Ne viendrait-elle donc pas visiter les habitants de Minâ endormis ?… Ah ! que son ombre revienne à Minâ !
Un autre poète a dit :
« Ne nous a-t-elle donc pas frappés à l’heure où la caravane sommeillait,
pour passer la nuit à prodiguer, sous maints prétextes, ses largesses ? »
c’est-à-dire : tandis qu’ils dormaient.
Les verbes « hajada » et « tahajjada » ont le même sens.
« J’ai hajjadtu-hu » signifie : « je l’ai fait dormir » ; et « hajjadtu-hu » signifie également : « je l’ai réveillé ».
Le « tahajjud » est l’état de veille après un premier sommeil ; le terme est ainsi devenu le nom de la prière nocturne, parce que l’on s’éveille spécialement pour l’accomplir.
Le tahajjud, c’est donc se lever de son sommeil pour la prière.
C’est ainsi qu’en ont expliqué le sens Al-Aswad, ‘Alqama, ‘Abd ar-Raḥmân b. Al-Aswad et d’autres encore.
Ismâ‘îl b. Isḥâq al-Qâḍî rapporte, d’après Ḥajjâj b. ‘Umar – compagnon du Prophète ﷺ – qu’il a dit :
« L’un de vous pense-t-il, lorsqu’il reste debout toute la nuit, qu’il a accompli le tahajjud ?
Le tahajjud, c’est : prier après avoir dormi, puis prier après avoir dormi, puis prier après avoir dormi ; telle était la prière du Messager d’Allâh ﷺ. »
On a également dit : « al-hujûd » signifie « le sommeil ».
On dit : « tahajjada ar-rajul » lorsqu’un homme veille, et « alqâ al-hujûd » c’est-à-dire qu’il rejette le sommeil.
Celui qui se lève pour la prière est appelé « mutahajjid », parce qu’il écarte de lui le « hujûd », c’est-à-dire le sommeil.
Cette tournure suit la même construction que : taḥawwaba, taḥarraja, taʾaththama, taḥannatha, taqadhdhara, tananajjasa, lorsqu’une personne se débarrasse de la chose ainsi nommée.
Il en est de même de la parole du Très-Haut : « فَظَلْتُمْ تَفَكَّهُونَ » ; c’est-à-dire : « vous en viendrez à regretter », autrement dit vous rejetterez la jubilation (al-fakâhah) loin de vous, laquelle désigne l’aisance et la joie des âmes.
On dit d’un homme qu’il est « fakih » lorsqu’il est très enjoué et rieur.
Le sens du verset est donc : « Consacre, à un moment de la nuit, une veille faite de prière et de récitation. »
Deuxième question :
La parole du Très-Haut : « (… une) surérogation pour toi » (nâfilatan laka) signifie : « un honneur qui t’est réservé », selon Muqâtil.
Les savants divergent quant au fait que le Prophète ﷺ soit ainsi spécifiquement mentionné à l’exclusion de sa communauté.
On a dit : la prière nocturne était obligatoire pour lui, conformément à Sa parole : « nâfilatan laka », c’est-à-dire une obligation supplémentaire par-dessus celle déjà rendue obligatoire à l’ensemble de la communauté.
Je dis : cette interprétation est discutable pour deux raisons :
- Qualifier une obligation (farḍ) de « nafl » (surérogatoire) relève d’un emploi métaphorique, non d’une réalité littérale.
- Le propos du Prophète ﷺ : « Cinq prières, Allâh les a rendues obligatoires aux serviteurs », et la parole d’Allâh (dans le ḥadîth al-mi‘râj) : « Elles sont cinq (en pratique) et cinquante (en récompense), la Parole ne se modifie pas auprès de Moi », constitue un texte explicite ; comment pourrait-on alors soutenir qu’une prière supplémentaire, au-delà des cinq, lui aurait été imposée ? Cela n’est pas recevable, même s’il a été rapporté de lui ﷺ