Ibn ‘Abbâs, à propos de la parole du Très-Haut : « Ils t’interrogent au sujet de l’Esprit », a dit : « L’Esprit est un ange. »
Par la chaîne de transmission rapportée de Mu‘âwiyah b. Ṣâliḥ, Abû Hirrân – avec kasra sur le h – Yazîd b. Samurah, rapporte de son informateur d’après ‘Alî b. Abî Ṭâlib que celui-ci commenta la parole divine : « Ils t’interrogent au sujet de l’Esprit » en disant : « C’est un ange parmi les anges, doté de soixante-dix mille visages… » – le ḥadîth est transmis selon son texte et son sens.
‘Aṭâ’ rapporte encore d’Ibn ‘Abbâs : « L’Esprit est un ange qui possède onze mille ailes et mille visages ; il ne cesse de glorifier Allah jusqu’au Jour de la Résurrection. » C’est ce qu’a mentionné an-Naḥḥâs. Et, d’après une autre version le concernant : « [L’Esprit] est une troupe parmi les troupes d’Allah ; ils ont des mains et des pieds et mangent de la nourriture », rapportée par al-Ghaznawî.
Al-Khaṭṭâbî dit : « Certains ont affirmé qu’il s’agit d’un ange dont ils ont décrit l’immensité de la création. » La plupart des exégètes estiment toutefois que les questionneurs voulaient savoir ce qu’est l’Esprit qui confère la vie au corps.
Les penseurs parmi eux disent : « Ils L’interrogeaient sur la nature même de l’Esprit, sur la façon dont il chemine à l’intérieur du corps humain, comment il s’y mêle et comment la vie s’attache au corps par son intermédiaire ; or cela, nul ne le sait si ce n’est Allah, le Puissant, le Majestueux. »
Abû Ṣâliḥ dit : « L’Esprit est une créature à l’instar des fils d’Âdam, sans être des fils d’Âdam ; ils ont des mains et des pieds. »
L’opinion correcte est de garder l’ambiguïté, conformément à la parole divine : « Dis : l’Esprit relève de l’Ordre de mon Seigneur. » Cela atteste que la création de l’Esprit constitue une affaire immense, d’une importance suprême relevant de l’Ordre d’Allah, – Il l’a laissée indéterminée et s’est abstenu d’en détailler la nature – afin que l’homme sache, d’une certitude absolue, son incapacité à connaître la réalité de sa propre âme tout en sachant qu’elle existe. Si l’homme est ainsi devant l’ignorance de sa propre essence, il est à plus forte raison incapable de cerner la réalité du Vrai (Allah). La sagesse voulue est de rendre l’intellect impuissant à saisir la connaissance d’une créature qui lui est proche, signe qu’il l’est encore davantage vis-à-vis de la connaissance de son Créateur.
Concernant la parole du Très-Haut : « Et vous n’avez reçu de science que bien peu », on diverge sur l’identité des destinataires.
- Un groupe dit : seuls les questionneurs sont visés.
- D’autres disent : il s’agit des Juifs dans leur ensemble ; sur cela se fonde la lecture d’Ibn Mas‘ûd : « Et ils n’ont pas reçu… », qu’il transmit du Prophète ﷺ.
- Un troisième avis affirme que le propos vise l’humanité entière ; c’est l’opinion retenue, et elle correspond à la lecture majoritaire : « Et vous n’avez reçu… ».
Les Juifs dirent au Prophète ﷺ : « Comment se fait-il qu’il ne nous ait été octroyé que peu de science, alors que nous possédons la Torah ? Or, la Torah est la Sagesse, et quiconque reçoit la Sagesse se voit accorder un bien immense. » Le Messager d’Allah ﷺ leur opposa la Science d’Allah et ils furent confondus.
Le Messager d’Allah ﷺ a d’ailleurs explicitement déclaré dans certains ḥadîths : « Kullan (tous) », c’est-à-dire que l’expression « ce qui vous a été donné » englobe l’ensemble des hommes.