Parole du Très-Haut :
« Et propose-leur l’exemple de deux hommes. »
Cet exemple illustre celui qui tire sa fierté de la vie d’ici-bas et dédaigne de s’asseoir en compagnie des croyants ; il se rattache directement à la parole divine : « Fais preuve de patience en restant avec ceux qui invoquent leur Seigneur… »
Les savants ont divergé au sujet de l’identité et du nom de ces deux hommes.
Al-Kalbî rapporte qu’il s’agit de deux frères mecquois appartenant au clan des Banû Makhzûm : l’un croyant, Abû Salama ‘Abd Allâh b. ‘Abd al-Asad b. Hilâl b. ‘Abd Allâh b. ‘Umar b. Makhzûm – époux d’Umm Salama avant le Prophète ﷺ –, l’autre mécréant, al-Aswad b. ‘Abd al-Asad. Ce sont ces deux frères évoqués dans la sourate « as-Sâffât » dans la parole : « Un des interlocuteurs dira : “J’avais un compagnon…” » Chacun hérita de quatre mille dinars ; l’un dépensa sa part dans la voie d’Allâh puis sollicita quelque chose de son frère qui lui répondit ce qu’on sait… C’est le récit rapporté par ath-Tha‘labî et al-Qushayrî.
Selon une autre opinion, le verset concerne le Prophète ﷺ et les gens de La Mecque.
D’autres estiment qu’il s’agit d’une parabole générale englobant tous les croyants et tous les mécréants.
On a encore dit qu’il vise ‘Uyayna b. Hisn et ses compagnons, face à Salmân, Suhayb et leurs compagnons ; Allâh les a comparés à deux frères des Banû Isrâ’îl, dont l’un, croyant, se nommait Yahudâ – d’après Ibn ‘Abbâs –, alors que Muqâtil le nomme Tamlîkhâ. Quant au mécréant, il se nommait Qartûsh. Ce sont eux que Le Très-Haut décrit également dans la sourate « as-Sâffât ».
De même, Muḥammad b. al-Ḥasan al-Muqrî rapporte que le vertueux s’appelait Tamlîkhâ et l’autre Qartûsh ; ils étaient associés, puis se partagèrent leurs biens, si bien que chacun reçut trois mille dinars : le croyant acheta pour mille dinars des esclaves qu’il affranchit, pour le deuxième millier des vêtements dont il vêtit les pauvres, et pour le troisième de la nourriture qu’il distribua aux affamés ; il construisit également des mosquées et accomplit toute œuvre de bien. Le second, en revanche, consacra son avoir à épouser des femmes aisées, acheta montures et bovins qu’il fit proliférer, commerça avec le reste et amassa un profit tel qu’il surpassa les riches de son époque.
Bientôt, la nécessité accabla le premier ; il songea à se louer comme serviteur dans l’une des vergers de son ancien associé et se dit : « Si je me rendais chez mon compagnon pour lui demander de m’employer dans quelque-une de ses plantations, peut-être cela m’aiderait-il. » Il s’y rendit, mais peina à l’atteindre tant les portiers étaient rudes. Lorsqu’il fut enfin admis et qu’il lui exposa son besoin, celui-ci lui dit : « Ne t’ai-je pas partagé les biens moitié-moitié ? Qu’as-tu donc fait de ta fortune ? » Il répondit : « Je l’ai échangée auprès d’Allâh contre ce qui est meilleur et plus durable. » – « Où es-tu donc ?»