La lecture adoptée par la grande majorité est : « ʿalimta » – avec la lettre tâ ouverte –, parce qu’il s’agit d’une interpellation adressée à Pharaon. Al-Kisâʾî, quant à lui, la lit avec la tâ fermée (ʿalimtu), et il rapporte que telle est la lecture attribuée à ʿAlî ibn Abî Tâlib – qu’Allâh l’agrée. Celui-ci disait : « Par Allâh, l’ennemi d’Allâh n’a rien su ; c’est Mûsâ qui sait. »
Lorsque cette variante parvint à Ibn ʿAbbâs, il déclara : « La forme correcte est bien “laqad ʿalimta” – “tu as bel et bien su”. » Il étaya son opinion par la parole du Très-Haut : « Ils les nièrent alors que leurs âmes en étaient convaincues, par injustice et orgueil » (al-Naml, 14), attribuant ainsi à Pharaon l’obstination.
Abû ʿUbayd dit : « La leçon que nous retenons est celle où la tâ est ouverte ; c’est la plus juste au regard de l’argument invoqué par Ibn ʿAbbâs. De plus, il ne sied pas que Mûsâ, le Messager qui appelle [à Allâh], se prévaille en disant : “Moi, je sais.” Quand bien même cette lecture serait correctement rapportée de ʿAlî, elle constituerait une preuve ; or elle ne se confirme pas de lui, mais seulement par Kulthûm al-Murâdî, personnage inconnu. À notre connaissance, personne ne l’a lue ainsi sinon al-Kisâʾî. »
On a dit aussi : si Mûsâ attribue à Pharaon la connaissance de ces miracles, c’est parce que celui-ci sait fort bien jusqu’où peuvent aller les magiciens, et il comprend que ce que Mûsâ a accompli ne saurait provenir d’un magicien ; nul ne peut réaliser un tel prodige sinon Celui qui crée les corps et possède les cieux et la terre.
Mujâhid rapporte : « Mûsâ entra auprès de Pharaon un jour d’hiver, enveloppé de son manteau de laine. Il jeta son bâton : aussitôt celui-ci devint un serpent gigantesque ; Pharaon le vit longer les deux murs de la pièce entre ses deux mâchoires, il prit peur et se souilla dans son manteau. » [Dans le hadith : « Quiconque préserve ce qu’il y a entre ses deux mâchoires… » c’est-à-dire sa langue.]
« Et certes, je te crois, ô Pharaon, voué à la perdition » – ici, le terme « je pense » (aẓunnu) signifie « j’en ai la certitude ». Quant au mot « mathbûr », il désigne la ruine et la perte.
Al-Kumayt a dit :
« Quand Kudhâʿa considéra les événements…
Elle vit que l’avis était mathbûr et thâbir »,
c’est-à-dire lésé, perdant, lorsqu’elle se réclama du Yémen.
D’autres ont dit : « mathbûr » signifie « maudit » ; c’est le récit transmis par al-Minhâl d’après Saʿîd ibn Jubayr, d’après Ibn ʿAbbâs. Abân ibn Taghlib a récité :
« Ô notre peuple, ne cherchez pas à nous combattre,
car sottise et agression sont mathbûr »,
– c’est-à-dire maudites.
Maymûn ibn Mihrân rapporte qu’Ibn ʿAbbâs expliquait « mathbûr » par « déficient d’esprit ».
Le calife al-Maʾmûn, apercevant un homme, lui lança : « Ô mathbûr ! » Quand on l’interrogea sur ce terme, il répondit que le calife ar-Rachîd racontait que le calife al-Manṣûr l’avait dit à un homme et qu’il tenait l’explication de Maymûn ibn Mihrân.
D’après Qatâda – et également de lui et de al-Ḥasan –, le mot signifie « voué à la destruction ».