Deuxième point – On tire de ce passage, sur le plan du fiqh, que le savant est en droit d’entreprendre un voyage pour accroître sa science, en s’appuyant pour cela sur un serviteur et un compagnon, et en saisissant l’occasion de rencontrer les vertueux et les savants, même si leurs contrées sont lointaines. Tel fut l’usage constant des pieux prédécesseurs ; c’est grâce à cela que les voyageurs atteignirent la part la plus profitable et réalisèrent un effort couronné de succès : leurs pas se sont affermis dans les sciences et ils ont obtenu, en matière de renommée, de récompense et de mérite, la meilleure des parts.
Al-Bukhârî rapporte : « Jâbir ibn ʿAbdillâh parcourut la distance d’un mois pour se rendre auprès de ʿAbdullâh ibn Unays au sujet d’un hadith. »
Troisième point – À propos de la parole du Très-Haut : « Et lorsque Moïse dit à son jeune serviteur… » (18 : 60), les savants ont émis trois avis.
- Il s’agissait de celui qui l’accompagnait pour le servir. Dans la langue arabe, le terme fatâ désigne le jeune homme ; or, les domestiques étant le plus souvent de jeunes gens, on appelle le serviteur « fatâ » par courtoisie. La Charia y encourage, selon la parole du Prophète – paix et bénédictions d’Allâh sur lui : « Qu’aucun de vous ne dise : “mon esclave” ou “mon esclave-femme”, mais qu’il dise : “mon garçon” et “ma fille (servante)”. » C’est une exhortation à l’humilité, comme on l’a vu dans (la sourate) Yûsuf. Dans le verset, le « jeune serviteur » est donc le domestique ; il s’agit de Yûshaʿ ibn Nûn ibn Ifrâthîm, fils de Yûsuf – que la paix soit sur lui.
On dit aussi : c’était le neveu de Moïse – paix sur lui.
Il est également dit qu’on l’a appelé « le jeune homme de Moïse » parce qu’il s’attacha à lui pour apprendre, bien qu’il fût libre ; c’est le même sens que le premier. - D’autres disent qu’on l’a ainsi nommé parce qu’il assuma la fonction de fatâ, à savoir celle d’esclave. Le Très-Haut dit : « Il dit à ses garçons : “Placez leurs marchandises dans leurs sacs.” » et Il dit : « Elle voulait son garçon pour elle. » Ibn al-ʿArabî affirme : l’apparence du Coran implique qu’il était esclave, tandis que le hadith mentionne qu’il s’agissait de Yûshaʿ ibn Nûn ; certains commentaires disent qu’il était le fils de la sœur de Moïse. Tout cela n’est pas tranché, et suspendre son jugement à ce sujet est plus sûr.
Quatrième point – À propos de la parole du Très-Haut : « … ou que je poursuive mon chemin pendant des siècles. » (18 : 60)
ʿAbdullâh ibn ʿUmar a dit : « Le huqb correspond à quatre-vingts ans. »
Mujâhid : « Soixante-dix automnes. »
Qatâdah : « Une longue période de temps. »
An-Nahhâs : Les spécialistes de la langue savent que le huqb (ou hiqbah) désigne une durée indéterminée de l’époque, non limitée, tout comme les mots rahṭ (groupe) ou qawm (peuple) qui sont également indéfinis ; son pluriel est ahqâb.