Au pied du rocher qui se dressait sur le rivage de la mer, son jeune serviteur déposa le panier. Le courant atteignit alors le poisson ; celui-ci s’agita dans le panier, le renversa et s’échappa. Le jeune homme oublia d’en relater l’aventure à Mûsâ ( عليه السلام ).
On a dit : le poisson n’avait pour fonction que d’indiquer l’endroit où se trouvait al-Khadr, conformément à la parole rapportée dans le ḥadith : « Emporte avec toi un poisson dans un panier ; là où tu le perdras, c’est là qu’il (al-Khadr) se trouve. » Sur cette base, Mûsâ et son serviteur avaient donc pris d’autres provisions que le seul poisson ; c’est l’interprétation que mentionna et retint notre shaykh, l’imâm Abû al-‘Abbâs.
Ibn ‘Aṭiyya rapporte de son père – qu’Allâh l’agrée – qu’il entendit Abû al-Faḍl al-Jawharî dire dans l’un de ses prêches : « Lorsque Mûsâ se rendit au lieu de la conversation intime (avec son Seigneur), il demeura quarante jours sans ressentir le besoin de se nourrir ; mais lorsqu’il marcha vers un être humain, la faim l’atteignit au bout d’une partie seulement de la journée. »
Quant à l’expression « naṣaban », elle signifie « fatigue », le terme désignant l’effort et la peine. D’autres y voient ici l’allusion à la faim. Cet épisode prouve qu’il est licite d’informer autrui de la douleur ou de la maladie que l’on éprouve ; cela ne porte nullement atteinte au contentement ni à la soumission au décret divin, pourvu que ces propos ne procèdent ni de l’impatience ni de la réprobation.
Concernant la parole : « Et seul le Diable m’a fait oublier de (te) le rappeler », la particule « an » introduisant le verbe est prise au sens de l’infinitif ; elle est à l’accusatif en tant que badal ishtimâl du pronom contenu dans « ansâniy-hu », c’est-à-dire un substitut explicite du pronom implicite : « Rien ne m’a fait oublier de le mentionner, si ce n’est Satan. » Dans le muṣḥaf d’Abd Allâh, on lit : « Rien ne m’a fait l’oublier — que je le mentionne — si ce n’est Satan. »
Yûsha‘ formula ces mots pour s’excuser, car Mûsâ lui avait dit : « Je ne te charge que de m’informer de l’endroit où le poisson te quittera. » Il répondit : « Tu ne m’as pas imposé grande chose », puis s’excusa par cette parole.
La parole du Très-Haut : « Et il suivit sa voie dans la mer d’une manière étonnante » peut être entendue comme une parole de Yûsha‘ à Mûsâ : le poisson aurait donc « suivi sa voie d’une façon qui émerveille les gens ». Elle peut aussi signifier que la phrase « Et il suivit sa voie dans la mer » constitue l’achèvement de l’énoncé, auquel succède, de la part du narrateur, l’exclamation « étonnante ! », marquant l’émerveillement devant cette affaire. Le prodige réside en ceci : un poisson mort, dont le flanc gauche avait été mangé, reprit vie par la suite.
Abû Shujâ‘, dans le livre d’aṭ-Ṭabarî, rapporte : « Je l’ai vu — on me l’apporta — et c’était la moitié d’un poisson avec un seul œil ; l’autre moitié ne contenait rien. » Ibn ‘Aṭiyya ajoute : « Je l’ai vu également ; le flanc vide était recouvert d’une mince pellicule sous laquelle ne se trouvait aucune arête. »
Il se peut encore que la parole : « Et il suivit sa voie » soit une information émanant d’Allâh — qu’Il soit exalté — et cela de deux manières : ou bien Il informe que Mûsâ considéra le trajet du poisson dans la mer comme un fait extraordinaire et s’en étonna ; ou bien Il informe