Son estimation grammaticale est la suivante : « لكنَّ اللهَ هو ربِّي أنا » – mais la hamza de « أنا » a été supprimée pour alléger la prononciation, en raison de la fréquence d’usage ; l’une des deux nûn a été assimilée à l’autre, et l’alif de « أنا » a été élidée en situation de liaison et rétablie à l’arrêt.
An-Naḥḥās dit : Selon la méthode d’al-Kisāʾī, d’al-Farrāʾ et d’al-Māzinī, la forme originelle est « لكِنَّ أنا » ; la voyelle de la hamza a été transposée sur la nûn de « لكِنَّ », puis la hamza supprimée et la nûn assimilée à la nûn suivante ; on s’arrête donc sur « لكنّا », l’alif représentant alors l’alif de « أنا » afin d’expliciter la voyelle.
Abū ʿUbaydah dit : L’original est « لكِنَّ أنا », l’alif a été retranché, les deux nûn se sont rencontrées et le redoublement est intervenu pour cette raison.
Al-Kisāʾī nous a récité ces vers :
لَهِنَّكِ مِنْ عَبْسِيَّةٍ لَوَسِيمَةٌ … عَلَى هَنَوَاتٍ كَاذِبٌ مَنْ يَقُولُهَا
Il voulait dire : « لِلَّهِ إنَّكِ لوَسِيمَةٌ » ; il a donc supprimé l’une des deux lām de « لِلَّهِ » et l’alif de « إنَّكِ ».
Un autre poète a repris la tournure originelle :
وَتَرْمِينَنِي بالطَّرْفِ أيْ أَنْتَ مُذْنِبُ … وَتَقْلِينَنِي لكِنَّ إِيَّاكَ لا أَقْلِي
c’est-à-dire : « لكنَّ أنا ».
Abū Ḥātim rapporte qu’on a transmis de ʿĀṣim : « لكِنَّا هو اللهُ ربِّي », et il prétend qu’il s’agit là d’une faute, c’est-à-dire le maintien de l’alif dans la récitation continue.
Az-Zajjāj dit : Maintenir l’alif dans « لكِنَّا هو اللهُ ربِّي » lors de la liaison est correct, car l’alif de « أنا » ayant été supprimée, on l’a fait revenir comme substitut.
Il ajoute : Dans la lecture d’Ubayy, on trouve « لكنَّ أنا هو اللهُ ربِّي ».
Ibn ʿĀmir, al-Masīlī d’après Nāfiʿ, ainsi que Ruways d’après Yaʿqūb, lisent « لكِنَّا » en maintenant l’alif aussi bien à l’arrêt qu’en liaison.
Le poète a dit :
أَنا سَيْفُ العَشيرَةِ فَاعْرِفُونِي … حُمَيْدًا قَدْ تَذَرَّيْتُ السَّنامَا
Et al-Aʿshā :
فَكَيْفَ أَنا وانْتِحالَ القَوافِي … بَعْدَ المَشِيبِ كَفَى ذاكَ عارًا
Il n’existe aucune divergence concernant le rétablissement de l’alif à l’arrêt.
« هو اللهُ ربِّي » : « هو » est ici le pronom de la situation, de l’affaire ou du propos, comme dans la Parole du Très-Haut : « فإذا هي شاخصةٌ أبصارُ الذين كفروا » et Sa parole : « قُلْ هو اللهُ أحدٌ ».
« Et je n’associe à mon Seigneur personne ».