[Sourate al-Kahf (18), verset 11]
« Nous avons frappé leurs oreilles dans la caverne pour un nombre d’années déterminé. »
Cette expression signifie que Dieu – qu’Il soit exalté – les plongea dans un profond sommeil. Il s’agit là de l’une des tournures d’une éloquence si parfaite du Coran que les Arabes ont reconnu leur incapacité à produire son semblable.
Az-Zajjâj a dit : « Nous les avons empêchés d’entendre, car le dormeur se réveille lorsqu’il perçoit un son. »
Ibn ʿAbbâs a dit : « Nous avons frappé leurs oreilles par le sommeil », c’est-à-dire : Nous avons obstrué leur ouïe afin qu’aucun bruit n’y parvienne.
On a également dit : le sens de « Nous avons frappé leurs oreilles » est : Nous avons exaucé leur invocation, détourné d’eux le mal de leur peuple et les avons endormis. Tous ces sens se rejoignent.
Qutrub a expliqué : cette expression rappelle la parole des Arabes : « Le gouverneur a frappé la main de ses administrés » lorsqu’il les empêche de semer la corruption, ou : « Le maître a frappé la main de son esclave autorisé à commercer » lorsqu’il l’empêche de disposer de ses biens.
Al-Aswad ibn Yaʿfur – qui était aveugle – a dit :
« Parmi les événements, qu’il n’y ait point de père pour toi, c’est que la terre s’est refermée sur moi par des barrières. »
Si l’ouïe est mentionnée spécialement, c’est parce qu’elle est l’organe par lequel le sommeil est le plus facilement perturbé ; il est rare qu’un dormeur soit réveillé autrement que par l’oreille, et nul sommeil ne devient profond tant que l’ouïe demeure active.
Parmi les références à l’oreille dans le contexte du sommeil se trouve la parole du Prophète ﷺ : « Cet homme-là, c’est que le Diable a uriné dans son oreille », rapportée dans le Ṣaḥîḥ ; il faisait allusion à un homme qui dort longuement et ne se lève pas pour la prière nocturne.
« ʿAdadan » (en nombre) qualifie les « années » : des années comptées. L’intention est d’exprimer la longue durée, car ce qui est peu n’a pas besoin d’être compté, étant déjà connu. Al-ʿadd est l’action de compter, tandis que al-ʿadad désigne ce qui est compté, tout comme an-nafad et al-khabat.
Abû ʿUbaydah a dit : « ʿAdadan » est à l’accusatif en tant que maṣdar (substantif verbal).
Certains ont ajouté : Dieu – Exalté soit-Il – a, par la suite, précisé le nombre de ces années en disant : « Ils demeurèrent dans leur caverne trois cents années et en ajoutèrent neuf. »
[Sourate al-Kahf (18), verset 12]
« Ensuite Nous les ressuscitâmes afin de savoir lequel des deux groupes saurait le mieux calculer la durée de leur séjour. »
Le Très-Haut dit : « Ensuite Nous les ressuscitâmes », c’est-à-dire après leur sommeil. Celui que l’on ramène à la vie ou que l’on réveille de son sommeil est qualifié de « mabʿûth » (ressuscité, envoyé), parce qu’il était empêché de se mouvoir et d’agir.