، وَالْفَضْلُ لِمَنْ فَضَّلَهُ اللَّهُ، فَالْخَضِرُ إِنْ كَانَ وَلِيًّا فَمُوسَى أَفْضَلُ مِنْهُ، لِأَنَّهُ نَبِيٌّ وَالنَّبِيُّ أَفْضَلُ مِنَ الْوَلِيِّ، وَإِنْ كَانَ نَبِيًّا فَمُوسَى فضله بالرسالة. والله أعلم. و " رُشْداً" مفعول ثان ب "- تُعَلِّمَنِ" . (قَالَ) الْخَضِرُ: (إِنَّكَ لَنْ تَسْتَطِيعَ مَعِيَ صَبْراً) أَيْ إِنَّكَ يَا مُوسَى لَا تُطِيقُ أَنْ تَصْبِرَ عَلَى مَا تَرَاهُ مِنْ عِلْمِي، لِأَنَّ الظَّوَاهِرَ الَّتِي هِيَ عِلْمُكَ لَا تُعْطِيهِ، وَكَيْفَ تَصْبِرُ عَلَى مَا تَرَاهُ خَطَأً وَلَمْ تُخْبَرْ بوجه الحكمة فيه، ولا طريق الصواب. وهي مَعْنَى قَوْلِهِ: (وَكَيْفَ تَصْبِرُ عَلى مَا لَمْ تُحِطْ بِهِ خُبْراً) وَالْأَنْبِيَاءُ لَا يُقِرُّونَ عَلَى منكر، لا يَجُوزُ لَهُمُ التَّقْرِيرُ. أَيْ لَا يَسَعُكَ السُّكُوتُ جَرْيًا عَلَى عَادَتِكَ وَحُكْمِكَ. وَانْتَصَبَ " خُبْراً" عَلَى التَّمْيِيزِ الْمَنْقُولُ عَنِ الْفَاعِلِ. وَقِيلَ: عَلَى الْمَصْدَرِ الْمُلَاقَى فِي الْمَعْنَى، لِأَنَّ قَوْلَهُ: " لَمْ تُحِطْ" . مَعْنَاهُ لَمْ تُخْبَرْهُ، فَكَأَنَّهُ قَالَ: لَمْ تَخْبُرْهُ خُبْرًا، وَإِلَيْهِ أَشَارَ مُجَاهِدٌ. وَالْخَبِيرُ بِالْأُمُورِ هُوَ الْعَالِمُ بِخَفَايَاهَا وَبِمَا يُخْتَبَرُ مِنْهَا. قَوْلُهُ تَعَالَى: (قالَ سَتَجِدُنِي إِنْ شاءَ اللَّهُ صابِراً) أَيْ سَأَصْبِرُ بِمَشِيئَةِ اللَّهِ. (وَلا أَعْصِي لَكَ أَمْراً) أَيْ قَدْ أَلْزَمْتُ نَفْسِي طَاعَتَكَ وَقَدِ اخْتُلِفَ فِي الِاسْتِثْنَاءِ، هَلْ هُوَ يَشْمَلُ قَوْلَهُ: " وَلا أَعْصِي لَكَ أَمْراً" أَمْ لَا؟ فَقِيلَ: يَشْمَلُهُ كقوله: " وَالذَّاكِرِينَ اللَّهَ كَثِيراً وَالذَّاكِراتِ" «٣» [الأحزاب: ٣٥] . وَقِيلَ: اسْتَثْنَى فِي الصَّبْرِ فَصَبَرَ، وَمَا اسْتَثْنَى فِي قَوْلِهِ: " وَلا أَعْصِي لَكَ أَمْراً" فَاعْتَرَضَ
(١). في ك: المشترك. (٢). راجع ج ٦ ص ٣٦٥. (٣). راجع ج ١٤ ص ١٨٥.

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