Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Son jeune compagnon déclara : « Je ne vais pas le réveiller. » Lorsqu’il s’éveilla, il oublia de l’informer (de ce qui s’était passé). Le poisson se débattit jusqu’à rejoindre la mer, et Allâh retint pour lui le cours de l’eau, si bien que sa trace semblait gravée dans la pierre. ʿAmrô (1) me dit : « C’est ainsi : comme si sa trace était dans la pierre », tout en joignant l’extrémité de ses deux pouces et des deux doigts qui les suivent. – Dans une autre version : Allâh immobilisa, pour le poisson, le flux de l’eau, de sorte qu’il (lui ouvrit) une sorte d’arche (2).

Lorsque Mûsâ se réveilla, son compagnon oublia de l’informer au sujet du poisson. Ils poursuivirent donc le reste de leur journée et de leur nuit.

Le lendemain, Mûsâ dit à son serviteur : « Apporte-nous notre déjeuner, car nous avons éprouvé de la fatigue dans ce voyage. » Mûsâ ne ressentit cette lassitude qu’après avoir dépassé l’endroit que Dieu lui avait indiqué.

Son serviteur lui répondit : « Vois-tu ! Lorsque nous nous sommes réfugiés près du rocher, j’ai oublié le poisson ; seul le Diable m’a fait oublier de te le rappeler. »

On a dit que l’oubli provenait d’eux deux, conformément à la parole du Très-Haut : « Ils oublièrent ». L’oubli est ainsi attribué à tous deux, car l’initiative de porter le poisson venait de Mûsâ – c’est lui qui en avait reçu l’ordre – puis, en cours de route, son serviteur le porta jusqu’à ce qu’ils parviennent au rocher et s’y arrêtent. « Lorsqu’ils eurent dépassé (l’endroit) », c’est-à-dire en laissant le poisson là, oublié – autrement dit abandonné –, Mûsâ, en demandant le repas, amena son serviteur à attribuer l’oubli à sa propre personne dans la conversation. Allâh, pour Sa part, mentionna leur oubli commun lorsqu’ils atteignirent le confluent des deux mers, à savoir le rocher ; Mûsâ y fut associé parce que l’oubli signifie aussi le retard. Ainsi dit-on dans les invocations : « Qu’Allâh prolonge (ansa’a) ta vie. » Quand ils s’éloignèrent du rocher, ils négligèrent de reprendre leur poisson ; aucun des deux ne le chargea, d’où la possibilité d’attribuer l’oubli à tous deux puisqu’ils partirent en laissant le poisson derrière eux.

Parole du Très-Haut : « Apporte-nous notre déjeuner. » Cette expression comporte une seule question juridique : la légitimité de prendre des provisions en voyage. Elle constitue une réfutation à l’égard de certains soufis ignorants et inexpérimentés, qui s’aventurent dans les déserts et les lieux arides en prétendant que cela relève du tawakkul (la confiance totale) en Allâh, l’Unique, le Dominateur. Voici pourtant Mûsâ, Prophète d’Allâh et Son interlocuteur privilégié parmi les habitants de la terre : il prit des provisions tout en connaissant parfaitement son Seigneur et en plaçant sa confiance en le Maître des serviteurs.

Dans le Ṣaḥîḥ d’al-Bukhârî, il est rapporté que des gens du Yémen se rendaient au pèlerinage sans emporter de provisions et disaient : « Nous sommes ceux qui se confient (à Allâh). » Une fois arrivés, ils sollicitaient les autres. Allâh révéla alors : « Munissez-vous de provisions », verset déjà commenté dans Sûrat al-Baqarah (3).

On a divergé quant à la nature de la provision de Mûsâ. Ibn ʿAbbâs dit : « C’était un poisson salé, placé dans une corbeille, dont ils se nourrissaient pour le déjeuner et le dîner. Lorsqu’ils arrivèrent à… »

فَقَالَ فَتَاهُ: لَا أُوقِظُهُ، حَتَّى إِذَا اسْتَيْقَظَ نَسِيَ أَنْ يُخْبِرَهُ، وَتَضَرَّبَ الْحُوتُ حَتَّى دَخَلَ الْبَحْرَ، فَأَمْسَكَ اللَّهُ عَنْهُ جِرْيَةَ الْبَحْرِ حَتَّى كَأَنَّ أَثَرَهُ فِي حَجَرٍ، قَالَ لِي عَمْرٌو «١» : هَكَذَا كَأَنَّ أَثَرَهُ فِي حَجَرٍ وَحَلَّقَ بَيْنَ إِبْهَامَيْهِ وَاللَّتَيْنِ تَلِيَانِهِمَا (. وَفِي رِوَايَةٍ. وَأَمْسَكَ اللَّهُ عن الحوت جرية الماء فصار [عليه «٢» ] مِثْلَ الطَّاقِ «٣» ، فَلَمَّا اسْتَيْقَظَ نَسِيَ صَاحِبُهُ أَنْ يُخْبِرَهُ بِالْحُوتِ فَانْطَلَقَا بَقِيَّةَ يَوْمِهِمَا وَلَيْلَتِهِمَا، حَتَّى إِذَا كَانَ مِنَ الْغَدِ قَالَ مُوسَى لِفَتَاهُ: " آتِنا غَداءَنا لَقَدْ لَقِينا مِنْ سَفَرِنا هَذَا نَصَباً" وَلَمْ يَجِدْ مُوسَى النَّصَبَ حَتَّى جَاوَزَ الْمَكَانَ الَّذِي أَمَرَ اللَّهُ بِهِ، فَقَالَ لَهُ فَتَاهُ: " أَرَأَيْتَ إِذْ أَوَيْنا إِلَى الصَّخْرَةِ فَإِنِّي نَسِيتُ الْحُوتَ وَما أَنْسانِيهُ إِلَّا الشَّيْطانُ أَنْ أَذْكُرَهُ" (. وَقِيلَ: إِنَّ النِّسْيَانَ كَانَ مِنْهُمَا لِقَوْلِهِ تَعَالَى: " نَسِيا" فَنَسَبَ النِّسْيَانَ إِلَيْهِمَا، وَذَلِكَ أَنَّ بُدُوَّ حَمْلِ الْحُوتِ كَانَ مِنْ مُوسَى لِأَنَّهُ الَّذِي أُمِرَ بِهِ، فَلَمَّا مَضَيَا كَانَ فَتَاهُ هو الْحَامِلَ لَهُ حَتَّى أَوَيَا إِلَى الصَّخْرَةِ نَزَلَا (فَلَمَّا جاوَزا) يَعْنِي الْحُوتَ هُنَاكَ مَنْسِيًّا- أَيْ مَتْرُوكًا- فَلَمَّا سَأَلَ مُوسَى الْغَدَاءَ نَسَبَ الْفَتَى النِّسْيَانَ إِلَى نَفْسِهِ عِنْدَ الْمُخَاطَبَةِ، وَإِنَّمَا ذَكَرَ اللَّهُ نِسْيَانَهُمَا عِنْدَ بُلُوغِ مَجْمَعِ الْبَحْرَيْنِ وَهُوَ الصَّخْرَةُ، فَقَدْ كَانَ مُوسَى شَرِيكًا فِي النِّسْيَانِ لِأَنَّ النِّسْيَانَ التَّأْخِيرَ، مِنْ ذَلِكَ قَوْلُهُمْ فِي الدُّعَاءِ: أَنْسَأَ اللَّهُ فِي أَجَلِكَ. فَلَمَّا مَضَيَا مِنَ الصَّخْرَةِ أَخَّرَا حُوتَهُمَا عَنْ حَمْلِهِ فَلَمْ يَحْمِلْهُ وَاحِدٌ مِنْهُمَا فَجَازَ أَنْ يُنْسَبَ إِلَيْهِمَا لِأَنَّهُمَا مَضَيَا وَتَرَكَا الْحُوتَ. قَوْلُهُ تَعَالَى: (آتِنا غَداءَنا) فِيهِ مَسْأَلَةٌ وَاحِدَةٌ، وَهُوَ اتِّخَاذُ الزَّادِ فِي الْأَسْفَارِ، وَهُوَ رَدٌّ عَلَى الصُّوفِيَّةِ الْجَهَلَةِ الْأَغْمَارِ «٤» ، الَّذِينَ يَقْتَحِمُونَ الْمَهَامَّةَ وَالْقِفَارَ، زَعْمًا مِنْهُمْ أَنَّ ذَلِكَ هُوَ التَّوَكُّلُ عَلَى اللَّهِ الْوَاحِدِ الْقَهَّارِ، هَذَا مُوسَى نَبِيُّ اللَّهِ وَكَلِيمُهُ مِنْ أَهْلِ الْأَرْضِ قَدِ اتَّخَذَ الزَّادَ مَعَ مَعْرِفَتِهِ بِرَبِّهِ، وَتَوَكُّلِهِ عَلَى رَبِّ الْعِبَادِ. وَفِي صَحِيحِ الْبُخَارِيِّ: إِنَّ نَاسًا مِنْ أَهْلِ الْيَمَنِ كَانُوا يَحُجُّونَ وَلَا يَتَزَوَّدُونَ، وَيَقُولُونَ: نَحْنُ الْمُتَوَكِّلُونَ، فَإِذَا قَدِمُوا سَأَلُوا النَّاسَ، فَأَنْزَلَ اللَّهُ تَعَالَى " وَتَزَوَّدُوا" وَقَدْ مَضَى هَذَا فِي " الْبَقَرَةِ" «٥» . وَاخْتُلِفَ فِي زاد موسى ما كان، فَقَالَ ابْنُ عَبَّاسٍ: كَانَ حُوتًا مَمْلُوحًا فِي زِنْبِيلٍ، وَكَانَا يُصِيبَانِ مِنْهُ غَدَاءً وَعَشَاءً، فَلَمَّا انتهيا إلى
(١). أي قال ابن جريج قال لي عمرو ... إلخ. (٢). من ج وك وى. (٣). الطاق: عقد البناء. (٤). الأغمار جمع غمر (بالضم): وهو الجاهل الغر الذي لم يجرب الأمور. (٥). راجع ج ٢ ص ٤١١ فما بعد.

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