Parmi les polythéistes, il y avait, au Yamâma, un homme appelé «ar-Raḥmân». Celui qui entendit alors le Prophète s’exclama : «Pourquoi Muḥammad invoque-t-il le Rahmân du Yamâma ?» Le verset fut alors révélé pour établir que ces deux dénominations renvoient à une seule et même Réalité : si vous L’appelez «Allâh», c’est bien Lui ; si vous L’appelez «ar-Raḥmân», c’est encore Lui.
On rapporte aussi qu’ils avaient coutume d’ouvrir leurs lettres par : «Au nom de Toi, ô Dieu !» Puis fut révélé : «Elle vient de Sulaymân, et elle dit : Au nom d’Allâh, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux.» (1) Dès lors, le Messager d’Allâh — que les bénédictions et la paix soient sur lui — écrivit : «Au nom d’Allâh, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux.» Les polythéistes dirent alors : «Nous connaissons le “raḥîm”, mais qu’est donc le “raḥmân” ?», et le verset fut révélé.
D’autres ont dit que les Juifs déclarèrent : «Pourquoi n’entend-on pas, dans le Coran, un Nom qui revient fréquemment dans la Torah ?», allusion à «ar-Raḥmân» ; le verset fut alors révélé.
Ṭalḥah b. Muṣarrif a, quant à lui, récité : «Quel que soit le Nom par lequel vous L’invoquiez, Il possède les Noms les plus beaux», c’est-à-dire ceux qui impliquent les attributs les plus parfaits et les significations les plus nobles. La noblesse des Noms divins n’est reconnue que par la Loi, en raison de leur mention explicite dans les textes. A cela s’ajoute qu’ils véhiculent des sens sublimes et honorables. L’attribution d’un Nom à Allâh ne peut être valide qu’en vertu d’un texte du Coran, d’un ḥadith authentique ou du consensus, comme nous l’avons exposé dans «Al-Kitâb al-Asnâ fî Sharḥ Asmâ’ Allâh al-Ḥusnâ».
Sa parole — Exalté soit-Il : «Et ne récite pas ta prière à voix haute, mais ne l’abaisse pas non plus» — comporte deux questions.
Première question — Les savants diffèrent quant à la cause de sa révélation en cinq avis :
Premier avis : Ibn ‘Abbâs rapporte au sujet de cette parole d’Allâh : «Et ne récite pas ta prière à voix haute, mais ne l’abaisse pas non plus» : ce verset fut révélé alors que le Messager d’Allâh — paix et salut sur lui — se cachait à La Mecque. Lorsqu’il dirigeait la prière avec ses Compagnons, il élevait la voix en récitant le Coran. Lorsque les polythéistes entendaient cela, ils insultaient le Coran, Celui qui l’avait révélé et celui qui l’apportait. Allâh — Très-Haut — dit alors : «Ne récite pas ta prière à voix haute» de sorte que les polythéistes entendent ta récitation, «et ne l’abaisse pas non plus» au point de la taire à tes Compagnons ; fais-leur entendre le Coran sans pour autant élever excessivement la voix. «Et recherche, entre les deux, une voie médiane», c’est-à-dire adopte un juste milieu entre l’élévation et l’abaissement de la voix. Ce récit est rapporté par al-Bukhârî, Muslim, at-Tirmidhî et d’autres, et la formulation est celle de Muslim.
Le terme «al-mukhâfatah» désigne l’abaissement de la voix et la quiétude. On dit d’un mort, lorsque son corps se refroidit : «khafta — il s’est refroidi».
Le poète a dit :
«Il ne reste plus qu’un souffle étouffé
et un œil dont la pupille est éteinte ;
Même l’envieux a pitié de son état ;
malheur à celui dont l’envieux a pitié.»