Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Troisièmement : Le fait qu’ils aient missionné l’un d’eux avec l’argent d’argent (al-waraq) constitue une preuve de la procuration (wakâlah) et de sa validité. ʿAlî b. Abî Tâlib – qu’Allah l’agrée – donna procuration à son frère ʿAqîl auprès de ʿUthmân – qu’Allah l’agrée – et il n’existe, dans l’ensemble, aucune divergence sur la licéité de la procuration. Celle-ci était déjà connue à l’époque de la Jâhiliyyah comme en Islâm ; ne vois-tu pas comment ʿAbd al-Raḥmân b. ʿAwf donna procuration à Umayyah b. Khalaf pour veiller sur sa famille et ses proches à La Mecque – c’est-à-dire pour les protéger – alors même qu’Umayyah était polythéiste ; en contrepartie, ʿAbd al-Raḥmân s’engagea à préserver les proches d’Umayyah à Médine, par rétribution de son geste.

Al-Bukhârî rapporte, d’après ʿAbd al-Raḥmân b. ʿAwf : « J’établis un écrit avec Umayyah b. Khalaf stipulant qu’il assurerait la protection de ma “ṣâghiyah” à La Mecque et que, de mon côté, je protégerais la sienne à Médine. Lorsque je mentionnai (dans le document) “ar-Raḥmân”, il dit : “Je ne connais pas ar-Raḥmân ; rédige-le sous ton nom d’avant l’Islâm.” Je rédigeai donc : ʿAbd ʿAmr… » – et il rapporta l’ensemble du ḥadith.

Al-Aṣmaʿî explique : « La ṣâghiyah d’un homme désigne ceux qui se tournent vers lui et viennent à lui. Le terme provient du verbe “ṣaghâ, yaṣghû, yaṣghâ” qui signifie “incliner”. Toute personne qui penche vers quelque chose ou reste avec lui “a ṣaghâ” ou “a aṣghâ”, selon le Kitâb al-Afʿâl. »

Quatrièmement : La procuration est un contrat de représentation qu’Allah, exalté soit-Il, a permis en raison du besoin qu’en ont les gens et de l’intérêt qu’elle comporte ; en effet, tout un chacun n’est pas toujours capable de gérer personnellement ses affaires sans l’aide d’autrui, ou souhaite se délester de certaines tâches et mandate alors celui qui le soulagera. Nos savants ont fondé la validité de la procuration sur plusieurs versets, parmi lesquels celui-ci, ainsi que la parole du Très-Haut : « …et les agents chargés de la percevoir » [at-Tawbah : 60], et Sa parole : « Allez avec cette tunique-ci… » [Yûsuf : 93]. Quant à la Sunna, les textes sont nombreux ; citons, entre autres, le ḥadith de ʿUrwah al-Bâriqî, déjà mentionné à la fin de la sourate al-Anʿâm.

Jâbir b. ʿAbd Allâh rapporte : « Voulant me rendre à Khaybar, je vins trouver le Messager d’Allah – qu’Allah le couvre d’éloges et de salut – et lui dis : “Je désire partir pour Khaybar.” Il répondit : “Lorsque tu parviendras à mon mandataire, prends de lui quinze wasq. S’il te réclame un signe, place ta main sur sa clavicule.” » Ḥadith rapporté par Abû Dâwûd. Les récits allant dans ce sens sont nombreux, et le consensus de la Umma quant à la licéité de la procuration suffit comme preuve.

Cinquièmement : La procuration est permise pour tout droit dans lequel la représentation est elle-même permise. Ainsi, si quelqu’un donnait procuration pour commettre une usurpation, cela ne serait pas valable et il serait lui-même considéré comme l’usurpateur, car toute action illicite en soi ne peut faire l’objet d’une représentation.

Sixièmement : Ce verset recèle une finesse remarquable : la procuration fut instituée ici dans un contexte de dissimulation (taqiyya), par crainte que quelqu’un ne découvre leur affaire, compte tenu de la peur qu’ils éprouvaient pour leur propre vie. Il est donc admis, de façon unanime, qu’il est permis de donner procuration à celui qui dispose d’un motif légitime (ʿudhr).

الثَّالِثَةُ- فِي هَذِهِ الْبَعْثَةِ بِالْوَرِقِ دَلِيلٌ عَلَى الْوِكَالَةِ وَصِحَّتِهَا. وَقَدْ وَكَّلَ عَلِيُّ بْنُ أَبِي طَالِبٍ أَخَاهُ عَقِيلًا عِنْدَ عُثْمَانَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ، وَلَا خِلَافَ فِيهَا فِي الْجُمْلَةِ. وَالْوَكَالَةُ مَعْرُوفَةٌ فِي الْجَاهِلِيَّةِ وَالْإِسْلَامِ، أَلَا تَرَى إِلَى عَبْدِ الرَّحْمَنِ بْنِ عَوْفٍ كَيْفَ وَكَّلَ أُمَيَّةَ بْنَ خَلَفٍ بِأَهْلِهِ وَحَاشِيَتِهِ بِمَكَّةَ، أَيْ يَحْفَظُهُمْ، وَأُمَيَّةُ مُشْرِكٌ، وَالْتَزَمَ عَبْدُ الرَّحْمَنِ لِأُمَيَّةَ مِنْ حِفْظِ حَاشِيَتِهِ بِالْمَدِينَةِ مِثْلَ ذَلِكَ مُجَازَاةً لِصُنْعِهِ. رَوَى الْبُخَارِيُّ عَنْ عَبْدِ الرَّحْمَنِ بْنِ عَوْفٍ قَالَ: كَاتَبْتُ أُمَيَّةَ بْنَ خَلَفٍ كِتَابًا بِأَنْ يَحْفَظَنِي فِي صَاغِيَتِي بِمَكَّةَ وَأَحْفَظُهُ فِي صَاغِيَتِهِ بِالْمَدِينَةِ، فَلَمَّا ذَكَرْتُ الرَّحْمَنَ، قَالَ: لَا أَعْرِفُ الرَّحْمَنَ كَاتِبْنِي بِاسْمِكَ الَّذِي كَانَ فِي الْجَاهِلِيَّةِ، فَكَاتَبْتُهُ عَبْدَ عَمْرٍو ... وَذَكَرَ الْحَدِيثَ. قَالَ الْأَصْمَعِيُّ: صَاغِيَةُ الرَّجُلِ الَّذِينَ يَمِيلُونَ إِلَيْهِ وَيَأْتُونَهُ، وَهُوَ مَأْخُوذٌ مِنْ صَغَا يَصْغُو وَيَصْغَى إِذَا مَالَ، وَكُلُّ مَائِلٍ إِلَى الشَّيْءِ أَوْ مَعَهُ فَقَدْ صَغَا إِلَيْهِ وَأَصْغَى، مِنْ كِتَابِ الْأَفْعَالِ. الرَّابِعَةُ- الْوَكَالَةُ عَقْدُ نِيَابَةٍ، أَذِنَ اللَّهُ سُبْحَانَهُ فِيهِ لِلْحَاجَةِ إِلَيْهِ وَقِيَامِ الْمَصْلَحَةِ فِي ذَلِكَ، إِذْ لَيْسَ كُلَّ أَحَدٍ يَقْدِرُ عَلَى تَنَاوُلِ أُمُورِهِ إلا بمعونة من غيره أو يترفه فَيَسْتَنِيبُ مَنْ يُرِيحُهُ. وَقَدِ اسْتَدَلَّ عُلَمَاؤُنَا عَلَى صِحَّتِهَا بِآيَاتٍ مِنَ الْكِتَابِ، مِنْهَا هَذِهِ الْآيَةُ، وَقَوْلُهُ تَعَالَى: " وَالْعامِلِينَ عَلَيْها «١» " وَقَوْلُهُ " اذْهَبُوا بِقَمِيصِي هَذَا «٢» " . وَأَمَّا مِنَ السُّنَّةِ فَأَحَادِيثٌ كَثِيرَةٌ، مِنْهَا حَدِيثُ عُرْوَةَ الْبَارِقِيِّ، وَقَدْ تَقَدَّمَ فِي آخِرِ الانعام «٣» . روى جبر بْنُ عَبْدِ اللَّهِ قَالَ أَرَدْتُ الْخُرُوجَ إِلَى خَيْبَرَ فَأَتَيْتُ رَسُولَ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ فَقُلْتُ لَهُ: إِنِّي أَرَدْتُ الْخُرُوجَ إِلَى خَيْبَرَ، فَقَالَ: (إِذَا أَتَيْتُ وَكِيلِي فَخُذْ مِنْهُ خَمْسَةَ عَشَرَ وَسْقًا فَإِنِ ابْتَغَى مِنْكَ آيَةً فَضَعْ يَدَكَ عَلَى تَرْقُوَتِهِ «٤» " خَرَّجَهُ أَبُو دَاوُدَ. والأحاديث كثيرة في هذه الْمَعْنَى، وَفِي إِجْمَاعِ الْأُمَّةِ عَلَى جَوَازِهَا كِفَايَةٌ. الْخَامِسَةُ- الْوَكَالَةُ جَائِزَةٌ فِي كُلِّ حَقٍّ تَجُوزُ النِّيَابَةُ فِيهِ، فَلَوْ وَكَّلَ الْغَاصِبَ لَمْ يَجُزْ، وَكَانَ هُوَ الْوَكِيلُ، لِأَنَّ كُلَّ مُحَرَّمٍ فِعْلُهُ لَا تَجُوزُ النِّيَابَةُ فِيهِ. السَّادِسَةُ- فِي هَذِهِ الْآيَةِ نُكْتَةٌ بَدِيعَةٌ، وَهِيَ أَنَّ الْوَكَالَةَ إِنَّمَا كانت مع التقية خوف أن يشعر بعم أَحَدٌ لِمَا كَانُوا عَلَيْهِ مِنَ الْخَوْفِ عَلَى أنفسهم. وجواز توكيل ذوى العذر متفق
(١). راجع ج ٨ ص ١٧٧. (٢). راجع ج ٩ ص ٢٥٨. (٣). راجع ج ٧ ص ١٥٦. (٤). الترقوة: العظم الذي بين ثغره النحر والعاتق.

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